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Nationale

Subissant la loi de la jungle, Annaba se clochardise

Subissant  la loi de la jungle,  Annaba se clochardise

En ce mois de septembre, à la veille de la rentrée sociale, la ville d’Annaba n’offre plus la même image d’il y a  quelques jours. Rien qu’à voir les tonnes de marchandises qui ont envahi tous les espaces en plein centre-ville et les fréquentes bagarres entre les vendeurs, qui usent de gourdins, de barres de fer et même d’armes blanches, on en vient à se demander si l’autorité en place est bien là.

En effet, même les piétons ne peuvent circuler sur les trottoirs, et même pas sur la chaussée, censée pourtant être réservée aux véhicules. Et de véhicules, il n’y en a point, les automobilistes préférant faire de grands détours pour ne pas avoir affaire à ces individus sans scrupules qui ont tout accaparé. Et s’il arrivait qu’en se faufilant entre les dizaines d’articles qui jonchent çà et là un passant marche par inadvertance sur l’une des marchandises, il est sûr d’essuyer un chapelet d’insultes s’il n’est pas tout simplement agressé par l’un de ces énergumènes.

Et cela se passe en public, sans que personne ne réagisse. Il faut dire qu’aujourd’hui, la racaille agit en terrain conquis. Elle s’est approprié l’espace public sans que quiconque n’ose protester. Rien ni personne ne peut les déloger, et chaque jour, cette appropriation s’étend jusqu’à envahir toute la ville. La rue Gambetta, connue pour être le premier pôle d’attraction de la ville avec ses bazars et ses magasins bien achalandés, est aujourd’hui occupée par une nouvelle race de commerçants des rues qui ont de véritables magasins à ciel ouvert, empiétant sur la chaussée et la réduisant ainsi à une toute petite bande que les automobilistes se disputent quand ils osent l’emprunter.

Dans ce «souk» quotidien, on trouve de tout. Du coupon de tissu à la lingerie féminine, en passant par toutes sortes de robe,  de chaussures et de sandales, pour bifurquer sur les ustensiles de cuisine, essentiellement importés de Chine. Les vendeurs, qui interpellent les passants, leur proposent ces marchandises, de très mauvaise qualité, à des prix défiant toute concurrence, étouffant ainsi l’économie locale, sur un marché déjà saturé. Les trottoirs ne suffisant plus à contenir un tel déferlement de marchandises, ces vendeurs descendent carrément sur la chaussée, défiant ainsi les conducteurs. «Il n’y a plus de place, lance au Jeune Indépendant un jeune vendeur de foulards et de serviettes étalés sur un carton.

Les meilleures sont occupées par les anciens et chacun, ici, a son «territoire», qui est délimité. Il n’est pas question d’empiéter sur le territoire des autres, c’est pourquoi on descend sur la chaussée et on essaye de placer notre marchandise là où on peut. Concernant la provenance de toutes ces marchandises mais aussi le circuit par lequel elles passent avant d’arriver à Annaba, celles-ci auraient des origines diverses. «Elle vient d’un peu partout, confie au Jeune Indépendant Azzou, un jeune revendeur assis sur un banc sous un lampadaire. d’El-Eulma, de Souk Dubaï, de Tadjenant, de Sétif, d’Alger et même d’Oran pour certains produits. Nos fournisseurs sont des grossistes qui nous livrent la marchandise à domicile. Bien sûr, il n’y a ni facture ni garantie. On achète et on revend pour gagner un peu d’argent sans trop poser de questions». Sur le même trottoir, les cambistes dits clandestins, qui ne le sont en fait plus puisqu’ils ont pignon sur rue, tiennent dans leurs mains des liasses de billets de 1 000 DA, proposant aux passants de leur acheter ou de leur vendre des devises, principalement des dollars ou des euros. Sur cette avenue, qui n’en est plus une, des milliards sont brassés et échappent à tout contrôle de l’Etat.

On y fait fortune en l’espace de quelques années et on y devient incontournable pour toute transaction. Les commerçants établis, pour leur part, las de se plaindre et de voir des campagnes de nettoyage sans lendemain, comme cela a été le cas il y a quelques mois dans cette même rue, se sont résignés. Certains parmi eux ont baissé à moitié leurs rideaux et s’essayent à l’informel, juste devant leurs propres magasins. «Maintenant, on s’en sort mieux, nous dit l’un d’entre eux.

Au lieu de voir la façade de mon magasin occupée par un autre, je préfère que ce soit moi. De plus, je n’ai plus d’impôts à payer puisque personne ne contrôle les revendeurs de la rue. Si cela continue, tout le monde fera comme moi et on baissera rideau». A Rahbat Ezrah, El-Hattab ou Souk-Ellil, c’est  pratiquement la même chose. Des nuées de vendeurs de tous âges sont alignés tout le long des trottoirs ainsi que sur les chaussées au grand dam des commerçants inscrits.

En ce mois de septembre, à l’approche de la rentrée sociale, la clochardisation et l’encanaillement de la ville d’Annaba a atteint un seuil jamais égalé auparavant. Même les “rues façades” de la Coquette ne sont plus épargnées. Elles aussi ont subi le diktat de ces parasites qui s’y sont incrustés. Les premières incursions n’ayant pas été réprimées, cela les a encouragés à aller encore plus loin pour envahir les alentours du théâtre et les voies parallèles au cours de la Révolution.

Si cela continue, toute la ville ne sera plus qu’un grand bazar où l’anarchie régnera en maître incontesté. Annaba, ville civilisée, policée, ville de citadins et de culture est en train de sombrer, le désordre ambiant ne fait qu’accélérer sa chute.

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