-- -- -- / -- -- --
Nationale

Tayeb Louh encoure la prison

Tayeb Louh encoure la prison

Il devrait comparaître mercredi devant le conseiller rapporteur
Le feuilleton des poursuites judiciaires contre d’ex-ministres au temps de l’ex-président de la République Abdelaziz Bouteflika se poursuit avec la comparution mercredi 14 août, de l’ex-ministre de la justice Tayeb Louh pour être entendu dans pas moins de 26 affaires, toutes liées à la corruption et à la malversation.

L’ex-ministre, dont le nom revient dans certaines grandes affaires de corruption, sera auditionné par le magistrat rapporteur de la Cour suprême quant à son implication directe dans des affaires liées au faux et usage de faux et aux dépassements « arbitraires » et « abusifs ».
Louh a été auditionné au milieu de la semaine écoulée par le procureur de la République du tribunal de Sidi M’Hamed, Fayçal Ben Daas, puis par le juge d’instruction du pôle judiciaire spécialisé près la même Juridiction sur, entre autres affaires, le marché des bracelets électroniques. 
Il est par ailleurs poursuivi pour avoir servi et protégé le clan Bouteflika lorsqu’il était à la tête du ministère de la Justice, qu’il a géré pendant plus de 10 ans.

Tayeb Louh, qui risque gros, s’est vu notifier toutes les accusations portées à son encontre notamment l’abus d’autorité, le trafic d’influence, l’usage de la profession à des fins personnelles, et d’avoir exercé des pressions sur des procureurs et des magistrats en plein exercice de leur fonction.
Il a été auditionné sur la relation qui le liait au général major Belkecir, limogé récemment par le chef de l’Etat Abdelkader Bensalah, et sur les privilèges dont a bénéficié son épouse Fatiha Boukhersa, alors présidente de la cour de Tipasa, qui s’est enfuie à l’étranger peu avant le début des instructions judiciaires.
L’ancienne présidente du tribunal de Tipasa a exercé des pressions et des intimidations sur, notamment, les juges et les procureurs ayant soutenu le soulèvement populaire du 22 février et sur la personne du procureur général près la Cour de Tipasa, Kharabi Brahim, et était à l’origine de son malaise et de son évacuation en urgence sur l’hôpital de la ville. 
Le dossier de l’ex- ministre a été remis au parquet général d’Alger dont le nouveau procureur général, Merrad, sera installé dans ses nouvelles fonctions au plus tard ce mercredi. Merrad a été désigné en qualité de premier responsable du parquet de cette juridiction sur proposition du nouveau ministre et garde des Sceaux Belkacem Zeghmati.
Le procureur de la République du tribunal de Sidi M’Hamed et pour ne pas entraver le bon déroulement de l’investigation préliminaire, a signifié à Tayeb Louh l’interdiction de sortie du territoire national, conformément à l’article 36 du code de procédure pénale.
L’ancien ministre avait usé de son autorité et de son influence pour s’ingérer, rappelons-le, dans le traitement des gros dossiers tels Khalifa Bank, Sonatrach et l’affaire autoroute Est-Ouest, et ce dans un seul but, protéger ses ex-collègues, à savoir les ex-ministres dont la plupart se trouvent actuellement à la prison d’El Harrach. 
Quelque temps après son installation à la tête de la Cour suprême, le premier président de cette institution, Tebbi Abderrachid, a ordonné de renvoyer devant les tribunaux criminels trois des plus importants dossiers de corruption qui ont marqué les deux décennies de la présidence de Bouteflika. Ces dossiers sont restés dissimulés dans le tiroir du ministre pendant plusieurs années. 
La revanche de Zeghmati
Le premier dossier sur lequel a statué la Cour suprême est celui de l’autoroute Est-Ouest, ouvert en 2009 par l’ex-DRS (Département du renseignement et de la sécurité), dont le rapport préliminaire fait état des résultats de l’enquête sur les conditions d’octroi des marchés de réalisation de l’autoroute, par l’intermédiaire du Franco-Angolais Pierre Falcone à des sociétés chinoise, Citic CRCC, et japonaise, Cojaal, mais aussi sur les circonstances dans lesquelles de nombreuses sociétés étrangères ont obtenu des contrats dans le domaine du transport et de l’hydraulique en Algérie.
De nombreuses personnalités sont impliquées dans ces affaires, dont l’ex-Premier ministre, Abdelmalek Sellal, alors ministre des Ressources en eau, Amar Ghoul, l’ex-ministre des Travaux publics, Mohamed Bedjaoui, l’ex-ministre des Affaires étrangères, ainsi que des hommes d’affaires, le Luxembourgeois Mohamed Chani et le richissime Tayeb Kouidri, installé en Suisse. Aussi bien lors de l’instruction que lors du procès, une bonne partie des personnalités citées ont été épargnées. Le seul responsable entendu en tant que témoin et par écrit a été Amar Ghoul par le juge alors en charge du dossier.
Le représentant du ministère public ainsi que les mis en cause se sont pourvus en cassation devant la Cour suprême. Il y a deux semaines, cette haute juridiction a statué sur l’affaire et l’a renvoyée devant le tribunal criminel près la cour d’Alger, instruit pour demander l’ouverture d’une enquête complémentaire.
Le deuxième dossier que la Cour suprême a examiné tout dernièrement est celui de Sonatrach. Un scandale aux ramifications internationales, qui a éclaté en 2010, et au centre duquel se trouve l’ex-ministre de l’Energie, Chakib Khelil, et Farid Bedjaoui, son conseiller financier, celui-là même qui avait été condamné par la justice italienne dans le cadre de l’affaire des 197 millions d’euros de commissions versées par Saipem, filiale du groupe pétrolier italien EnI, aux responsables algériens pour obtenir des marchés en Algérie.
En 2013, l’enquête judiciaire a abouti à l’inculpation de Chakib Khelil, qui réussit à quitter le pays. Des mandats d’arrêt internationaux sont alors lancés à son encontre mais aussi contre son épouse et ses deux enfants, et contre six autres anciens cadres de Sonatrach, alors que l’ex-PDG Mohamed Meziane a été condamné à 5 ans de prison avec sursis.
Quelque temps après, trois magistrats connus pour leur intégrité, et qui ont refusé de suspendre les poursuites judiciaires contre Chakib Khelil, sont écartés de leur poste par l’ex-ministre Tayeb Louh. Il s’agit de l’ancien procureur de la République du tribunal de Sidi M’Hamed Abdemajid Belhadj, Kamel Ghazali, ex-juge d’instruction de la 9e chambre du pôle judiciaire du tribunal de Sidi M’Hamed et de l’actuel ministre, alors procureur général près la cour d’Alger, Belkacem Zeghmati.
On se rappelle de cette conférence de presse de l’actuel ministre alors procureur général près la cour d’Alger, où il explique les contours de cette entreprise criminelle créée par Chakib Khelil pour détourner de l’argent vers des comptes domiciliés dans plusieurs pays à travers le monde, grâce à Farid Bedjaoui.
Par ailleurs, la même juridiction a examiné le dossier Khalifa, qui a été jugé à deux reprises sans pour autant faire la lumière sur toutes ces sommes colossales, constituant les fonds publics et l’argent des déposants, dilapidées en quelques années par Abdelmoumène Khalifa, patron du groupe qui porte son nom, avec la complicité de nombreux hauts responsables dont beaucoup ont profité de cette manne, à commencer par certains membres de la famille du président Bouteflika.
L’enquête judiciaire a cité au moins quatre ministres, qui avaient été inculpés par la Cour suprême, parmi lesquels Abdessalem Bouchouareb et Abdelmadjid Tebboune, alors que d’autres, comme Tayeb Belaïz, Abdelmadjid Sidi Saïd, pour ne citer que ceux-là, ont été nommément impliqués mais jamais été inquiétés. Lors du premier procès, des révélations fracassantes ont été faites par les cadres poursuivis, mais aussi par des personnalités citées comme témoins.
Redouane Hannachi

Commentaires
Email
Mot de passe
Prénom
Nom
Email
Mot de passe
Réinitialisez
Email