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Culture

Tilyuna Su : de l’optimisme au « retour à la vie »

Tilyuna Su : de l’optimisme au « retour à la vie »

Des textes ciselés, et la poésie porte son nom. La plume aiguisée, et le verbe s’imbibe de dictons.
À Pas feutrés, Tilyuna Su avance comme elle s’introduit assurément. D’un serment à un engagement, elle entre dans l’idéalisme philosophique empreint d’un certain rapport avec la réalité, celle vécue et celle transposée sur des expériences marquant la sensibilité.

Privilégiant le qualitatif au quantitatif, et discrète à l’image d’un rayon de soleil d’hiver, elle ne se montre que pour édifier un socle de valeurs inviolables et de reconnaissances intarissables.

Avec la sensibilité de son cœur, elle expose ses douleurs et se réfugie dans ses recoins salvateurs. Avec la couleur de sa plume, elle accompagne sa vigueur et transcende les obstacles ravageurs. Revenue de loin avec un tout nouveau roman intitulé « Timegraḍ yessawalen » – qu’on peut traduire par « Les résonances sanguinaires » – publié chez Tira éditions, Tilyuna Su avance par étapes et se perfectionne par degrés, et ce, dans l’ordre naturel des choses. Exigeante, mais sans rien bousculer, tout arrive et s’établit poétiquement dans son esprit. Une fois le verbe mûri, le voici peint sur sa page blanche.

Ecrire ou chanter, pour elle, cela la libère de ces images imaginaires bien que réelles parfois. Le roman élaboré de la sorte reflète dès lors ce qui se tresse d’élogieux dans son for intérieur, et n’est autre qu’un endroit où tous les désespoirs se conjuguent, où toutes les oppositions s’affichent : les riches bien nantis et les pauvres démunis de tout.

L’Algérie, son pays ; la Kabylie, sa patrie. Dans ce roman, Souad Chibout, de son vrai nom, s’extirpe avec audace en clamant naturellement son honneur face aux conflits récurrents auxquels se heurte la société. À l’image de cette nécessité physiologique et intellectuelle entraînant chacun de nous vers ce qui l’attire, les personnages désœuvrés mis en exergue sont plus appâtés par la religion et l’argent, d’où les dialogues de sourds envenimant les rebellions, les folies meurtrières et les corps sans vie en filigrane dans les mémoires, et les mémoires tombées dans la désuétude des miroirs brisés.

Les craintes lancinantes et les attentes vaines. Les espoirs avilis et l’avenir flou. Le roman aurait dû porter le titre « Résilience » tellement l’habilité de la fine plume dépassait les silences qui tuent et les hurlements qui interpellent. Tout ce qui empêche l’être de ne pas oser en le privant de son audace, le verbe de Tilyuna Su trouve son inspiration dans ce qui le guide sans jamais le freiner, et ce, jusqu’à admettre l’impensable au-delà de l’affranchissement attendu.

Les dépassements de l’être humain montrés du doigt, et le sujet sent le souffre à force de révéler les abus par les quatre vérités amenant ces francs-tireurs à choisir leurs cibles privilégiées. La dénonciation conduit à la condamnation, et la condamnation à la libération. Les politicards devraient lever les restrictions à la liberté d’opinion et d’expression, cesser de violer les droits fondamentaux et les obligations internationales, et ne pas politiser le système judiciaire et les croyances religieuses en les utilisant comme un outil pour intimider et se maintenir.

Dans un récit direct, le verbe suit son chemin, saisit et fige comme être secoué par un aveu qu’on n’attendait pas. D’une naissance à une extinction, et d’une extinction à une résurrection, l’ordre absurde des choses se forge philosophiquement en édifiant la théorie d’une mort confirmée à une vie inventée. Ainsi, si parfois on arrive à la joie par la douleur, il faut se dire aussi que rien ne dure, et tout est relatif comme tout se renouvelle.
Dire, en somme, que le roman « Timegraḍ yessawalen » écrit en tamazight de Tilyuna Su véhicule non pas de l’utopie mais de la poésie invitant un retour à la vie.

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