Subventions sociales: «L’application nécessiter du temps» – Le Jeune Indépendant
-- -- -- / -- -- --


Nationale

Subventions sociales: «L’application nécessiter du temps»

Subventions sociales: «L’application nécessiter  du temps»

Les subventions généralisées, un mécanisme qui existe depuis des décennies en Algérie, va être revu dans le cadre de la loi de finances 2022. Elles seront désormais remplacées par une aide financière qui sera directement versée aux plus nécessiteux. Le professeur d’économie Brahim Guendouzi revient, dans cet entretien, sur l’application sur le terrain de la révision du système des subventions, sur le problème auquel sera confronté le ciblage des subventions mais aussi sur les conséquences de cette mesure, notamment sur la classe moyenne.

Le Jeune Indépendant : Longtemps évoquée par les précédents gouvernements et suggérée par nombre d’économistes, la réforme du système des subventions générales est engagée. Le gouvernement dirigé par Aymen Benabderrahmane a franchi le pas. La réforme est actée dans le projet de loi de finances 2022, voté à la majorité par le Parlement. Pensez-vous que les subventions seront ciblées à partir de 2022, d’autant que les députés ont posé leurs conditions ?

Brahim Guendouzi : Les subventions en Algérie sont nombreuses et multiformes. Elles touchent aussi bien la consommation que la production ainsi que les ménages et les producteurs. Elles s’intègrent plus largement dans les transferts sociaux que l’Etat réalise dans le cadre de sa politique économique et sociale. Sans se départir de cette dernière, l’exécutif, confronté aux déficits interne (budgétaire) et externe (balance des paiements), cherche à atténuer le poids des subventions dans la structure des dépenses publiques, d’autant plus qu’avec l’évolution du modèle de consommation et les distorsions existant dans le système des prix, l’impact du soutien public aux produits de large consommation s’avère vraiment limité par rapport à la baisse constatée du pouvoir d’achat.

La poussée inflationniste enregistrée ces derniers mois a accentué l’écart dans la structure des revenus que les pouvoirs publics cherche à rattraper un tant soit peu par la diminution de l’IRG et l’augmentation de la valeur du point indiciaire pour les fonctionnaires. Aussi, l’introduction en premier de la révision du système des subventions explicites, car budgétées, dans le projet de loi de finances 2022 n’est avant tout qu’une clause juridique dont l’application sur le terrain pourrait nécessiter un peu plus de temps afin de mettre en place l’organisation technique chargée de l’exécution du nouveau dispositif, en tenant compte de l’aspect sensible de la question et des implications que cela peut entraîner en cas de difficultés dans la réalisation effective. Réussir ce changement, surtout dans le contexte actuel, caractérisé par l’incertitude médicale et la poussée inflationniste, représente également un test important pour l’action gouvernementale. Et puis du succès dépendra la suite du processus, notamment les subventions implicites et les aides diverses accordées à des producteurs, particulièrement dans certaines filières agricoles, dont l’évaluation reste à faire et l’efficacité à jauger.

Pour orienter le soutien de l’Etat vers les plus nécessiteux, des aides financières vont être versées directement aux familles dans le besoin. La tâche s’annonce-t-elle difficile, notamment en l’absence d’un outil statistique fiable ?

Le ciblage des subventions grâce à des aides financières à verser aux familles éligibles peut, en effet, être confronté à un problème de disponibilités statistiques fiables dont on connaît déjà la faiblesse en Algérie, d’autant plus qu’il existe un retard dans l’utilisation des technologies de l’information, et ce dans plusieurs structures. Par ailleurs, la dimension organisationnelle est appelée à être au centre du dispositif chargé de la gestion de l’enveloppe financière consacrée à cette action. Dans ce cas, quel modèle choisir entre une centralisation au niveau d’un organe spécialisé et doté de moyens informationnels adéquats et une décentralisation dans chaque wilaya, avec une coordination à travers l’ensemble des communes ? Enfin, on ne connaît pas avec précision le degré de prise en charge par l’Etat de l’aide financière à verser par rapport aux catégories de revenus des bénéficiaires et les produits dont les prix seront libérés. Cela peut faire beaucoup de mécontents.

Comment seront calculées et attribuées les compensations compte tenu de la sphère économique informelle ?

L’économie informelle, qui représente près de 30% de l’activité économique, est représentative d’efforts économiques intenses, de revenus distribués, de disponibilités monétaires…, dont la non-maîtrise se répercutera nécessairement sur la réussite du changement du nouveau dispositif d’aides financières de l’Etat. Il pourrait y avoir de nombreux individus qui en bénéficieront car, officiellement, leurs revenus leur ouvrent droit, cependant, ils émargent dans l’économie souterraine. Il en est de même pour ceux qui en seront exclus car proches de la limite admise des revenus permettant l’accès aux compensations financières de l’Etat mais qui en ont vraiment besoin. D’où un problème d’équité qui pourrait se poser concrètement et auquel il faudra faire attention car sensible pour une frange de la population. Aussi sera-t-il question d’un niveau de maîtrise élevé s’agissant du contrôle et de l’évaluation du nouveau dispositif d’aides directes aux familles éligibles pour plus de transparence, d’équité et d’efficacité.

Bien que la loi de finances ait été votée à la majorité des députés, l’article 187 est celui qui a le plus suscité le débat. Certains estiment que cette proposition reflète une transformation sociale majeure qui fragilise le pouvoir d’achat des Algériens de manière inédite. Le caractère social de l’Etat est-il vraiment menacé ?

Les transferts sociaux sont indispensables dans tout pays, de surcroît en Algérie dont le premier magistrat ne cesse de répéter le caractère social de l’Etat. C’est une donne qui passe pour être au centre d’un consensus au niveau de toutes les forces politiques et sociales. Par contre, il est toujours difficile d’allier des objectifs sociaux ambitieux avec des résultats économiques modestes. Il faut vivre avec ses propres moyens. Le problème de fond qui se pose se rapporte davantage à l’existence d’une inégalité dans la répartition des revenus dans la société algérienne. De plus, la nature des besoins des ménages a évolué, ce qui rend difficile une approche en termes de revenus monétaires seulement.

Quelles sont les retombées sociales de cette décision, notamment pour la classe moyenne qui semble être sérieusement menacée, sachant que le pouvoir d’achat des ménages ne cesse de s’éroder ? Ou, au contraire, cette mesure saura-t-elle instaurer une égalité sociale ?

La libéralisation progressive des prix des biens de large consommation ainsi que des services jusque-là subventionnés, directement ou indirectement, aura une conséquence immédiate sur le niveau général des prix, qui alimentera à son tour une inflation déjà présente. Ajoutée à cela la faiblesse de la monnaie nationale qui subit régulièrement des ajustements à la baisse, entraînant le renchérissement de la plupart des produits importés, aussi bien pour la consommation finale que comme inputs. Aussi, ce sont les revenus salariaux qui subiront le plus une érosion du pouvoir d’achat, entraînant à moyen terme la paupérisation d’une grande partie de la classe moyenne.

Veuillez activer JavaScript dans votre navigateur pour remplir ce formulaire.

Cet article vous-a-t-il été utile?

Cet article vous-a-t-il été utile?
Nous sommes désolés. Qu’est-ce qui vous a déplu dans cet article ?
Indiquez ici ce qui pourrait nous aider a à améliorer cet article.
Email
Mot de passe
Prénom
Nom
Email
Mot de passe
Réinitialisez
Email