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Culture

Spleen flamenco-chaâbi

Spleen flamenco-chaâbi

En termes de Musiques du monde, sinon de brassage entre le flamenco du guitariste Juan Carmona et le chaâbi de Ptit Moh le mandoliniste, un nouveau langage s’est exprimé à la douzième édition du Dimajazz international de Constantine, ce vendredi 26 septembre, dès 20h30, au chapiteau dans le quartier de Zouaghi. Retour sur un concert mémorable.

Nous voilà sur une nouvelle scène, une première dans la ville des Ponts et en Algérie. Celle de deux virtuoses, l’un à la guitare flamenca et l’autre au mandole chaâbi. Juan Carmona et Mohamed Abdenour, le surnommé Ptit Moh, ont démontré avec rigueur et forte ingéniosité que des passerelles peuvent aisément s’établir entre l’Andalousie et le Maghreb Central.

Le Gitan à l’esprit nomade se lancera avec l’enfant d’Alger à Marseille (lors de la manifestation Capitale européenne de la culture en janvier 2013, ndlr). Dès lors que les portes sont grandes ouvertes, le flamenquiste et le mandoliniste se rejoignent dans les rythmes comme le 6/8, ils se rapprochent l’un de l’autre dans des tonalités au spleen bien partagé. Les similitudes sont telles qu’il y a facilité à dialoguer. A chacun cependant son temps de parole ou son prélude, précédé par un Istikhbar que le pianiste Smain Benhouhou (également compositeur et arrangeur) exécutera en toute quiétude.

Cette pièce annonce alors l’ouverture d’un répertoire qui s’inscrit dans la méthode jazz. Selon Juan C., « il est important que chacun de nous présente sa musique brièvement ». Fidèle autant que son compagnon à son passé, ce dernier redonnera une nouvelle vie à la Taranta, chant traditionnel des mineurs de l’Andalousie, une forme majeure pour apaiser la douleur.

Ce compositeur offrira aussi la Buleria dont le caractère est festif et complexe dans les rythmes. Par conséquent, les percussions sont bien entreprises et assurées entre autres par un cajon et/ou par la derbouka de Nacer Benhaoua. Et la fusion s’installe parfaitement avec Solearia, là où les deux parties fusionnent vraiment. En toute liberté et sans rigidité, guitare et mandole s’affirment dans une modernité musicale liée à deux anciennes traditions.

Elles favorisent l’errance entre deux univers jusqu’à trouver des points de convergence. En reprenant dans son chant des extraits de Ana el kaoui (poème interprété par de grandes voix du chaâbi et de la musique andalouse), Ptit Moh demeure fièrement dans le sillage de son maître Amar Ezzahi – pourquoi pas ! . Il n’a quand même pas la prétention de moderniser le chaâbi.

Sa propre vision consiste à doter ce genre de nouvelles formes esthétiques, allant dans des structures mineures ou majeures pour placer des accords. Reconstruire des mélodies en optant pour des harmonies à portée universelle. Cela se fait également avec le flamenco de Juan Carmenco et avec beaucoup de cœur. Pour ce guitariste aux moult expérimentations, il est préférable d’avoir « un musicien flamenco moderne qui joue avec du cœur qu’un musicien traditionnel qui n’en a pas ».

L’instinct et la générosité du cœur ne manquent chez ces deux concepteurs de ce soir là. Leur association n’est qu’à son début. Elle promet des concertos beaucoup mieux élaborés, non sans improvisations de chaque instrument. Il suffira de prendre son temps pour approfondir une musicalité lyrique et chargée d’histoires. 

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