Tebboune et Sánchez actent le réchauffement algéro-espagnol
Marquant la consécration d’un partenariat stratégique pleinement relancé, le président de la République, M. Abdelmadjid Tebboune, a reçu officiellement ce lundi à Alger le président du Gouvernement espagnol, M. Pedro Sánchez. Cette visite de travail et d’amitié de haut niveau, qui s’inscrit dans la continuité d’une dynamique bilatérale retrouvée, ambitionne de consolider les liens multidimensionnels entre les deux pays, englobant la sécurité, la transition énergétique, la coopération migratoire et le renforcement des échanges économiques axés sur la production conjointe.
Les relations entre l’Algérie et l’Espagne amorcent résolument une nouvelle étape charnière. Ce lundi, le président de la République, M. Abdelmadjid Tebboune, a réservé un accueil officiel empreint de solennité au siège de la Présidence de la République au président du Gouvernement espagnol, M. Pedro Sánchez, qui a effectué une visite de travail et d’amitié de haute importance en Algérie.
Arrivé à l’aéroport international Houari-Boumediene, le chef de l’Exécutif espagnol a été accueilli avec tous les honneurs par le Premier ministre, M. Sifi Ghrieb, accompagné d’une délégation ministérielle et diplomatique de premier plan comprenant le ministre d’État, ministre des Affaires étrangères, de la Communauté nationale à l’étranger et des Affaires africaines, M. Ahmed Attaf, le ministre d’État, ministre des Hydrocarbures, M. Mohamed Arkab, et le Conseiller auprès du président de la République chargé des Affaires diplomatiques, M. Amar Abba, ainsi que l’ambassadeur d’Algérie en Espagne, M. Abdelfettah Daghmoum.
Avant de rejoindre la présidence, M. Pedro Sánchez s’est recueilli au Sanctuaire du Martyr, à Alger, à la mémoire des martyrs de la glorieuse Guerre de libération nationale. Par la suite, au Palais présidentiel, il a passé en revue un détachement de la Garde républicaine qui lui a rendu les honneurs protocolaires dus à son rang. Les deux dirigeants ont ensuite immortalisé cette rencontre par une photo-souvenir officielle devant les représentants de la presse nationale et internationale, avant d’entamer une séance de travail approfondie et un entretien en tête-à-tête.
Cette visite officielle cruciale vient couronner le réchauffement progressif des relations bilatérales amorcé depuis 2024, refermant ainsi définitivement une période de turbulences diplomatiques qui a éclaté en mars 2022. Ce retour au sommet a été patiemment préparé en amont par une reprise constante des contacts de haut niveau. Le premier signal fort de cette normalisation a été impulsé par le ministre espagnol des Affaires étrangères, José Manuel Albares, dont la visite de travail à Alger en mars dernier a permis de relancer les canaux diplomatiques officiels et de poser les jalons politiques indispensables à ce réchauffement.
Des visites croisées ont également eu lieu, à l’instar des déplacements de hauts responsables de la sécurité et de l’intérieur des deux pays, témoignant de la volonté partagée de restaurer des mécanismes de confiance solides. L’Algérie et l’Espagne partagent en effet des relations enracinées et un attachement profond aux principes de bon voisinage, de sécurité, de paix et de règlement des différends par le dialogue. Cette visite offre ainsi l’opportunité de réaffirmer le caractère stratégique privilégié de la coopération bilatérale.
Sécurité, justice et transition énergétique au cœur des discussions
Accompagné d’une délégation gouvernementale de haut niveau comprenant notamment Sara Aagesen, troisième vice-présidente du gouvernement et ministre de la Transition écologique et de l’Énergie, Pedro Sánchez est venu consolider les piliers structurels qui unissent les deux pays riverains de la Méditerranée.
La réactivation de la coopération sécuritaire s’impose comme une priorité absolue dans l’agenda bilatéral. Après une période de flottement, Alger et Madrid réengagent pleinement leurs services. Cette reprise se traduit par un renforcement du renseignement opérationnel, notamment dans le cadre de la lutte antiterroriste au sein de la région sahélo-saharienne, ainsi que par un combat accru contre le trafic transfrontalier et les réseaux de criminalité organisée.
La gestion des flux migratoires constitue un autre volet névralgique de ces pourparlers. Alors que les autorités consulaires font face à une forte tension et à une réorganisation stricte des rendez-vous pour endiguer le marché noir, le chef du gouvernement espagnol cherche à rétablir des mécanismes de contrôle conjoints efficaces pour stabiliser la situation migratoire en Méditerranée occidentale.
Parallèlement, un dossier d’une importance capitale pour Alger s’est invité au cœur des négociations : le recouvrement des biens et des fonds algériens détournés issus de la corruption et localisés sur le territoire espagnol. Dans le cadre d’une coopération judiciaire considérablement renforcée, les ministères de la Justice des deux pays intensifient leurs échanges techniques à travers l’émission de commissions rogatoires, le gel des avoirs et des saisies ciblées. Pour la partie algérienne, l’obtention d’un soutien franc et actif de la justice espagnole pour rapatrier ces avoirs financiers et immobiliers constitue une condition fondamentale de la pérennité de ce nouveau partenariat.
Vers un partenariat tourné vers la production conjointe
Au-delà des questions politiques et sécuritaires, le partenariat énergétique demeure un pilier inébranlable qui a su résister aux pires soubresauts diplomatiques. La présence de la ministre de la Transition écologique et de l’Énergie confirme que Madrid continue de voir en l’Algérie son fournisseur stratégique de gaz naturel de référence via les infrastructures gazières sous-marines, tout en faisant d’Alger un allié incontournable pour développer les énergies renouvelables et l’hydrogène vert.
Cette dynamique de coopération économique globale fait écho à la récente participation de l’Espagne en tant qu’invitée d’honneur à la 57e édition de la Foire internationale d’Alger (FIA). Lors de cet événement d’envergure, le président Tebboune avait salué la solidité des relations bilatérales amorçant une nouvelle étape et avait invité les opérateurs économiques des deux nations à intensifier leurs efforts. Il avait notamment appelé à franchir un cap décisif en matière de production conjointe, en particulier dans le secteur des installations de dessalement de l’eau de mer, en favorisant la fabrication locale des composants et le relèvement du taux d’intégration industrielle.
En somme, ce déplacement historique de Pedro Sánchez à Alger confirme la vitalité retrouvée d’un axe bilatéral stratégique. En conjuguant concertation politique permanente, renforcement de la sécurité commune et intensification des synergies économiques et industrielles, l’Algérie et l’Espagne ouvrent une voie prometteuse pour l’avenir de leurs peuples amis.