Soufiane Djilali sur l’envoi des Su-30 au Niger : «Le Sahel oblige l’Algérie à sortir de sa passivité»
Dans le sillage du déploiement de quatre Su-30 à Niamey, l’homme politique et fondateur du parti Jil Jadid, Soufiane Djilali, monte au créneau, soutenant que l’Algérie ne peut pas rester spectatrice de cette dégradation à ses frontières méridionales, alors que ses voisins sahéliens se trouvent dans une situation extrêmement difficile.
C’est dans ce contexte que l’ancien président de Jil Jadid, Soufiane Djilali, développe une réflexion sur l’évolution de la politique algérienne au Sahel. Dans une prise de position consacrée à cette question, publiée sur sa page officielle, l’acteur politique soutient que l’Algérie devrait dorénavant articuler davantage la défense de ses principes diplomatiques avec celle de ses intérêts stratégiques.
De l’avis de Soufiane Djilali, « la souveraineté des Etats, la non-ingérence, le respect du droit international et le règlement politique des conflits doivent rester des références essentielles pour l’Algérie ». Mais l’évolution de l’environnement international impose, selon lui, de revoir les modalités d’application de ces principes. « Nous vivons aujourd’hui dans un monde où le droit international est de plus en plus piétiné et où les rapports de force tendent trop souvent à primer sur les principes », relève-t-il.
Il en tire une conclusion qui résume l’essentiel de son propos : « Sans principes, c’est du cynisme ; avec seulement les principes, c’est de la naïveté ». L’ancien candidat à la présidentielle considère, de la sorte, que la diplomatie algérienne a longtemps privilégié son attachement aux principes, « parfois au prix de ses propres intérêts ». Durant cette période, « d’autres acteurs ont avancé, installé leurs positions et profondément modifié l’environnement stratégique qui nous entoure », souligne-t-il.
Pour le fondateur de Jil Jadid, Alger se trouve ainsi devant un choix stratégique. « Elle a désormais un choix à faire : soit elle accepte de regarder les événements se dérouler et voit progressivement disparaître sa profondeur stratégique ; soit elle décide d’agir, en soutenant les acteurs avec lesquels elle peut travailler et en défendant directement ses intérêts ».
Soufiane Djilali indique explicitement sa préférence pour cette seconde orientation. « Je considère que le second choix est aujourd’hui le plus raisonnable », affirme-t-il. « Cela ne signifie pas que l’Algérie doit approuver les régimes en place, ni renoncer à ses principes », précise-t-il. Il appelle plutôt à distinguer les impératifs de principe des intérêts stratégiques. « Cela signifie qu’elle doit distinguer la défense de ses principes de la défense de ses intérêts, et comprendre que les deux ne sont pas nécessairement contradictoires », explique-t-il.
Dans sa lecture, Soufiane Djilali identifie moult intérêts fondamentaux que l’Algérie devrait chercher à préserver dans son voisinage sahélien. Le premier est la stabilité de ses frontières méridionales. « Notre intérêt fondamental est de préserver un environnement stable à nos frontières », souligne-t-il. Le deuxième consiste à empêcher une domination extérieure du Sahel. L’objectif est, selon lui, d’« empêcher que le Sahel ne devienne un espace entièrement contrôlé par des puissances extérieures ».
Il s’agit, en troisième lieu, de « maintenir avec ces Etats une relation qui permette à l’Algérie de peser sur les évolutions de son voisinage ». C’est à partir de cette grille de lecture que Soufiane Djilali analyse le soutien apporté au Niger. « Dans cette perspective, le soutien apporté au Niger face à la tentative de déstabilisation actuelle me paraît relever d’un réalisme nécessaire », déclare-t-il.
Dans son texte, Soufiane Djilali accorde une place importante à la relation entre Alger et Moscou. Il considère cette dimension comme indissociable de la réflexion sur le nouveau positionnement de l’Algérie au Sahel. « Il y a également une autre dimension qu’il ne faut pas négliger : la relation avec la Russie », écrit-il.
Il rappelle que l’Algérie entretient avec la Russie « une relation stratégique ancienne », notamment dans le domaine militaire, et souligne que celle-ci « remonte aux premières années de l’indépendance ».
Pour lui, cette relation ne saurait être considérée comme une simple coopération conjoncturelle. Le repositionnement de l’Algérie au Sahel pourrait, selon lui, contribuer à « rééquilibrer cette relation » avec Moscou. Cela étant dit, « il ne s’agit ni de s’aligner sur Moscou ni de lui abandonner notre autonomie de décision », souligne-t-il. « L’Algérie peut avoir des intérêts convergents avec la Russie sur certains dossiers, tout en conservant ses propres intérêts, ses propres principes et sa propre politique », écrit-il.
Il appelle à une politique étrangère qui conserverait ses principes tout en assumant davantage la défense des intérêts nationaux. « C’est probablement cela, au fond, que doit être une politique étrangère réaliste », assure-t-il. « Le Sahel oblige aujourd’hui l’Algérie à sortir d’une forme de passivité de principe », conclut Soufiane Djilali.