Tebboune en adéquation avec le hirak
Le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, a annoncé jeudi soir plusieurs décisions importantes, dont les plus attendues sont la dissolution de l’Assemblée populaire nationale, la tenue d’élections législatives anticipées et des mesures de grâces au bénéfice de plusieurs détenus du mouvement populaire du hirak. Il a également fait état d’autres décisions à venir dans le cadre du changement radical revendiqué par les citoyens.
Apres avoir évoqué sa maladie, sa convalescence et son retablissement, le président de la République a mis en exergue la commémoration de la Journée du Chahid, rappelant les sacrifices des Chouhada pour « une Algérie indépendante, gérée par ses enfants », estimant que « les enseignements de ces sacrifices prennent aujourd’hui tout leur sens au regard de ceux qui n’hésitent pas à vendre au plus bas prix cette patrie, si précieuse ».
Par la même occasion, le Président Tebboune a remercié les Algériens pour « leur participation et accompagnement à tous les chantiers ouverts ensemble, dont le plus grand a été, dés le début du mandat présidentiel, le changement des modes et pratiques de prise en charge sociale des citoyens, en souffrance, durant des années, sans que personne ne prenne leur défense ».
A ce propos, il a déclaré : « malgré les difficultés financières suite à la baisse des cours du pétrole et l’impact de la pandémie du nouveau Coronavirus, j’ai décidé le relèvement du Salaire national minimum garanti (SNMG) à 20 000, une décision qui n’avait pas été prise durant des années », et j’ai honoré l’engagement, pris lors de ma campagne électorale, d’exonérer les salaires inférieurs à 30.000 DA, laquelle a profité à quelque 6,5 millions d’Algériens ».
« L’objectif de toutes ces décisions est de faire profiter les Algériens de l’argent qui était détourné à travers la surfacturation et l’investissement dans des pays étrangers », a-t-il assuré.
Evoquant la pandémie Covid-19, il a tenu à rendre hommage aux Algériens pour « leurs patience, sens de sacrifice et discipline, qui ont favorisé une harmonie dans la lutte contre le virus », mettant en avant « leur confiance » qui a permis « la gestion adéquate de la situation, la protection de l’armée blanche et la mobilisation de tous les moyens pour la prise en charge médicale des citoyens ».
Il s’est dit, également « fier » de la solidarité témoignée à la population de la wilaya de Blida, une fois déclarée premier foyer de ce virus, estimant que cette solidarité « reflète la véritable image des Algériens ainsi que leur noblesse d’âme et générosité ».
Le président de la République a abordé, par ailleurs, la campagne de vaccination anti-Covid-19, faisant état d’un « accord avec nos amis Russes pour la production en Algérie du vaccin +Sputnik V+ dans 6 à 7 mois ».
Double bataille économique et institutionnelle
Le chef de l’Etat a également évoqué une « autre bataille », celle liée à une récession « dépassant les 80% » de l’économie mondiale en raison des répercussions de la pandémie Covid-19, qui a également impacté l’économie nationale.
Il a affirmé, dans ce cadre, que les « mesures que nous avons prises, notamment de solidarité, d’aide et d’atténuation de l’incidence de la crise sur les opérateurs économiques, ont permis de surmonter cette conjoncture au moindre préjudice ».
Soulignant que le temps était venu de se lancer dans « l’édification de l’économie et de l’investissement », le Président Tebboune a rappelé avoir rencontré des investisseurs qu’il a exhorté à « adhérer à la stratégie tracée pour la relance de l’économie et l’investissement créateur d’emploi et de richesses, en s’écartant de l’économie fourvoyée, axée par le passé sur l’importation et la surfacturation ».
Soulignant, par ailleurs, l’impératif d’accorder un grand intérêt « aux jeunes innovateurs dans l’économie nationale », relevant que « c’est dans ce sens que s’est inscrit la création de deux départements ministériels dédiés à cette frange et d’un fonds national pour le financement des start-up et des micro-entreprises ».
Non moins importante que la bataille économique, « la bataille institutionnelle » a été longuement développée par le Président de la République. « Nous avons mené la bataille du changement des textes et des institutions, comme la revendiqué le Hirak béni et authentique du 22 février 2019 », a-t-il dit.
Il citera, à cet égard, la révision de la Constitution « dans laquelle nous avons inclus toutes les revendications du Hirak », un texte, a-t-il dit, qui « consacre la liberté absolue, tant individuellement que collectivement, la déclaration suffit désormais pour créer des partis et des associations ».
« Nous nous sommes aussi attelés à organiser la société civile en lui donnant la parole pour qu’elle soit efficace et partie intégrante de l’Etat », a ajouté le Président Tebboune.
Abordant les changements apportés par la Constitution, le Chef de l’Etat a cité la limitation des prérogatives du Président de la République et la consolidations des pouvoirs des élus, notamment au niveau du Parlement.
A ce titre, le Président Tebboune a annoncé sa décision de « dissoudre l’Assemblée populaire nationale (APN) pour passer, de suite, à des élections où l’argent, sale ou pas, n’aura point de place, des élections qui ouvriront la voie aux jeunes ». Il a exhorté ces derniers à « investir les institutions politiques à la faveur des encouragements de l’Etat, et ce à travers la prise en charge d’une grande partie du financement de leur campagne électorale ».
Pour le Chef de l’Etat, l’implication des jeunes dans la vie politique « permettre d’injecter du sang neuf dans les organes de l’Etat et le Parlement, qui en étant les yeux et la voix du peuple ne souffrira d’aucun discrédit ».
Le Président Tebboune a tenu à réaffirmer, dans ce sens, que « le Parlement sera élu sous le contrôle de l’ANIE dans les prérogatives de laquelle n’intervient ni les présidents des APC ni les walis (…), ni même le président de la République.
D’autre part, le Président de la République a évoqué le deuxième anniversaire du Hirak authentique béni, « un Hirak qui a épaté tous les pays et sauvé l’Algérie d’une tragédie en acceptant les élections avec un grand sens politique ».
A ce propos, il a annoncé la signature d’un décret portant grâce présidentielle au profit d’une trentaine de détenus, jugés définitivement, et de 55 à 60 autres, dont les jugements n’ont pas encore été rendus par la justice.
Le Président Tebboune a affirmé, dans le même sens, « avoir pris connaissance des critiques dûment faites par les citoyens » concernant la faible performance de « certaines autorités locales et nombre de secteurs ministériels ».
« J’ai entendu l’appel et j’ai décidé d’opérer un remaniement ministériel, qui sera annoncé dans les prochaines 48 heures », a-t-il déclaré précisant que ce remaniement « concernera les secteurs ayant enregistré, à notre sens et du point de vue des citoyens, des lacunes dans l’accomplissement des missions et le règlement des problèmes du citoyen ».
De nouveaux chantiers en perspective
Concernant les chantiers lancés, le président de la République a fait état de « la finalisation d’ici une semaine d’un premier texte permettant l’installation de l’Observatoire national de la société civile », d’un deuxième chantier pour la finalisation, dans 15 à 20 jours, des textes portant installation du Conseil supérieur de la jeunesse », et d’un autre pour « la création de la Cour constitutionnelle ».
Au volet de la politique extérieure, le Président Tebboune s’est dit « réjouit » de « l’accord conclu entre les frères Libyens en Suisse », affirmant que cet accord « les honore et nous rassure ».
Saluant cette évolution, il a rappelé le retour actif de la diplomatie algérienne dans les fora internationaux en affirmant constamment que « la solution à la crise en Libye doit être libo-libyenne » et que « la position de l’Algérie est toujours équidistante ».
Pour ce qui est de la Palestine, le Président de la République a réitéré la position indéfectible et inconditionnelle de l’Algérie en faveur du droit du peuple palestinien à recouvrer l’ensemble de ses droits usurpés et à établir un Etat indépendant dans les frontières de 1967, en toute souveraineté, avec El Qods pour capitale, sur la base de l’initiative arabe pour la paix.
Concernant le conflit au Sahara occidental, le Président Tebboune a affirmé que pour l’Algérie, c’est une question de décolonisation. « Le Sahara occidental est la dernière colonie en Afrique et le peuple sahraoui doit exercer son droit à l’autodétermination ».
Evoquant la situation au Sahel, le Président Tebboune a rappelé la participation de l’Algérie à la relance de l’accord de paix et de réconciliation au Mali, issu du processus d’Alger, faisant observer que des années après la signature de ce document par les parties maliennes, le Comité de suivi de l’Accord pour la Paix et la Réconciliation au Mali (CSA) avait organisé récemment une réunion à Kidal (nord du Mali), sous les auspices des autorités maliennes afin d’appliquer les clauses de cet accord et rétablir la paix au nord du Mali.
A la fin de son discours, le Chef de l’Etat a indiqué que d’autres décisions allaient être prises à l’avenir, soulignant que « le temps nous est compté ».
« Toutes les dispositions de la nouvelle Constitution entreront en vigueur dans quelques mois », a-t-il soutenu, estimant que « les véritables solutions sont les solutions pérennes et institutionnelles et non les aléatoires qui reposent sur une ou deux personnes »