-- -- -- / -- -- --
Nationale

Six mois face au Covid-19: Le fardeau des blouses blanches

Six mois face au Covid-19: Le fardeau des blouses blanches

Stress quotidien, angoisse et fatigue . Tel est le lot des blouses blanches confrontées à une situation inédites qui restera gravée dans leur parcours professionnel.  Forcement éprouvés mais foncièrement déterminés à faire faire face durant six mois à un virus virulent et sadique par sa nuisance imprévisible et sa capacité de propagation. La hantise de contracter la Covid-19,  la transmettre aux collègues et aux proches, a rendu le personnel soignant des individus à part mais aux premiers plans de cette guerre contre une maladie à l’issue incertaine.   

Sans relâche, ils étaient  mobilisés dans tous les établissements de santé pour porter assistance aux personnes malades, et ainsi sauver des vies. Si leur dévouement  était reconnu ici et là, les professionnels de la santé étaient en même temps « diabolisés », voire rejetés par des pans de la société qui voyaient en eux des éventuels porteurs du virus. Un regard qui a affecté plus d’un dans les rangs de «l’armée blanche» . Certains en témoignent dans ce reportage.

Le tocsin a sonné le mois de mars lorsque le coronavirus  a frappé à nos portes. L’heure était à la mobilisation. Les moyens humains et matériels étaient dirigés pour lutter contre ce virus. Les blouses blanches sont appelées au front pour gérer une situation inédite.

« Une situation difficile que j’ai gérée »

Docteur Rezki Chaoutene, médecin pédiatre à l’EPH de Koléa a vécu une situation inédite. De haut de ses 60 ans et ses trentaines d’années de service durant lesquelles il avait fait face à plusieurs situation d’urgence, il avoue avoir  vécu un stress permanant, notamment les trois premiers mois de l’épidémie. «  On a eu peur durant les premiers mois, c’était la catastrophe.  Le stress était quotidien, il fallait faire très attention, être vigilant », nous a –t-il confié, d’autant que le risque est grand pour les personnes âgées.

Ne souffrant d’aucune pathologie qui pouvait lui être fatal en cas de contamination,  le docteur Chaoutene ne badine pas avec les mesures préventives. Si lui, il rentre quotidiennement chez lui, après une journée de travail, il s’est imposé un protocole de désinfection. « Je jetais ma tenue, ma blouse et tout mon matériel, je le laissais dans la voiture pendant trois jours. Une fois à la maison : opération désinfection », explique le médecin qui était épaulé par sa femme, une retraitée de la santé publique qui avait les bons réflexes.

Ce médecin qui prendra très prochainement sa retraite, s’imposait un rituel sanitaire, faisait ça pour se protéger certes,  mais surtout pour protéger famille et amis avec lesquels il a  limité au maximum les contacts. « Je n’avais envie de rencontrer ou de croiser personne, même dans les escaliers », précise le pédiatre, qui affirme que même entre collègues, on s’évitait.

Le service de pédiatrie de Koléa s’est vite adapté à la situation. Les consultations étaient organisées et il n’est accepté de recevoir qu’un parent seulement, la limitation de regroupement oblige. Quoique les enfants sont moins vulnérables, au service de pédiatrie, des enfants atteints du coronavirus ont été admis. « On a eu quelques cas d’enfants, mais pas grave », précise docteur Chaoutene, qui signale, hélas, l’enregistrement  d’un enfant décédé du Covid avec une pathologie associée.  Malgré la difficulté de la situation, le docteur Chaoutene a surpassé  cette pénible période, jusqu’à l’annonce de temps en temps d’un décès d’un confrère qui le replonge dans l’émoi. « J’ai géré la situation, sachant qu’on a connu et géré auparavant plusieurs épidémies, mais surtout passé par des périodes extrêmement difficiles, notamment les années 90 avec le terrorisme», explique-t-il.

Cependant, une prise en charge psychologique du personnel soignant qui brave le risque et le danger dans l’accomplissement de leur noble métier est nécessaire, principalement dans des situations extrêmes, comme c’est le cas pour la pandémie du COVID.  Il plaide d’ailleurs pour la création des services qui auront pour mission la prise en charge psychologique du personnel dans des situations d’urgence et leur accompagnement.

La hantise de la deuxième vague
Au service COVID-19 du CHU Mohamed Lamine  Debaghine (ex hôpital Maillot), le stress et la peur ne se mesuraient pas. Les deux premiers mois de l’épidémie étaient difficiles à gérer. « On était face à un virus méconnu. J’ai eu à travailler durant l’épidémie de H1N1, mais les choses sont différentes. Le grand risque de contamination et la possibilité d’être un porteur sain le rendait plus difficile », témoigne une résidente en pneumo, qui évoque une période difficile à gérer, notamment sur le plan psychologique. « Le stress, la peur d’être contaminée me hantait comme tout le monde d’ailleurs », admet la résidente, qui n’a vu ses parents que deux fois depuis le mois de mars de peur de les contaminer. « Je protège mes parents en étant loin d’eux », signale la résidente en pneumo qui évitait tout contact avec le monde extérieur.

Pour la simple raison de ne pas se sentir rejetée par la société qui, faut-il le noter, diabolisait les professionnels de la santé. « Une étiquette porteur sain est collée sur ceux qui travaillent dans le service COVID. Plusieurs de mes collègues se sont retrouvés dans cette situation », précise-t-elle, affirmant que même des confrères des autres services évitaient  « ceux du COVID » et « avaient même peur d’eux ». Un souci de plus à gérer ! Convaincue, elle se sentait mieux protégée dans ce service qu’ailleurs. La COVID-19 circulait, selon elle,  partout, pas uniquement dans les hôpitaux, principalement dans les services qui lui sont dédiés. « Avec tous les moyens de protection, j’étais mieux protégée que ceux qui circulaient dehors », souligne-t-elle.  Ici, elle n’était pas une pestiférée.

Si la situation est plutôt stable ces derniers  jours, d’autant que le nombre de contaminés est en nette baisse et que les hôpitaux ne sont plus sous pression, l’épidémie n’est pas encore vaincue et elle peut repartir. Un scénario que la résidente en pneumo ne veut même pas imaginer, car « il n’y a plus de capacités physiques et morales pour faire face à une nouvelle vague de contamination », nous confie-t-elle, affirmant avoir vu des collègues choqués, en apprenant la nouvelle de la  contamination d’un des leurs ou encore un décès dans « les rangs ». « Terrible ! ».

Au grand bonheur de ces soldats en blouses blanches, la virulence du virus est atténuée, mais la peur y est toujours, quoiqu’elle a changé de degré ou de virulence depuis l’apparition du virus qui a duré dans le temps et qui risque de durer encore. Le médecin pour qui ce temps lui a permis d’apprendre comment gérer les contaminés et comment se protéger davantage, rassure et se rassure : « Epuisé, mais on tient le coup »..

« Les mal-aimés » de l’hôpital
Tout comme la résidente en pneumo, Rachid Arab, infirmier de santé publique à l’EPH de Azazga dans la wilaya de Tizi Ouzou appréhende l’arrivée d’une deuxième vague, d’autant qu’elle va coïncider  avec la grippe saisonnière. « On est épuisé. Et les congés ne sont toujours pas accordés à nous, en plus de la surcharge de travail », dit-il. Néanmoins, lui qui s’est porté volontaire à travailler dans ce service « à haut risque », reste optimiste et s’engage à combattre une nouvelle fois l’épidémie. « Malgré la difficulté, on va faire face à la situation », rassure-t-il.

Ce technicien supérieur de la santé, qui cumule 34 ans de service, ne cache pas la psychose qu’il a vécu  les premiers temps de l’apparition du virus. « C’est un état d’esprit commun avec tout le monde », signale-t-il, soulignant une particularité du personnel de la santé qui vivait une double peur. « On avait peur pour nous et pour les autres. Si jamais quelqu’un de mon entourage tombait malade, je me serais culpabilisé »,  nous fait savoir Mr Arab, qui relève le stress permanant durant les premiers mois de l’épidémie, qui n’est plus le même ces derniers temps avec la baisse du nombre des contaminations. « Maintenant y a moins de stress ».  Ce qui pesait aussi sur le moral « des troupes », c’était leur rejet même par les siens. « On était repoussé par  les membres de la famille », confie l’infirmièr qui digérait mal ce comportement qui était, toutefois « compréhensible et naturel ». Même traitement à l’Hôpital. «  Nos collègues nous évitaient. Des fois avec le ton de la plaisanterie, mais il y avait toujours une vérité », précise Arab qui dit : « ce n’était pas facile de gérer cette situation au quotidien ». Pis encore, franchir la porte d’entrée d’un autre service était à la limite qualifiée de délit ! « Vous êtes du COVID, normalement vous n’allez pas entrer », une remarque “assassine” . Une situation qui a heureusement changé, selon ses affirmations.

Il faut dire que cette situation était conjoncturelle. Un mal-être qu’ils ont pu surpasser. « En tant que soignant, on n’est pas vulnérable. Malgré que la perte d’un malade nous affecte, même hors COVID, on s’en remet toujours », explique l’infirmier qui dit ne pas banaliser la mort. Ainsi dire, les héros ce sont eux en blouses blanches qui accomplissent un métier des plus nobles. Des héros qui ne succombent ni à la panique, ni à la psychose.

Commentaires
Email
Mot de passe
Prénom
Nom
Email
Mot de passe
Réinitialisez
Email