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Nationale

Suite au discours de Bouteflika : L’opposition en ébullition

Suite au discours de Bouteflika : L’opposition en ébullition

Le discours du Président de la République à l’occasion du 19 mars ne semble pas désarçonner l’opposition. Des informations dans le milieu politique font état d’intenses consultations entre plusieurs figures de proue afin de préparer une riposte.

On évoque même l’idée d’un sommet qui se tiendrait dans une vingtaine de jours. La classe politique, notamment l’opposition, est en pleine ébullition tant le discours du chef de l’Etat soulève de nombreuses interrogations quant à ses objectifs à terme.

Des informations dans le milieu politique font état d’intenses consultations entre plusieurs figures de proue de l’opposition afin de préparer une riposte au contenu de la dernière lettre du président Bouteflika.

Bien que certains se trouvent à l’étranger, comme Abderrazak Mokri le chef du MSP en Malaisie, ces consultations sont à un stade avancé, selon des sources partisanes. Ces dernières pensent que l’idée d’un sommet de l’opposition fait son chemin et qu’il pourrait bien se tenir dans une vingtaine de jours même si les services du ministère de l’Intérieur ne l’autorisent pas.

En tous cas, le ton qui vient de monter d’un cran entre Bouteflika et les deux versants de l’opposition, la Coordination nationale des libertés et de la transition démocratique (CNLTD) et le pôle du changement mené par Ali Benflis, vient attiser de nouvelles tensions après les sorties fumeuses et inappropriées des chefs de partis alliés au cercle présidentiel.

D’ailleurs, l’ex-SG du parti MSP et néanmoins l’un des partisans de la ligne Bouteflika, Aboudjerra Soltani, a critiqué ouvertement les propos de Saâdani du FLN et des autres leaders du RND, du MPA ou du TAJ, qui, selon lui, versent de l’huile sur le feu, estimant que les formations de l’opposition sont des « partis politiques algériens agréés, pacifiques et constructifs » et qu’elles ne méritent pas « l’invective et l’insulte », car elle ne revendiquent qu’un « processus de transition démocratique ».

D’autres personnalités, moins impliquées dans le débat politique national, n’ont pas caché leur surprise, ni leur étonnement sur la dernière sortie épistolaire de Bouteflika. Il est évident que pour la plupart des observateurs, cette lettre, qui comporte aussi bien des accusations à l’endroit de quelques hommes politiques de l’opposition que des menaces de représailles, est déjà un précédent dans les annales.

« Bouteflika n’a pas écrit ce message »

Au plus fort de la bataille électorale qui se déroulait en 2004, lors de la présidentielle, alors que son principal adversaire Ali Benflis se permettait des propos « légers » et « provocateur » à son endroit, Bouteflika est resté « zen », « digne », comme rompu à une discipline « morale » stricte, « mû » par des valeurs de respect à l’endroit-même de ceux qu’ils l’ont « trahi » dans la politique ou dans l’amitié.

D’ailleurs, Benflis, qui connaît fort bien les traditions du protocole, les règles d’usage dans le milieu officiel et les rouages de la présidence, pour avoir été aussi bien chef de gouvernement que chef de cabinet au palais d’El Mouradia, n’hésite pas à déclarer tout de go, que « Bouteflika n’a pas écrit ce message »et que plutôt, ce discours révèle ce que tout le monde craint, une « vacance du pouvoir ».

Quelques jours avant cette missive du 19 mars, la SG du PT, Louisa Hanoune, interpelle non pas le chef de l’Etat, mais son frère Saïd et néanmoins conseiller, afin qu’il intervienne sur des questions politiques.

Pour des observateurs, il s’agissait de la part d’une des partisanes de Bouteflika et l’un de ses « soutiens critiques », d’une « dérive grave », mais surtout d’un signe qui ne trompe pas.

Mais alors, comment expliquer la virulence des propos présidentiels à l’encontre de l’opposition ? Si l’opinion publique connaît la position de Bouteflika à l’endroit de la presse nationale depuis 1999, elle ne distingue pas, par contre, ses idées sur l’opposition et la classe politique en général.

Or, depuis sa première investiture, Bouteflika avait exprimé une conception très anglo-saxonne, « imbibée d’ostracisme à l’algérienne ». Selon lui, la carte politique doit avoir une configuration partisane fortement réduite à deux ou trois blocs.

Il privilégie ce modèle américain ou anglais, soit un échiquier des plus classiques. Il l’avait une fois clairement dit développant l’idée que les partis politiques, grands ou lilliputiens, doivent se dissoudre dans un « magma unifié et unidimensionnel », d’ou une douzaine d’années de verrouillage « systémique et systématique ».

C’est cette conception qui a permis au cadenas Zerhouni de fonctionner à merveille à l’encontre de Wafa de Taleb Ibrahimi ou du FD de Sid Ahmed Ghozali. Il aura fallu attendre le tourbillon des émeutes de janvier 2011 et le début du « printemps arabe » pour que Bouteflika lâche du lest et se résolve à octroyer une soixantaine d’agréments.

Pourtant, d’autres acteurs politiques attendent encore le fameux SAS, comme Tabbou, un ancien responsable du FFS, qui a voulu créer son propre parti politique.

« Les menaces et les périls »

En fait, Bouteflika a toujours eu une conception des plus frileuses sur le paysage politique national. Se basant sur l’argument qu’il faut « souder l’entente nationale » pour faire face au terrorisme et à ses dégâts, Bouteflika a mis des mois, en 1999, avant de former son premier gouvernement, où il a réussi à introduire sept partis politiques, dont certains sont devenus ses plus farouches opposants actuellement, le RCD et le MSP, sans parler des personnalités des plus critiques comme l’ancien ministre Noureddine Boukrouh.

Un gouvernement dit d’unité nationale, qui a longtemps vécu, jusqu’au clash de la présidentielle de 2004. Aujourd’hui, Bouteflika brandit le même argumentaire, « les menaces et les périls » qui guettent le pays et la nécessité de faire front, de « souder les rangs ».

Autrement dit, ne pas faire de politique dans le contexte actuel. Selon un chef politique de l’opposition, « le chef de l’Etat invite l’opposition à faire un gel total de ses activités, à fermer leurs sièges, à ne rien revendiquer, à ne plus manifester et à ne plus se réunir et à jouer les dominos jusqu’aux prochaines élections ! ».

Nombre d’observateurs trouvent que cette conception est doublement inquiétante, non seulement par le fait d’interdire ou de verrouiller davantage l’expression politique, même marginale, mais aussi par une volonté naissante d’uniformiser le débat politique ou social. Et c’est là que l’attitude frileuse à propos de « l’ouverture médiatique télévisuelle », qui tarde à venir, rejoint tout naturellement la première.
 

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