Tebboune tourne le dos à la France
L’Algérie a-t-elle tourné le dos à la France ? La question est soulevée par de nombreux observateurs à l’issue de l’entrevue périodique qu’a accordée le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, à des représentants des médias nationaux.
Interrogé sur l’état des relations avec la France, alors que la crise dure depuis presque deux ans, le président Tebboune s’est contenté avant tout d’exprimer tout son respect à Mme Ségolène Royal, présidente de l’Association France-Algérie, qui a récemment effectué une visite de cinq jours en Algérie. Il l’a félicitée pour « son courage, son honnêteté intellectuelle et sa franchise », ajoutant qu’« elle est la bienvenue ». Il a surtout répondu par cette phrase pleine de sens et qui illustre le niveau atteint dans les rapports bilatéraux : « Si tu permets, et en toute démocratie, je ne réponds pas en ce qui concerne la France. »
Mieux encore, le message est plus clair quand le président Tebboune a affirmé que l’Algérie « entretient de bonnes relations, cordiales et amicales, avec de nombreux pays, des relations fondées sur l’intérêt mutuel », mettant en avant « les relations privilégiées « liant l’Algérie à des pays européens amis, à l’instar de l’Italie, de l’Espagne, de l’Allemagne et d’autres Etats », et ajoutant que l’Algérie entretient également de « bonnes relations » avec de grandes puissances, telles que les Etats-Unis d’Amérique, la Russie et la Chine.
Et la France dans cette liste ? Le président Tebboune n’y est pas allé par quatre chemins pour accuser l’ancienne puissance coloniale, sans la citer nommément bien sûr, de mener une politique de blocage dans les négociations bilatérales, notamment avec le maintien en suspens de plusieurs dossiers (mémoriel, OQTF, etc.). Ce n’est toutefois rien en comparaison lorsqu’il accuse à nouveau Paris de mener « une guerre économique » contre l’Algérie, en sabordant les pourparlers avec l’Union européenne, dont Alger veut renégocier l’accord d’association.
A ce propos, M. Tebboune a soulevé le cas de l’exportation vers l’Europe du rond à béton algérien. « L’UE attribue à l’Algérie un quota pour chaque trimestre, quantité qui est totalement consommée en 12 jours, alors que 85 % des achats de l’Algérie proviennent d’Europe et que, normalement, il y a du libre-échange », a-t-il dit. « C’est pour cela que nous avons demandé la renégociation de l’accord d’association. En réalité, il y a un consensus, moins un », a-t-il dit.
Ce « moins un » c’est la France, qui met les bâtons dans les roues et tente d’user et d’abuser de l’arme de l’UE pour acculer l’Algérie.
En clair, c’est du chantage pur que le président Tebboune dénonce en déclarant : « Mais il y a certains pays qui incitent à la haine contre l’Algérie, croyant que nous allons succomber à ces méthodes viles ». Selon lui, la France continue de répéter ses erreurs avec l’Algérie.
D’ailleurs, le chef de l’Etat a rappelé un précédent, quand la France a décidé d’un embargo contre le vin algérien quelques années après l’indépendance. Ce qui obligea l’Algérie à décréter l’arrachage des vignobles et à les remplacer par d’autres cultures agricoles, notamment céréalières. « Ils ne veulent pas comprendre qu’il ne faut pas faire de chantage à l’Algérie. C’est bizarre, avec les grands (pays), on s’entend », a indiqué le président Tebboune.
Questionné sur les rumeurs d’une visite du ministre français de l’Intérieur, Laurent Nuñez, en Algérie, le chef de l’Etat s’est contenté de dire que ce projet « le concernait ». « Elle ne me concerne pas. S’il veut venir, il est le bienvenu », a-t-il indiqué.
Pour le président Tebboune, la question des Algériens frappés d’une OQTF en France concerne le pays d’accueil, excluant tout lien avec le dernier dispositif exceptionnel mis en place pour le retour des ressortissants algériens en situation irrégulière et précaire. Sur ce point justement, en rappelant la politique menée par l’ancien ministre Bruno Retailleau, qui voulait expulser manu militari des Algériens en situation irrégulière ou qui ont commis des délits mineurs, le président Tebboune a été tranchant, clair et direct dans sa mise en garde : « Celui qui veut humilier ou ridiculiser l’Algérie n’est pas encore né. »