Théâtre algérien: Une plateforme numérique pour archiver la mémoire – Le Jeune Indépendant
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Culture

Théâtre algérien: Une plateforme numérique pour archiver la mémoire

Théâtre algérien: Une plateforme numérique pour archiver la mémoire

Le Théâtre national algérien Mahieddine Bachtarzi (TNA) a inauguré avant-hier une nouvelle plateforme numérique dédiée à l’archivage et à la valorisation du patrimoine théâtral algérien.

Ce projet, résultat de six mois de travail, vise à préserver et à rendre accessible l’histoire théâtrale du pays, permettant aux chercheurs, étudiants et amateurs du 4e art de consulter une vaste collection de documents, photos et informations sur les productions et artistes qui ont marqué la scène nationale.

Dès son ouverture, la plateforme sera accessible aux visiteurs présents au TNA. Puis, dans une deuxième phase, elle sera ouverte au grand public via internet. Cette initiative, comme l’a souligné Ziani Cherif Ayad, dramaturge et metteur en scène à l’origine du projet.

La plateforme se présente comme une interface permettant une navigation aisée à travers les trésors qu’elle contient. Pour la période allant de 1963 à 1972, elle propose des statistiques détaillées, des informations précieuses sur 39 pièces théâtrales, ainsi que près de 300 biographies des comédiens et techniciens ayant marqué cette époque rapide du théâtre algérien.

Le metteur en scène Ziani Chérif Ayad a, ensuite, animé une table ronde sur l’archivage du théâtre algérien, en présence de divers acteurs du milieu théâtral algérien. Cette initiative s’inscrit dans le cadre de la protection de la mémoire théâtrale et de l’archivage du patrimoine théâtral à travers la numérisation.

Dans son allocution d’ouverture, le directeur du TNA, Mohamed Yahiaoui, a salué l’initiative du projet d’archivage du théâtre algérien. Il a expliqué que « ce projet a commencé à voir le jour en 2014, avec pour objectif de collecter et d’organiser divers éléments du théâtre, tels que des documents, des affiches et des costumes, afin de préserver le patrimoine culturel du théâtre national algérien ».

« Ce projet sera la vitrine et comme un musée pour le théâtre algérien, non seulement pour le théâtre national, mais inclura tous les théâtres régionaux, les coopératives et les associations », fait-il savoir.

Ismaïl Inzarene, directeur principal de la distribution de la production culturelle et artistique, a mis en lumière l’importance de ce projet, qui consiste à rassembler les archives théâtrales pour les numériser, les publier et les protéger.

Ce processus permet de préserver le patrimoine matériel et immatériel et de rendre l’ensemble de la production théâtrale accessible aux chercheurs et aux étudiants. Il a également indiqué que « ce projet est un premier pas vers la création d’une plateforme de numérisation pour la protection et la gestion des archives théâtrales. Elle sera ensuite élargie à d’autres dates au-delà de 1972 ».

Réinterpréter les expériences passées

Ziani Chérif Ayad a insisté sur l’importance de cette initiative pour l’histoire du théâtre algérien. Il a affirmé que « cette initiative ne sert pas seulement à archiver, mais aussi à tirer parti des diverses expériences et productions, en contribuant à forger une identité unique pour le théâtre algérien. Cette identité est constituée des œuvres de tous les artistes et metteurs en scène ».

Ayad a également mentionné que, grâce à cette démarche, tous les acteurs du théâtre national algérien sont en train de rassembler des œuvres théâtrales provenant de différentes institutions, telles que la radio nationale, la télévision algérienne, ainsi que des journaux et des universités, pour les intégrer dans une plateforme numérique. « Cette plateforme sera non seulement une ressource pour les chercheurs et les étudiants, mais aussi pour les étrangers. De plus, elle permettra d’étudier et de réinterpréter les expériences passées », at-il dit.

Dans ce contexte, Kamel Echirazi, journaliste et critique de théâtre, a présenté une intervention intitulée « Lecture des œuvres produites » pour la période allant de 1963 à 1972. Cette période a vu une abondance de productions théâtrales algériennes, avec 38 créations au total. Parmi elles, 18 étaient des textes algériens, comme « le Foehn » de Mouloud Mammeri, « Le Cadavre encerclé » de Kateb Yacine et « Rouge l’aube » d’Assia Djebar.

Selon lui, il y avait également neuf adaptations et traductions, dont « La Femme rebelle » de Mustapha Kasderli, adaptée d’un texte « La Mégère apprivoisée » de William Shakespeare. Les productions de cette période se distinguaient par un style typiquement algérien, utilisant l’humour populaire, et suivaient trois tendances principales : historique, morale et sociale-psychologique.

Mohamed Boukras, directeur de l’Institut supérieur des métiers des arts du spectacle et de l’audiovisuel (ISMAS), a abordé les débuts de la formation théâtrale dans les années 1960, après l’indépendance. Il a également souligné l’importance de la formation pour propulser le théâtre algérien à d’autres horizons.

De son côté, le chercheur Makhlouf Boukrouh a donné son intervention au public du TNA. « Historiquement, le public a toujours été lié au mouvement théâtral. Dans la société grecque, le théâtre faisait partie intégrante des structures sociales, économiques et politiques. L’importance sociale du théâtre grec se reflète dans la grande affluence du public, avec des salles pouvant accueillir plus de quatre mille spectateurs », a-t-il révélé.

Selon lui, « le succès du TNA dans l’attraction du public se manifeste également par sa capacité d’organisation et de programmation. Cela se reflète dans la stratégie de communication avec le public ».

L’adaptation au théâtre algérien

L’auteur et dramaturge Mohamed Bourahla, dans son intervention sur l’adaptation et la traduction dans le théâtre algérien, prend comme exemple la pièce « Homq Salim » d’Abdelkader Alloula. Il a déclaré que « l’adaptation dans le théâtre algérien, qui n’était pas motivée par des raisons économiques mais par une démarche créative, a connu une transformation après l’indépendance en 1963. Cette transformation reflète l’orientation révolutionnaire et socialiste du « le théâtre algérien, devenu un outil de lutte et de construction socialiste ».

Bouziane Benachour, auteur, dramaturge et critique a quant à lui parlé du « Festival du théâtre amateur de Mostaganem », lancé en 1967. « Ce Festival devient rapidement un repère culturel majeur en Algérie. Sous la direction de Si El Djilali et des Scouts musulmans, le festival se distingue par une critique sociale audacieuse, attirant une jeune génération d’artistes qui dénoncent les dérives bureaucratiques et les nouveaux riches à travers des pièces engagées », a-t-il affirmé.

« Le festival ne crée pas un théâtre nouveau mais propose une lecture différente, assignant au théâtre des missions reflétant les bouleversements socio-économiques de l’époque.

Malgré des divergences internes et des pressions politiques, la FNTA continue d’attirer des personnalités reconnues du théâtre et du cinéma, et reste une plateforme clé pour les jeunes artistes, évoluant vers une dimension nationale dès sa troisième édition », a-t-il ajouté.

Nadjib Stambouli, journaliste et écrivain, a souligné le rôle indispensable de la critique théâtrale en Algérie dès les premières années de l’indépendance. Il rappelle que la critique a toujours accompagné la pratique théâtrale, citant des exemples marquants comme la représentation de « Les enfants de la Casbah » de Mustapha Kateb en 1963, montrant l’intérêt politique pour le théâtre.

Stambouli a observé que la critique, notamment dans des publications comme « Révolution et Travail », jouait un rôle vigilant en axant sur l’aspect politique des productions théâtrales. Il a noté que les années 60 étaient marquées par un enthousiasme créatif, avec des adaptations théâtrales variées et une critique parfois virulente, comme en témoignent les débats autour de « Le cadavre encerclé » de Kateb Yacine en 1968.

Il considère les années 70 et 80 comme l’âge d’or du théâtre algérien, avec une critique plus centrée sur le contenu et la mise en scène, et se souvient des critiques influentes de cette époque, dont les noms restent mémorables aujourd’hui. .

Stambouli a insisté sur la rigueur et la profondeur nécessaires à une bonne critique, qui doit fournir des instruments d’analyse au spectateur et au metteur en scène, tout en restant informé et impartial.

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