-- -- -- / -- -- --
Nationale

Sommet de l’OPEP : Entre scepticisme et espoir

Sommet de l’OPEP : Entre scepticisme et espoir

Jamais le marché pétrolier n’aura été aussi sceptique à la veille d’une réunion des ministres de l’Energie des pays membres de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole. Partout, c’est l’inquiétude sur l’avenir des cours de l’or noir.

En dépit des beaux discours et des bonnes intentions, malgré des gestes de bonne volonté, les gros producteurs du pétrole n’arrivent plus à apaiser les peurs, ni à tranquilliser les investisseurs ou les grands consommateurs.

Le contexte de cette réunion qui s’ouvre à Vienne aujourd’hui est ouvert à toutes les situations, bien que les membres du cartel aient mené des tractations serrées, des négociations acharnées et se montrent disposés à parrainer un accord historique. Les surprises peuvent surgir, comme cela s’est passé à Alger, un certain 28 septembre 2016, où un accord a été signé, arraché de haute main par le gouvernement algérien, très entreprenant sur ce registre.

La mise en œuvre d’une réduction de la production de l’OPEP se heurte encore à quelques dispositifs et modalités fort complexes et très techniques, mais des avancées ont été réalisées, selon des indiscrétions qui parviennent de Téhéran, Moscou ou ailleurs. Le comité des experts que préside l’Algérie n’avait pas encore achevé ses travaux hier en fin d’après-midi et son rapport qui sera soumis aux ministres ce matin.

Car, c’est sur la base de ce rapport qui détaille les fourchettes de la baisse et des réductions de la production de chaque pays que les ministres de l’OPEP vont signer l’accord tant attendu pour faire remonter les cours. L’équation est simple : pour booster les cours vers les seuils des soixante dollars le baril, l’OPEP doit fermer un peu ses vannes, soit 700 000 barils/jour. Or cela s’avère insuffisant si d’autres gros producteurs non affiliés au cartel ne font pas de même, au moins un demi-million de barils/jour.

Le tout, soit une réduction de 1,2 million de barils/jour, est nécessaire sur un cycle durable six mois à un an pour pouvoir éponger le surstockage, la surabondance de l’offre et répondre à la morosité des économies des pays industrialisés.

Une équation que beaucoup d’analystes pensaient résoudre en quelques semaines, en dépit des tensions commerciales, idéologiques, voire géopolitiques. Tout le monde pensait que l’accord d’Alger va aboutirait à Vienne à un autre accord qui détaillerait les quotas de chaque membre et qui verait tirer ainsi les marchés vers le haut et imprégnerait une nouvelle dynamique aux investisseurs et rendrait le sourire aux Etats mono-exportateurs d’hydrocarbures.

Pourtant, les incertitudes ne cessent de planer ; en témoignent ces prix qui chutent depuis deux à trois jours sur les principaux marchés mondiaux. Hier, le Brent (référence du pétrole algérien) a perdu 55 cents le matin, et en début d’après-midi, il a baissé encore légèrement comme pour répondre aux échos et autres nouvelles incertaines.

Le premier à jeter le scepticisme sur cette réunion aura été le ministre russe, Alexandre Novak, qui a déclaré qu’il ne sera pas présent à Vienne. « Cela ne sert à rien. Il faut d’abord que l’OPEP fasse sa réunion » a-t-il souligné, estimant que son pays est disponible à « discuter d’une coopération éventuelle si le cartel parvient à un accord sur une limitation de sa production ».

Une déclaration qui survient juste après sa rencontre avec le duo algéro-vénézuelien présent à Moscou pour persuader les Russes à faire un geste important, notamment une réduction de leur production, dont les niveaux ont augmenté considérablement ces derniers mois. De plus, cette chute des cours semble être liée aux perspectives « sombres » de la réunion de Vienne.

Déjà, on évoque dans les milieux spécialisés de faibles espoirs d’un accord, d’autant que les experts de l’OPEP n’arrivent plus à concilier les avis entre ses membres, comme l’Iran qui refuse le taux de 4,5% de réduction, ou l’Irak qui veut libérer son quota pour financer sa guerre contre le terrorisme.

Ni la Libye, en proie à une déstabilisation politique chronique, ni le Nigéria, qui veut reprendre ses parts du marché perdues suite à la rébellion dans des zones pétrolifères, ne veulent d’un seuil de production. C’est vrai que le consensus est atteint quant à l’idée de « renforcer » les prix du brut pour éviter des dommages plus importants dans un futur proche, mais des considérations politiques et autres empêchent l’aboutissement d’un accord.

Il faudra également convaincre d’autres pays, comme le Kazakhstan ou l’Azerbaïdjan de baisser encore, ce qui n’est pas évident.

La tâche des médiateurs ou des négociateurs sera encore plus ardue, si Riyadh change complètement d’approche ou de stratégie. D’ailleurs, elle vient de porter un coup dur aux discussions actuelles en avançant qu’une baisse de l’offre n’était pas nécessaire ou obligatoire et que les prix allaient se stabiliser même sans intervention du cartel.

Il s’agit d’une nouvelle pression de dernière minute, d’un « baroud d’honneur », peut-être.
En tous les cas, les plus sceptiques d’entre les analystes pensent que même un accord ou une entente aujourd’hui à Vienne ne sera qu’un coup d’épée dans l’eau.

Car, l’OPEP pompe plus que jamais du brut en octobre, 33,64 millions de barils/j, alors que la Russie a fait exploser son extraction à plus de 11 millions de barils/j et que plusieurs membres de ce cartel veulent être exemptés des mesures de réduction ou des contraintes de baisse. En deux mois, il semble que les tendances ont bien changé.

Commentaires
Email
Mot de passe
Prénom
Nom
Email
Mot de passe
Réinitialisez
Email