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Soumia Salhi: « Des mesures pour les femmes victimes de violence »

Soumia Salhi: « Des mesures pour les femmes victimes de violence »

À l’heure du coronavirus et du confinement, les militants de droits de l’homme et les associations s’inquiètent des dangers qui menacent l’intégrité physique et mentale des femmes victimes de violences conjugales durant cette crise.

Confinées 24 heures sur 24 avec leur agresseur, ces femmes souffrent en silence. Soumia Salhi, syndicaliste et ancienne présidente de l’association pour l’émancipation de la femme s’exprime dans cet entretien accordée au Jeune Indépendant, sur ce phénomène et interpelle les autorités à prendre les mesures nécessaires pour la prise en charge des victimes.

Le Jeune Indépendant : Le confinement génère-t-il davantage de violences au sein des familles ?

Soumia Salhi : Partout dans le monde le même constat. Le confinement sanitaire provoqué par le Covid19 exacerbe les violences intrafamiliales. Les femmes et les jeunes filles se retrouvent exposées à des agressions multiples. Humiliations, crachats, coups et blessures et ça peut aller jusqu’au féminicide. C’est au sein de la famille que les femmes subissent le plus de violences. Nous savons que l’enfermement dans un espace clos génère des tensions et des conflits. Nous savons que l’isolement rend violent et ce constat nous le partageons avec le monde entier. C’est pourquoi durant cette pandémie l’ONU exhorte les états à protéger les femmes et les jeunes filles.

Le confinement a donc aggravé ce phénomène difficile à endiguer. Les femmes sont prises au piège, étant confinées comment peuvent-elles dénoncer ces agissements ?

C’est vrai que les femmes sont prises au piège dans leur maison avec l’agresseur qui peut être le père, le frère, le mari et parfois le fils.

Le confinement mis en place depuis la mi- mars 2020, a eu pour conséquence une augmentation des violences intrafamiliales selon plusieurs témoignages. La pression augmente sur les femmes qui peuvent difficilement dénoncer leur agresseur ou porter plainte directement à la police ou à la gendarmerie sachant que ces derniers, sont plus occupés avec la gestion de la pandémie.

Oui, pour éviter le pire il faut oser demander de l’aide mais le confinement rend difficile l’accès aux numéros mis à disposition par des associations comme le réseau Wassila ou le centre d’accompagnement des femmes victimes de violences Karima Senouci de l’association Fard d’Oran. Aucun autre dispositif d’alerte et de prise en charge des femmes victimes de violences dans ce contexte particulier n’est offert par les pouvoirs publics.

En tant que militantes, nous sommes inquiètes et préoccupées des dangers qui menacent l’intégrité physique et mentale des femmes en absence de mesures de prévention et de protection des femmes. Comme vous le soulignez cet isolement aggrave le problème. Nous sommes dans une situation difficile .Nous savons qu’il y’a des conditions qui favorisent l’augmentation des violences et nous déplorons le fait que la prise en charge de ce problème ne constitue pas une priorité pour les autorités.

Comment cela se traduit-il dans les chiffres ?

Chaque jour des dizaines d’appels sont enregistrés par des associations. Cinq féminicides depuis le confinement pour un total de 16 depuis le début de l’année 2020 et nous pensons que ce chiffre ne reflète pas la réalité. Notre rôle en tant que militantes n’est pas de fournir des chiffres mais d’interpeller sur la nécessité d’agir contre les violences faites aux femmes. Il appartient aux pouvoirs publics de donner les chiffres. Ils ont les moyens pour le faire et la responsabilité de mettre à disposition un numéro vert fonctionnel, des centres d’accueil, une information régulière à la radio à la télé.

Qu’est-ce que vous pouvez dire à ces femmes battues et qui hésitent à dénoncer leurs bourreaux ?

Notre premier devoir est un devoir de solidarité. Nos possibilités sont dérisoires. Nous n’avons pas les moyens de leur garantir la sécurité, ni l’autosuffisance alimentaire. Nous travaillons pour qu’elles réussissent à ne pas perdre l’estime d’elles-mêmes. Quelles ne se sentent pas fautives mais victimes. La question du bourreau ne la concerne pas seule. Elle concerne tout l’environnement social.

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