Tizi Ouzou : L’architecture en débat – Le Jeune Indépendant
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Nationale

Tizi Ouzou : L’architecture en débat

Tizi Ouzou : L’architecture en débat

Dans le cadre de deux journées d’étude autour du thème «Passerelle université – ville et territoire : retour d’expériences du département d’architecture», organisées par l’université Mouloud-Mammeri de Tizi Ouzou et la maison de la Culture du même nom, dans l’espace de celle-ci et dont le coup d’envoi a été donné, hier, l’architecture fait grand débat. 

Des conférenciers, tous spécialistes en architecture, ont, à l’issue de leur intervention, unanimement fait comprendre à l’assistance leur non-adhésion au concept architectural réfléchi et mis à exécution jusqu’à ce jour par l’Etat. 

Le premier à exprimer son désarroi est le chef du département d’architecture de l’université Mouloud-Mammeri, Hacène Selmi. Se confiant, en aparté, au Jeune Indépendant, ce responsable universitaire s’est dit contrarié par l’ignorance totale, par l’Etat, des règles architecturales dans non seulement l’agrandissement et l’élargissement de l’actuelle ville de Tizi Ouzou mais aussi la construction et l’urbanisation de Oued Falli. «On a pensé logement et habitat et non rue et place dans leur authentique signification culturelle», a expliqué Hacène Selmi, avant de dénoncer le mauvais choix fait du site abritant le projet de réalisation du stade 50 000 places de Boukhalfa. «Si l’on avait accordé de l’importance à la logique architecturale, a poursuivi avec amertume M. Selmi, on aurait choisi un site plus indiqué pour abriter le projet en question. Un site devant se situer entre Draâ Ben Khedda et Tadmaït». 

A la question de savoir comment doit se faire, à l’avenir, l’expansion de la ville des Genêts, le chef du département d’architecture de l’université Mouloud-Mammeri n’a pas caché ses appréhensions car, selon lui, «le mal en architecture ne se corrige pas». 

Enfin, tout en déplorant la non-implication de l’université Mouloud-Mammeri dans la mise au point des plans d’urbanisation et leur mise à exécution, Hacène Selmi a expliqué que, dans le cadre de la construction d’une ville, il faut, au préalable, prendre en considération l’exode rural et la spécificité rurale dans toutes leurs dimensions. En résumé, l’erreur est d’avoir accordé la priorité au besoin d’offrir un habitat au citoyen, et ce au détriment de l’exigence architecturale, laquelle véhicule, avant tout, le principe culturel et économique. 

Pour sa part, le conférencier Samir Atek s’est montré plus virulent dans son intervention. Après avoir développé sa thématique intitulée «Le devenir de l’architecture villageoise : entre patrimoine et modernité», où il a mis en exergue l’élément culturel et identitaire découlant des aspects économique, géographique ainsi que des différents éléments y afférents, d’où «le génie de nos arrière-grands-parents à avoir réussi leur dynamique architecturale», l’intervenant a rejeté l’appellation de «ville». L’allusion a été faite à la ville de Tizi Ouzou. 

«La ville commence où la campagne s’arrête», a-t-il martelé. «Or, a-t-il ajouté, nous voyons dans ce que je définis comme agglomération des éléments propres à la campagne. La raison de cet état de fait réside, à mon sens, dans le reniement ou tout simplement le rejet de notre statut de campagnards».

Par ailleurs, Samir Atek a dénoncé la politique de l’Etat sur le plan de l’innovation et des perspectives, notamment sur le plan de la préservation du patrimoine. «Les initiatives doivent émaner des citoyens et non de l’Etat, car celui-ci doit avoir pour mission d’accompagner lesdites initiatives. Car, à défaut de cette logique, il ne peut y avoir de symbiose entre l’Etat et le citoyen ou encore une caution du projet de l’Etat par le citoyen», a assuré Samir Atek. C’est pourquoi l’intervenant a appelé à la décentralisation de l’action citoyenne. 

Pour sa part, Mohamed Medjbeur a développé la thématique intitulée «Réhabilitation de la maison du chahid Arezki Louni à Makouda pour en faire un musée». Le projet en question, selon le conférencier, a été initié par l’association Rampe Arezki Louni, avant d’être pris en charge par ses propres étudiants. La forme architecturale imaginée de la maison à restaurer aura, en même temps, la forme architecturale de la maison kabyle et de La Casbah (Alger). A la question de savoir pourquoi le recours à la jonction des deux styles, le conférencier a expliqué que la maison kabyle a beaucoup de similitudes avec la maison de La Casbah. Samir Atek a d’ailleurs affirmé que le bois utilisé dans la construction de La Casbah a été pris au niveau de la forêt de Yakouren. 

De son côté, le modérateur Oulhadj Naït-Djouda a informé l’assistance que, durant l’époque ottomane, les responsables turcs faisaient souvent appel aux maçons artisans de Kabylie pour des travaux de construction, d’où «cette similitude architecturale qu’on constate de nos jours entre la maison kabyle et la maison de La Casbah». 

Mohamed Medjbeur a, lui aussi, exprimé sa déception. En effet, le projet de réhabilitation de la maison du chahid Arezki Louni, dont les études architecturales ont été finalisées en 2014, n’a toujours pas abouti. Ainsi, les travaux de reconstruction n’ont pas commencé. «Mes étudiants d’alors ont eu leurs diplômes depuis longtemps et, par conséquent, ont suivi, chacun, sa propre voie», a-t-il déploré, avant d’avouer que certains sont même à l’étranger. Suite à l’aveu de Mohamed Medjbeur, la directrice de la culture de la wilaya de Tizi Ouzou a pris la parole pour annoncer qu’elle usera de tout son pouvoir légal pour réussir la reconstruction de la maison paternelle de feu Arezki Louni, qui était le compagnon d’armes du chahid Ali la Pointe. Quant à la question de savoir si l’architecture de «Thazka» est d’origine kabyle ou byzantine, comme le laissent entendre certains, Oulhadj Naït-Djoudi a été catégorique : «Historiquement et étymologiquement interprétée et comprise, l’architecture de Thazka est kabyle». 

Notons enfin que la rencontre d’hier a suscité un grand débat. Et comme les conférenciers, les intervenants, tous de grands connaisseurs en la matière, n’ont pas manqué de poser des questions d’une pertinence certaine. Ils n’ont pas manqué non plus de manifester leur frustration quant à l’abandon de certains piliers du notre patrimoine matériel et immatériel. C’est le cas du village d’Ath El-Kaïd et la maison des Ath-Kaci. 

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