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Monde Afrique

Sommet Chine-Afrique : Un tournant crucial

Sommet Chine-Afrique : Un tournant crucial

C’est sur un ton déterminé que le président Xi Jinping a affiché, lors du sommet Chine- Afrique, sa volonté et celle de son pays à travailler dans un esprit de solidarité avec les pays africains d’abord pour juguler la pandémie de la Covid-19 et ensuite pour mettre en œuvre les mesures favorisant un redressement économique notamment envers les plus vulnérables dans le continent. 

Il s’agit là d’un discours qui rompt avec les pratiques discriminatoires voire isolationnistes de l’administration américaine de Donald Trump qui a fait de la lutte intramuros contre la Covid-19 son violon d’Ingres avec en toile de fond l’élection présidentielle de Novembre prochain.
Pendant que le président chinois lançait des signaux forts aux dirigeants africains en promettant une multitude de mesures d’aide, notamment sur la question de la dette et du soutien sanitaire, Donald Trump se noyait dans sa rhétorique visant à désigner un coupable pour justifier ses déboires dans la gestion interne de la pandémie accentuée depuis par le crime racial contre George Floyd.

Dans son discours devant les dirigeants africains, Xi Jinping a annoncé l’annulation des « prêts sans intérêts » accordés aux pays africains. Ces prêts doivent arriver à échéance d’ici à la fin 2020.
Cette décision est accompagnée par une prolongation de la période de suspension de la dette pour les pays africains que le corona a rendu fragiles.

La situation sanitaire qui menace les pays africains a amené le dirigeant chinois à revoir son agenda de priorités en commençant par alléger le fardeau financier des pays africains avant d’entamer ce qu’il a qualifié de « combat mutuel » dicté par une pandémie inédite par son ampleur et ses dégâts.

« La Chine se souviendra toujours du précieux soutien que l’Afrique nous a apporté au plus fort de notre bataille contre le coronavirus. En retour, lorsque l’Afrique a été frappée par le virus, la Chine a été la première à se précipiter avec assistance et a depuis été ferme avec le peuple africain », tenait à rappeler Xi Jinping à ses interlocuteurs via visioconférence.
Ce postulat trouve son substrat dans le concept de « communauté de destin » défendu par le chef d’Etat chinois dans les premières semaines de l’apparition de la pandémie à Wuhan et à un moment où Washington accusait Pékin de ne pas avoir alerté à temps la communauté internationale.

Or, face aux alertes en provenance de Chine et d’experts de l’OMS, le président Trump a fait preuve de cécité et de fuite en avant en qualifiant le virus de simple « gripette ».

La foudroyante propagation de la pandémie sur le sol américain a révélé avec effroi et consternation l’entendu du laxisme de l’administration
Trump. En quelques jours les Etats-Unis sont devenus le pays le plus dévasté par le virus alors que le duo Trump-Pompeo s’ingéniait à tirer à boulets rouges contre la Chine et l’OMS dans l’espoir de détourner l’opinion publique américain sur sa désastreuse gestion de la pandémie.
Néanmoins, rien ne semblait contrarier la démarche de Pékin dans l’effort international de lutte contre le Covid-19 principalement à l’endroit de l’Afrique à qui des experts sur plateaux de télévision prédisaient un désastre sanitaire.

Un défi d’importance
Dans cet effort, la recherche du vaccin constitue aujourd’hui un défi d’importance au vu du nombre croissant des personnes dans le monde qui a franchi, dernières heures, la barre des 9 millions dont quelque 220 000 cas en Afrique, un continent où les structures sanitaires aux moyens souvent limités, sont orientées vers la lutte contre les autres lancinantes épidémies tels le paludisme ou le choléra.

Etant conscient de cette réalité, le chef d’Etat chinois, décide de faire des pays africains les premiers bénéficiaires d’un vaccin chinois.
Cette promesse sera accompagnée par la construction du siège du Centre de contrôle et de prévention des maladies Afrique (CDC Afrique) cette année soit plus tôt que prévu, selon le président chinois qui a ajouté que la Chine accélérerait la construction des hôpitaux baptisés de l’amitié sino-africaine dont certains ont été construits depuis plus de 40 ans.
Sur ce chapitre, le Président de la République Abdelmadjid Tebboune a affirmé lors de ce sommet que « l’Algérie plaide fortement pour que les vaccins parviennent aux pays en développement, particulièrement africains, équitablement, efficacement et en temps opportun » saluant « l’engagement du président chinois, Xi Jinping de déclarer propriété publique mondiale tout vaccin à développer en Chine contre le coronavirus (Covid-19) ».

La posture de Xi contraste avec celle du président Trump qui a conditionné l’obtention du vaccin par un paiement d’avance, un chantage qui a suscité une vive indignation au sein de l’opinion publique internationale. 

Le 4 mai dernier, un sommet mondial virtuel a permis de récolter plus de 8 milliards de dollars pour la recherche d’un vaccin contre la Covid-19.
Les États-Unis n’y participaient pas. Le gouvernement américain a tourné le dos à la coalition mondiale de lutte contre la maladie.
La politologue et historienne française, Nicole Bacharan, également spécialiste des Etats-Unis, soutenait que “Donald Trump veut son vaccin pour l’élection présidentielle du 3 novembre, afin d’apparaître comme l’homme qui peut sauver l’Amérique”.

Mais les gestes de Pékin ne se limitent pas à l’aspect sanitaire. Elle annonce qu’elle « est prête à travailler avec la communauté internationale pour accroître le soutien aux pays africains durement touchés et soumis aux fortes pressions, notamment par l’allongement du délai de remboursement de leur dette, pour les accompagner en cette période difficile ».

Pékin a exhorté aussi « les institutions financières concernées à mener des discussions amicales avec les pays africains sur les arrangements concernant les prêts commerciaux avec garantie souveraine, en se référant à l’initiative du G20 sur la suspension du service de la dette et conformément aux règles du marché ».  Le Président Tebboune a emboité le pays à son homologue chinois en appelant les institutions financières internationales à « desserrer l’étau sur les pays en développement, notamment africains, à travers un ensemble d’initiatives englobant l’allègement du fardeau de leur dette et leur accompagnement dans les politiques nationales post-Covid19 ».

Ce sommet Chine-Afrique sur la solidarité contre la Covid-19 a, selon toute évidence, montré aux pays africains quels sont ceux qui les traitent en tant que vassaux et ceux qui ont fait d’eux des partenaires égaux notamment dans cette crise mondiale qui réclame des efforts conjoints aux antipodes des intérêts étroits.
Car si l’Afrique venait à s’écrouler le monde en subira de lourdes conséquences. C’est ce que Pékin souhaite éviter.
Le sommet de cette année a amorcé justement un tournant crucial dans les relations sino-africaines.

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