Tebboune sur la relation algéro-française : «L’Algérie ne fera jamais la manche»
Souveraineté nationale, mémoire historique, sécurité régionale et cohésion sociale. A l’occasion de sa rencontre périodique avec les représentants des médias nationaux, le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, a réaffirmé, ce lundi soir, les grandes orientations de l’action de l’Etat, dessinant les contours d’une nation attachée à son indépendance de décision, à la défense de ses intérêts stratégiques et à la préservation de son modèle social.
Au centre de cette intervention, une formule forte est appelée à marquer les esprits : « L’Algérie ne fera jamais la manche. » En quelques mots, le chef de l’Etat a résumé une doctrine fondée sur la souveraineté, la dignité nationale et le respect mutuel entre les Etats.
Tebboune a tenu à apporter des clarifications sur plusieurs points liés aux relations algéro-françaises, notamment la question des visas et du dossier mémoriel. « Le président algérien n’a jamais demandé un quota de visas, un nombre de visas ou parlé de visas. Je n’ai jamais demandé d’excuses. Je n’ai jamais demandé d’indemnisation. L’Algérie ne fera jamais la manche », a affirmé le président de la République.
A travers cette mise au point, le chef de l’Etat a voulu écarter toute interprétation présentant Alger comme étant dans une démarche de demande ou de recherche de contreparties auprès de Paris. Il a rappelé que les relations internationales doivent être bâties sur le respect mutuel, l’équilibre et la reconnaissance de la souveraineté de chaque pays. Cette déclaration intervient alors qu’une nouvelle polémique a éclaté en France autour de la délivrance des visas aux ressortissants algériens.
Le débat a été relancé après les déclarations de l’ambassadeur de France en Algérie, Stéphane Romatet, évoquant un retour progressif au niveau de délivrance des visas d’avant la crise diplomatique, soit près de 250 000 visas par an. Ces propos ont rapidement été instrumentalisés par une partie de l’extrême droite française, avant que le président Emmanuel Macron ne précise qu’aucun objectif chiffré n’avait été fixé par les autorités françaises.
Le chef de l’Etat est également revenu sur le dossier mémoriel, qui demeure l’un des principaux sujets des relations entre Alger et Paris. Pour l’Algérie, a-t-il rappelé, la mémoire ne relève ni du marchandage politique ni d’une logique de compensation financière. Elle constitue un droit historique imprescriptible et une responsabilité nationale envers les générations futures.
Cette position s’inscrit dans le prolongement de l’adoption récente de la loi criminalisant la colonisation française. Ce texte consacre la condamnation juridique du système colonial et met notamment l’accent sur la reconnaissance des crimes coloniaux ainsi que sur les conséquences durables des essais nucléaires français réalisés dans le Sahara algérien.
L’Algérie continue de défendre plusieurs dossiers, à l’instar de l’ouverture complète des archives de la période coloniale, de la restitution des restes mortuaires des résistants, de la récupération des biens spoliés, de la reconnaissance des crimes commis durant les 132 années de colonisation et de la prise en charge des séquelles des essais nucléaires.
En affirmant n’avoir « jamais demandé d’excuses » ni « d’indemnisation », Abdelmadjid Tebboune a voulu souligner que la démarche algérienne repose avant tout sur la recherche de la vérité historique, de la justice et du respect de la mémoire des chouhada.
Sur le plan régional, le président de la République a exprimé la vigilance de l’Algérie face aux menaces sécuritaires pesant sur son voisin tunisien.
Il a mis en garde contre toute tentative d’introduction du terrorisme en Tunisie. « L’Algérie ne laissera pas faire quiconque apportera le terrorisme en Tunisie ou menacera la Tunisie avec le terrorisme », a-t-il averti, réaffirmant l’attachement d’Alger à la stabilité du Maghreb et à la coopération sécuritaire régionale.
Incendies : « Une enquête du planton jusqu’au plus haut responsable »
Le Président est également revenu sur les incendies ayant touché plusieurs wilayas, notamment le drame survenu à l’établissement de l’enfance assistée de Mohammadia, à Alger.
Il a annoncé avoir ordonné aux services de sécurité l’ouverture d’une enquête « très approfondie », précisant qu’elle concernera l’ensemble de la chaîne des responsabilités, « du planton jusqu’au plus haut responsable », afin de déterminer les circonstances exactes de l’incendie.
Très ému par cette tragédie, le chef de l’Etat a également exprimé sa solidarité avec les victimes, évoquant le cas d’une jeune fille grièvement brûlée.
Au-delà de l’enquête, Abdelmadjid Tebboune a tenu à rendre un vibrant hommage à l’ensemble des intervenants mobilisés sur le terrain : éléments de la Protection civile, Armée nationale populaire, services de sécurité, agents des forêts, travailleurs de Sonelgaz, collectivités locales et citoyens.
Il a particulièrement salué les images de solidarité entre les équipes de la Protection civile et les agents de Sonelgaz œuvrant au rétablissement de l’électricité au plus près des flammes. « Ce sont des images que vous ne verrez qu’en Algérie », a-t-il déclaré, annonçant que des mesures seront prises pour encourager et récompenser les agents engagés sur le terrain.
Le Président a également souligné la nécessité de renforcer les dispositifs de prévention, d’améliorer les capacités d’intervention et d’anticiper davantage les risques liés aux catastrophes naturelles, dans un contexte de multiplication des phénomènes climatiques extrêmes.
Revalorisation du SNMG et des retraites
Sur le plan économique et social, M. Tebboune a renouvelé son engagement en faveur du pouvoir d’achat et de la protection des catégories les plus vulnérables.
Il a annoncé une nouvelle revalorisation des pensions de retraite ainsi qu’une augmentation prochaine du salaire national minimum garanti (SNMG), estimant que le renforcement du caractère social de l’Etat demeure une priorité constante.
Le Président a également confirmé l’ouverture prochaine d’un dialogue national avec les partis politiques, réaffirmant sa volonté d’élargir la concertation sur les grandes réformes. « Je m’engage à enclencher un dialogue avec les partis », a-t-il déclaré.
Interrogé sur le phénomène des bandes de quartiers, Abdelmadjid Tebboune a affiché une grande fermeté. Il a assuré que l’Etat poursuivra sans relâche son action contre ces groupes qui menacent la sécurité publique. « Je m’engage auprès des familles à protéger leurs enfants. Nous menons une guerre très sévère contre ces gens-là et nous allons les vaincre », a-t-il affirmé, réitérant la détermination des pouvoirs publics à garantir la sécurité des citoyens.
De la diplomatie aux questions mémorielles, de la lutte contre le terrorisme à la prévention des incendies, en passant par les réformes sociales et la lutte contre la criminalité, le président Tebboune a défendu une même ligne directrice : celle d’un Etat maître de ses décisions, fidèle à son histoire et résolument engagé dans la protection de ses citoyens.