Terrorisme au Sahel : Washington envisage des frappes au Mali
L’administration de Donald Trump étudie actuellement l’éventualité de mener des frappes militaires au Mali contre le JNIM (Jama’at Nusrat al-Islam wal-Muslimin) selon des informations exclusives révélées par The Washington Post dans son édition de mercredi 22 juillet. Des sources proches du dossier citées par le quotidien américain, affirment que l’objectif de Washington serait de cibler directement ce groupe terroriste affilié à al-Qaïda, qui s’est imposé comme l’organisation armée la plus puissante de la région. Si cette intervention est validée par la Maison-Blanche, le Mali deviendrait la huitième nation visée par des opérations militaires directes ordonnées par Donald Trump depuis le début de son second mandat.
Les tractations en cours sur ce plan font état toutefois de divisions internes au sein de l’exécutif américain, précise la publication. Au cœur de l’appareil sécuritaire américain, les avis divergent radicalement quant à la pertinence d’une telle escalade. D’un côté, les partisans d’une ligne ultra-sécuritaire, incarnés notamment par Sebastian Gorka, directeur principal de la lutte contre le terrorisme au Conseil de sécurité nationale, poussent activement en faveur d’une action énergique pour briser la dynamique expansionniste des groupes armés islamistes. De l’autre, des diplomates et des responsables militaires plus modérés appellent à la plus grande retenue, redoutant un enlisement dans un pays miné par l’instabilité politique et les rivalités d’influence entre grandes puissances. Le Pentagone, pour sa part, observe un silence prudent, tandis que la Maison-Blanche préfère éluder la question directe des frappes pour insister sur la nécessité pour les États de la région de s’équiper adéquatement face à la menace terroriste.
Contacté par le quotidien, un responsable de l’administration s’est abstenu de dire si le président Donald Trump avait l’intention de passer à l’acte avec des frappes militaires, tout en affirmant que les États-Unis incitaient les gouvernements d’Afrique du Nord et de l’Ouest « à acheter des équipements et des services américains pour soutenir leurs efforts de guerre contre les terroristes ».
Le responsable a qualifié le terrorisme dans le Sahel, cette vaste région semi-aride située au sud du Sahara, de « problème multinational ».
« Nous exhortons nos partenaires régionaux et nos alliés de l’OTAN à soutenir l’Alliance des États du Sahel dans leur guerre contre le JNIM et l’EI », a ajouté ce responsable, faisant également référence à l’État islamique, qui avait gagné en puissance au Moyen-Orient avant d’implanter des branches à travers toute l’Afrique.
La perspective d’une implication militaire directe des États-Unis au Mali marque un tournant potentiellement explosif dans la politique étrangère de l’administration américaine. Si le président Donald Trump venait à donner son feu vert, le Mali deviendrait ainsi la huitième nation au monde à subir des attaques ciblées depuis le début de son second mandat. Un tel développement contraste fortement avec les promesses initiales du chef de l’État de solder les engagements militaires lointains pour se concentrer exclusivement sur les affaires intérieures.
La situation sécuritaire au Mali a atteint un seuil critique qui ne laisse plus guère de répit aux chancelleries occidentales. Pays enclavé de près de vingt-cinq millions d’âmes, le territoire malien subit de plein fouet l’hégémonie croissante du JNIM, classé organisation terroriste par l’ONU.
L’année dernière, la situation a basculé dans une nouvelle dimension lorsque ce groupe dirigé par Iyad Ag Ghali a lancé un blocus des carburants d’une ampleur inédite, asphyxiant des pans entiers de l’économie locale. Au printemps 2026, les assauts se sont multipliés de manière coordonnée, allant jusqu’à des incursions directes de commandos terroristes dans les rues de la capitale, Bamako, et culminant avec la prise de contrôle d’une ville stratégique dans le nord du pays, suivi de l’assassinat tragique du ministre de la Défense Sadio Camara au cours d’un attentat-suicide d’une rare audace.
À cette menace s’ajoute l’activisme redoutable de la branche sahélienne de l’État islamique, rivale implacable du JNIM, qui a consolidé son emprise territoriale le long de la frontière nigérienne, estime la publication. C’est précisément dans cette zone grise que des combattants affiliés à l’organisation terroriste avaient enlevé, l’année dernière, le missionnaire américain Kevin Rideout, dont la détention actuelle est fortement soupçonnée d’avoir lieu sur le sol malien.
Face à cette déliquescence sécuritaire accélérée, la junte militaire au pouvoir à Bamako, issue de successifs coups d’État, a résolument tourné le dos à ses partenaires occidentaux traditionnels, en particulier la France, pour se tourner vers la Russie et au contingent de l’Africa Corps, directement rattaché aux structures du ministère russe de la Défense. Le régime de Bamako s’en est pris également depuis 2022, à l’Algérie garante de l’accord de paix signé en 2015 entre les mouvements d’opposition maliens dont les Touaregs et le gouvernement malien.
Cet accord qui avait bénéficié du soutien de la communauté internationale a été enterré en 2023 par le régime d’Assimi Goita. Ce qui a conduit à une crise majeur entre les Touaregs et Bamako au nord et avec Alger, en raison des opérations de l’armée malienne et l’Afrika Corps prés des frontières algériennes. La crise entre Alger et Bamako s’est exacerbée lorsque l’armée algérienne a abattu un drone malien qui tentait une incursion dans le territoire algérien le 31 mars 2025.
Toutefois, cette stratégie couteuse a contraint Bamako à reprendre ses relations avec Alger, soit quelques mois après la prise de Kidal par les rebelles Touaregs ( fin avril 2026). Cela d’autant que l’Algérie avait amorcé ces derniers mois un renforcement des relations avec les pays de l’AES en premier le Niger, une détente saluée par Moscou.
Au vu de ces développements, Washington ne saurait envisager une lutte contre le terrorisme au Sahel sans tenir compte de la réalité géopolitique actuelle dans la région. Au mieux, l’administration Trump pourrait fournir un appui indirect au pays du Sahel pour faire à la menace du JNIM tout en comptant sur son partenaire l’Algérie, reconnu comme étant un acteur clef et une référence dans la lutte contre le terrorisme dans la région.