-- -- -- / -- -- --
Nationale

Tizi-Ouzou : Hommage à l’artiste Ahmed Kadri alias «Krikèche»

Tizi-Ouzou : Hommage à l’artiste Ahmed Kadri alias «Krikèche»

Ahmed Kadri, alias « Krikèche » est exactement l’archétype de l’artiste de l’avant-garde. L’artiste en général, de l’avant-garde plus précisément, rit quand ses spectateurs sortent leurs mouchoirs pour essuyer leurs larmes et pleure quand ceux-ci rient jusqu’à se tenir les côtes.

Raconter la vie artistique et privée de « Krikèche » exigerait sans aucun doute les compétences d’un excellent biographe. Et pourtant, l’homme, en dépit de sa grande contribution pour la culture algérienne, reste presque anonyme du public.

Le pire est que Ahmed Kadri n’a pas eu l’occasion de révéler tout son talent au public puisque les réalisateurs de cinéma algériens n’ont pas su ou n’ont pas voulu mettre en avant son profil artistique de nature psychodramatique. En le gardant confiné dans les sketchs pour enfants, le nom d’Ahmed Kadri a failli être oublié.

La Maison de la culture Mouloud-Mammeri de Tizi-Ouzou, à sa tête, Ould-Ali El-Hadi, a tiré de l’oubli, avec tambour et trempette, ce génie algérien de la culture qui, du haut de ses 81 ans, a prouvé, jeudi dernier dans l’après-midi, à la grande salle des spectacles de la Maison de la culture Mouloud-Mammeri de Tizi-Ouzou, à l’occasion de l’hommage qui était rendu, par le geste et le verbe qu’il est encore capable d’être productif pour le compte du cinéma et du théâtre algériens.

A vrai dire, l’arrivée d’Ahmed Kadri dans le monde artistique est presque identique à beaucoup de ses homologues américains, décédés ou encore vivants. En effet, « Krikèche » a d’abord exercé plusieurs métiers, comme agent d’administration à la préfecture d’Alger, infirmier dans un hôpital, agent commercial, etc., avant de se présenter devant le grand maître du 4e art algérien, feu Mahieddine Bachtarzi qui l’initiera à la comédie.

On est alors en 1959, année où la guerre fait plus jamais rage. Trois ans plus tôt, le jeune Ahmed, alors âgé de seulement 22 ans, était infirmier dans un hôpital. En dépit du grand besoin d’infirmiers, les autorités coloniales ne voulaient pas de personnel algérien. Le mépris et l’absence de confiance en étaient les principales causes.

Quand la décision de son renvoi lui a été signifiée, une cinquantaine de patients étaient dans le besoin de prestations d’infirmier. Une fois dans le milieu théâtral, les portes s’ouvrirent.

Et du coup, Ahmed Kadri sentit qu’il était fait pour mener une carrière artistique. Aussi, beaucoup d’autres maîtres du théâtre participèrent à l’initiation et à la formation de la jeune recrue, entre autres Djelloul Bachdjerrah, Mustapha Kazdarli, Allel El Mouhoub et Mohamed Touri.

Le jeune Kadri Ahmed comprit par ailleurs vite qui le développement intellectuel est une condition sine qua non dans le monde artistique, d’où sa persévérance dans les études et l’instruction. C’est pourquoi aussi, la même année, il se retrouva directeur de la troupe théâtrale Nedjmat Es-Sabah à Bab el Djedid. La même année également, le jeune homme se mit à l’écriture de sketchs, de pièces théâtrales et scénarii pour films.

Les années ayant suivi l’indépendance du pays, Kadri Ahmed alias « Krikèche » sera prolifique, et ce tant en matière de sketchs pour enfants que sur le registre du cinéma et théâtre. Il faut relever que beaucoup de ses œuvres artistiques n’ont jamais été filmées et enregistrées par les équipes de tournage de l’ENTV.

A l’occasion de cet hommage qui lui était rendu jeudi dernier à la Maison de la culture Mouloud-Mammeri par les autorités culturelles de la wilaya de Tizi-Ouzou, les différents témoignages faits devant un public fort nombreux enlèveront une bonne partie du voile cachant la personnalité et la situation de l’artiste.

Et ces témoins ne sont pas des moindres. Il s’agit effectivement de nos stars de cinéma et de théâtre, lesquelles ont accompagné « Krikèche » d’Alger jusqu’à Tizi-Ouzou et ont assisté à la manifestation organisée en son honneur.

Il s’agit entre autres de Abdelhamid Rabia, Sid-Ali Bensalem, Djamel Bounab, Amine Bouada et du réalisateur Djamel Benguettouche. Abdelhamid Rabia choisira la langue de Cheikh Mohand Oulhocine pour parler de Kadri Ahmed au public tizi-ouzien, très captivé par le décor et la présence en force de ses idoles artistiques. En mettant en avant les qualités professionnelles de

« Krikèche », Abdelhamid Rabia révélera aussi que l’artiste est originaire du village d’Aït-Zellal (wilaya de Tizi-Ouzou) même s’il est natif de La Casbah (Alger). Djamel Bounab plaidera quant à lui pour un intérêt plus majeur que doivent porter les réalisateurs à l’endroit du profil artistique de l’homme car Ahmed Kadri est capable aussi de diversifier ses rôles et ses jeux ».

Djamel Bounab dira également qu’il serait erroné de penser à la retraite des artistes, car, en réalité l’artiste ne quitte la scène artistique qu’à son dernier souffle. Très renseigné sur la question, Djamel Bounab citera l’exemple du comédien français, Michel Galabru, qui, à l’âge de 92 ans, martèle encore les planches. Toutefois, le côté personnel et intime de Kadri Ahmed alias « Krikèche » sera dévoilé par Sid-Ali Bensalem.

Ce comédien de talent révélera que Kadri Ahmed a été durement frappé par le sort puisque son fils a été assassiné par les terroristes au cours de la décennie noire. Ce fils tant aimé lui a laissé une veuve et des enfants. Sid-Ali Bensalem n’a pas caché que la prise en charge de ces enfants orphelins et leur mère est assuré par ce grand-père (Kadri Ahmed).

Et si Sid-Ali Bensalem n’a pas parlé d’éventuelles difficultés financières de l’artiste octogénaire, il a quand même signalé que toute la famille vit dans un appartement trop exigu. « Je profite de ma présence aujourd’hui ici à Tizi-Ouzou, déclare Sid-Ali Bensalem, pour lancer un appel aux autorités, notamment Abdelmadjid Teboune, pour qu’un logement soit mis à la disposition de l’artiste Ahmed Kadri ». 

S’agissant de l’intervention de l’artiste lui-même, il va sans dire qu’il n’a pas failli à ses habitudes artistiques. En effet, avec humour, « Krikèche » a mis en avant l’importance des études et de l’instruction. « Moi, dit-il, quand j’ai atteint l’âge de la scolarité, la Seconde Guerre mondiale venait d’être déclenchée ».

D’ailleurs, lors de son intervention, Djamel Bounab a souligné que l’artiste Ahmed Kadri a toujours envoyé des messages codés sur l’importance des études même dans ses sketchs pour enfants. S’agissant enfin de l’intervention d’Ould-Ali El-Hadi, elle sera articulée sur la nécessité de reconnaître la dimension de nos artistes et « de préférence de leur vivant ».

« Ici à Tizi-Ouzou, poursuit le Premier responsable du département culturel de la wilaya de Tizi-Ouzou, nous avons décidé de poursuivre inlassablement notre politique de reconnaissance envers nos artistes, et ce quel que soit leur lieu de naissance ou de résidence ».

Ould-Ali El-Hadi a également insisté sur le fait que l’initiative culturelle n’a aucunement une identité régionale puisque « la finalité reste et demeure cette Algérie que nous portons tous dans nos cœurs ».

Le directeur de la Maison de la culture Mouloud-Mammeri de Tizi-Ouzou a profité également de sa présence sur la scène pour lire à l’assistance les nombreux messages de sympathie et d’encouragement-, dont celui de la ministre de la Culture-, qu’il a reçu à l’occasion de cet hommage rendu à l’artiste Ahmed Kadri, alias « Krikèche ».

A relever aussi que deux spectacles, l’un de chant et l’autre théâtral, figuraient également à la cérémonie en hommage à l’artiste octogénaire. Le chant du genre andalou a été signé par l’orchestre de l’Association « El Amraoua El Andaloussia » de Bouira. L’orchestre est composé de trois enfants, deux adolescents et un adultes qui ont donné ce qui ‘il y a de plus sublime dans le chant andalou.

Commentaires
Email
Mot de passe
Prénom
Nom
Email
Mot de passe
Réinitialisez
Email