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Sommet de Doha : Menaces sur un accord de gel

Sommet de Doha : Menaces sur un accord de gel

A quelques heures de l’ouverture du sommet de Doha sur le gel de la production, c’est la tension et l’incertitude qui règnent. Une tension qui a pris du regain du fait du report d’une réunion préliminaire des ministres concernés.

L’enjeu qui a surgi lors de cette réunion, qui devait consacrer un accord définitif sur le gel de la production du pétrole, ainsi que ses modalités techniques et les mécanismes de son application et du respect des normes, semble être une petite phrase litigieuse dans un paragraphe du projet de l’accord.

Cette phrase, que les experts ont peaufinée des jours auparavant, prévoit que « tous les Etats membres de l’OPEP (Organisation des pays exportateurs de pétrole) doivent souscrire aux décisions prises ou s’associer au gel. C’est cet article fait polémique et crée une bataille de dernière minute.

C’est cela qui pourrait faire capoter complètement le sommet entre l’OPEP et des pays non affiliés à ce cartel. Car l’Iran ne veut pas entendre parler d’un gel de sa production, alors qu’il vient juste de profiter d’une levée de l’embargo et d’arracher des accords futurs dans l’exportation de son brut. Téhéran l’a fait savoir officiellement en refusant d’envoyer son ministre du pétrole dans la capitale qatarie. Ce à quoi l’Arabie saoudite a réagi rapidement en menaçant de faire échouer le sommet.

Toute la journée d’hier fut consacrée à des pourparlers informels et d’autres consultations pour faire fléchir la position des pays du Golfe, dont la ligne est plutôt basée sur des considérations politiques et de rivalité régionale.

C’est cette modification du projet qui pourrait constituer l’obstacle à la conclusion finale. Il faudra déboucher sur un accord qui « exclurait l’Iran, satisferait les Saoudiens et ne fâcherait pas la Russie », selon les propos d’une source médiatrice.

Or, un accord pareil est un exercice délicat, périlleux, presque impossible en raison de l’entêtement des protagonistes. Selon les termes du projet de l’accord, la production moyenne mensuelle ne dépasse pas le niveau de janvier dernier, avec un gel qui resterait en vigueur jusqu’au mois d’octobre.

C’est une autre réunion à Moscou qui devra évaluer les résultats de cet accord ainsi que l’analyse du redressement des cours, et qui pourra décider du maintien ou non du gel de la production.

Selon des informations éparses qui nous parviennent de Doha, la tension est vive entre Ryadh et Téhéran. Les divergences sont si profondes que certains observateurs craignent le pire. D’ailleurs, le vice-prince héritier saoudien Mohamed Ibn Salman, chargé des questions énergétiques, a déclaré à l’agence Bloomberg que le royaume pouvait rapidement augmenter sa production et qu’il ne la limiterait que si l’Iran acceptait un gel.

De son côté, le ministre iranien du Pétrole a estimé que si son pays gèle sa production au niveau de février, cela « signifie qu’il ne bénéficiera pas de la levée des sanctions et de l’embargo ».

Cependant, tous les experts pensent que les pays producteurs sont conscients des périls extrêmes qui menacent leurs avenirs financiers si la baisse persiste encore deux ou trois ans.

D’ailleurs, c’est l’objectif de la rencontre d’aujourd’hui. Les présents représentent plus de 60% de la production mondiale du pétrole. Ils veulent arrêter cette descente aux enfers, cette dégringolade des cours après une période de surabondance et d’un excès historique des stocks dans les pays grands consommateurs.

Cette chute vertigineuse des prix du baril va influer directement sur les budgets réservés aux explorations et autres investissements des grandes compagnies pétrolières, ce qui risque de poser des problèmes immenses quand l’économie mondiale se réveillera dans un futur proche, prédisent certains experts. Ces derniers pensent surtout à la Chine, mais aussi à l’Inde, qui est devenu un grand consommateur du pétrole (le quart des ventes mondiales actuellement).

Aux dires des négociants, le pire serait passé pour les cours, même si les pourparlers de Doha aboutissent à un gel de la production. Selon leurs prévisions, l’or noir va remonter jusqu’à 50 dollars le baril avant la fin de cette année, malgré les tensions et les désaccords.

Certains, comme le spécialiste Nicolas Sarkis, avancent un scénario qualifié de plus vraisemblable. Il estime que les prix du pétrole atteindront, à nouveau, les 80 dollars en 2020 et connaîtront une progression plus rapide en raison d’un défaut et des carences dans les capacités de production. Selon Sarkis, « la géologie et les contraintes économiques ont une logique bien différente des considérations géopolitiques ».

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