Stratégie antidrogue : L’Etat sort la grosse artillerie
Un an après le lancement de la Stratégie nationale de prévention contre les drogues et les psychotropes (2025-2029), les autorités dressent un premier bilan jugé encourageant. Renforcement de l’arsenal juridique, saisies record, prévention de masse, amélioration de la prise en charge des personnes dépendantes et coopération internationale : l’Etat entend maintenir la pression et faire de la lutte contre les stupéfiants une priorité de sécurité nationale.
Chargé par le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, le Premier ministre, Sifi Ghrieb, a présidé ce samedi la célébration de la Journée internationale contre l’abus et le trafic de drogues, organisée sous le haut patronage du président de la République sous le slogan : « Une année après le lancement de la Stratégie nationale, ensemble relevons le défi ».
Dans son allocution d’ouverture, Sifi Ghrieb a affirmé que les drogues représentent « une menace stratégique » pour la sécurité des Etats, la cohésion des sociétés et le développement économique. Soulignant que « les drogues rongent les esprits, détruisent les énergies et compromettent le capital humain sur lequel repose le développement des nations », il a appelé à une mobilisation générale de l’ensemble des institutions. Assurant que cette bataille ne peut être gagnée par les seuls services de sécurité, il a soutenu qu’elle exige « une approche globale associant prévention, sensibilisation, accompagnement des personnes dépendantes, répression des réseaux criminels et coopération entre tous les secteurs ».
Le Premier ministre a tenu à rappeler que la Stratégie nationale 2025-2029, élaborée conformément aux orientations du président de la République, repose sur quatre axes majeurs, à savoir : prévenir la consommation, améliorer la prise en charge des personnes dépendantes, renforcer la lutte contre les trafics et développer la coopération internationale.
Il a également mis en avant la récente révision de la législation, destinée à adapter l’arsenal juridique à l’évolution des méthodes des organisations criminelles. Le nouveau dispositif prévoit notamment un durcissement des sanctions, de nouvelles incriminations, un meilleur suivi des avoirs criminels ainsi que le renforcement des mécanismes de prévention et de protection.
A cette occasion, le rapport d’étape sur la mise en œuvre de la stratégie retrace les réalisations enregistrées depuis son lancement et formule plusieurs recommandations destinées à renforcer l’efficacité des actions de prévention et de lutte.
Le pari d’une politique intégrée
Prenant la parole à cette occasion, le ministre de la Justice, garde des Sceaux, Lotfi Boudjemaa, a souligné que « la stratégie nationale de prévention contre les drogues et les psychotropes (2025-2029) marque le passage d’une logique d’interventions ponctuelles à une approche globale, fondée sur la planification, la coordination et l’évaluation des politiques publiques ».
Le ministre a également mis en avant le renforcement du cadre législatif, à la faveur de la loi n° 25-06 du 20 avril 2025, modifiant et complétant la loi n° 04-18 relative à la prévention et à la répression de l’usage et du trafic illicites de stupéfiants et de substances psychotropes. Cette réforme prévoit notamment des mesures de prévention renforcées, l’élargissement des alternatives thérapeutiques ainsi qu’un durcissement des sanctions contre les réseaux criminels, en particulier ceux ciblant les mineurs et les jeunes.
Il a rappelé que plusieurs textes d’application sont déjà entrés en vigueur, notamment ceux instaurant le dépistage lors du recrutement dans les secteurs public et privé ainsi que dans les établissements d’enseignement et de formation. Un projet de décret visant à encourager les citoyens à signaler les trafiquants, grâce à des garanties juridiques et à des mesures incitatives, est également en cours de finalisation. En outre, saluant l’engagement des différents corps de sécurité, des institutions publiques, de la société civile et des médias, le ministre a réaffirmé la détermination des pouvoirs publics à poursuivre une mobilisation globale pour protéger la jeunesse et préserver la sécurité du pays.
Près de 144 000 affaires traitées
Présentant le rapport annuel de l’Office national de lutte contre la drogue et la toxicomanie (ONLCDT), son directeur général, Tarek Kour, a dressé un état des lieux révélateur de l’ampleur du phénomène.
Au cours de l’année 2025, les services compétents ont saisi plus de 37 tonnes de cannabis, 1,46 tonne de cocaïne, plus de 2 tonnes d’héroïne ainsi que 43,4 millions de comprimés psychotropes, dont près de 84 % de Prégabaline. Dans le même temps, 143 968 affaires liées aux stupéfiants ont été traitées par les différents services de sécurité.
En parallèle du volet répressif, le directeur général de l’ONLCDT a mis l’accent sur la prévention. Une caravane nationale a sillonné dix-sept wilayas et sensibilisé près de 265 000 élèves et étudiants dans quelque 390 établissements scolaires. Des campagnes ont également été organisées dans les universités, les mosquées, les ports, les aéroports, les gares routières ainsi que dans les espaces culturels et sportifs. Des actions de prévention par les pairs et des forums de sensibilisation, organisés dans cinquante wilayas avec le concours des Scouts musulmans algériens, sont venus compléter ce dispositif.
En outre, la stratégie prévoit le renforcement de la prise en charge médicale des personnes dépendantes. Un diagnostic national des centres spécialisés a permis d’élaborer une feuille de route comportant vingt-quatre recommandations visant à moderniser ces structures, à renforcer leurs moyens humains et à améliorer l’accès aux soins. Les programmes de suivi et de réinsertion ont également été consolidés dans les établissements pénitentiaires.
Le responsable de l’Office a également fait savoir que, sur le plan international, l’Algérie a renforcé sa coopération en rejoignant plusieurs initiatives spécialisées et en participant aux travaux de la Commission des stupéfiants des Nations unies. Deux experts algériens ont, par ailleurs, intégré des instances internationales spécialisées, une première depuis l’indépendance.
La cérémonie s’est achevée par la distinction des services de sécurité ayant conduit les opérations les plus marquantes dans la lutte contre les stupéfiants. Un hommage qui vient saluer les résultats obtenus, mais aussi rappeler que les autorités entendent poursuivre une mobilisation de longue haleine pour protéger la jeunesse et préserver la sécurité du pays.