-- -- -- / -- -- --
Monde

Suite de l’histoire: un algérien kidnappé en 1759 par des espagnoles se retrouve en Amérique

Suite de l’histoire: un algérien kidnappé en 1759 par des espagnoles se retrouve en Amérique

Suite de la 1ere partie
 

Le Jeune indépendant vous livre la deuxième partie de la passionante histoire de Salim, l’Algérien, depuis son enlevement en 1759 par des corsaires espagnoles, son aventure en Amérique, jusqu’à sa tentative de retour en Algérie.

Quelque temps plus tard, M. Dickinson emmena Selim à Augusta, chef-lieu du Comté pour assister à un meeting religieux.Il y avait beaucoup de monde et Selim découvrait pour la première fois une population de colons de toutes origines. Son regard allait d’une personne à l’autre comme s’il cherchait quelqu’un.

Soudain, tirant M. Dickinson par le bras, il lui montra du doigt un homme imposant, habillé avec élégance et se déplaçant d’un air important et plein d’humilité à la fois. Ses vêtements étaient sombres et il ne portait pas de chapeau.

« Emmenez-moi à cet homme, s’il vous plaît ! » murmura Selim
M.Dickinson le regarda en souriant : « Vous le connaissez ? »
-Non, répondit Selim, mais je sais qui il est
-Et qui est-il ? Demanda Dickinson toujours en souriant
-Présentez-moi à lui, je vous en prie !
Dickinson s’approcha de l’homme que lui désignait Selim : « Je vous présente le révérend Craig. Mon révérend, permettez-moi de vous présenter mon ami Selim »

Le pasteur sourit à Selim et lui tendit la main.
Selim était très agité : « Emmenez-moi chez vous, révérend ! » supplia-t-il

Dickinson était très géné. Craig sourit : « Pourquoi voulez-vous venir chez moi ? »

-Quand j’ai traversé les montagnes et les forêts, quand j’ai combattu les bêtes fauves et les indiens, tout ce temps passé à me demander si j’allais survivre je voyais dans mes rêves un homme qui vous ressemble comme un frère ! Je sais que c’était vous que Dieu me montrait en rêve !

Le pasteur ne répondit pas tout de suite. Visiblement, cette déclaration l’avait bouleversé.

« Je vous accueillerai avec plaisir ! Si Dieu m’envoie quelqu’un, je ne peux le renvoyer »

Selim emménagea chez le révérend Craig qui découvrit très vite que l’Algérien était très instruit : ayant trouvé chez le pasteur un exemplaire en grec de l’ancien testament, il le lut devant lui.

Stupéfait, le pasteur voulut connaître l’avis de Selim sur le sens des textes. L’Algérien avait une grande maîtrise de cette langue et il corrigea certaines interprétations du révérend.
Plus tard, Craig découvrit que Selim connaissait également l’hébreu et disposait de connaissances plus vastes que ce qu’il imaginait.

Bientôt, la bonne société de Staunton l’adopta et il fut considéré comme un gentleman cultivé et très recherché dans les diners mondains.

Cependant, malgré toute la sollicitude des habitants de Staunton, le mal du pays rongeait le cœur de Selim. Il supplia donc le révérend Craig de l’aider à rentrer chez lui, en Algérie.
Le pasteur et tous les autres amis de Selim essayèrent de l’en dissuader, lui rappelant les dangers de la traversée, les guerres en méditerranée et la piraterie toujours présente sur les mers mais Selim resta inflexible.

Les notables de Staunton se résignèrent à lui organiser une collecte et l’envoyèrent à Williamsburg, sur la côte atlantique, pour embarquer vers l’Angleterre, avec une recommandation aux autorités de la ville et à quelques connaissances qui allaient se charger de son voyage.

Ce fut la fin du premier séjour de Selim en Amérique.


–——————————————————————————————–
Extrait de la lettre de John Blair, Président du Conseil de Virginie et chargé de la colonie depuis le décès du Gouverneur Fauquier et en attendant la prise de fonction de Lord Botetourt, adressée à Lord Hillsborough, Secrétaire d’Etat aux colonies, le 12 juillet 1768.

I beg leave to inform your Lordship that the council have by me paid the passage to London of a most unfortunate algerian young man named Selim who appears to be a gentleman’s son there.
[…]
He was unfortunately taken by a french ship and by their traders carried among the Mingo indians and left there a captive. He spent three years among them, before he made his escape by the advice of an english woman what course to take. He travelled 45 days he says, in the woods, alone, on herbs, roots, and wild fruits for food, till he was fortunately met with by a kind man from Augusta, a frontier county of ours.
[…]
It appeared on examination he had been learning some greek and hebrew which speaks him a gentleman’s son. He hopes to meet an algerian ambassador in London. Perhaps your lordship may think it fit to take some notice of him and oblige the Dey of Algiers by kindly contriving him home to his father…

J’ ai l’honneur de vous informer que, à mon ordre, le Conseil a payé le passage à Londres d’un jeune homme algérien des plus malheureux nommé Selim qui semble être le fils d’un gentilhomme.
[…]
Il a malheureusement été capturé par un navire français et emmené par leurs commerçants [en Louisiane]parmi les Indiens Mingo et abandonné comme prisonnier. Il a passé trois ans chez eux, avant de s’évader en suivant les indications d’une femme anglaise sur la route à prendre. Il a voyagé 45 jours, dit-il, dans les bois, seul, se nourrissant d’herbes, de racines et de fruits sauvages, jusqu’à ce qu’il fut heureusement rencontré par un brave homme d’Augusta, un comté frontalier…

L’étude de son cas a révélé qu’il connaît un peu le grec et l’hébreu, langues dans lesquelles il a échangé avec le fils d’un gentilhomme. Il espère rencontrer l’ambassadeur algérien à Londres. Votre Seigneurie pourrait considérer le cas et intervenir auprès du Dey d’Alger et obtenir de lui qu’il ait l’obligeance d’aider ce jeune homme à rentrer chez lui…

Commentaires
Email
Mot de passe
Prénom
Nom
Email
Mot de passe
Réinitialisez
Email