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Culture

Sid-Ali Halo fils de lumières d’El Anka !

Sid-Ali Halo fils de lumières d’El Anka !

Dire que Sid-Ali Halo, que nous avions enterré le 12 août 2019 au petit cimetière bucolique de Bainem, sur la côte-Ouest d’Alger, fut un artiste, c’est franchement faire dans le pléonasme.
Dans la famille du Cardinal du châabi, à l’exception des filles de Cheikh Mhamed Halo, alias El Anka, les garçons sont tous des artistes. Mieux qu’un postulat de base, c’est une simple évidence artistique.

Les garçons sont en effet des artistes polymorphes et polychromes. Mustapha, Sid-Ali et El Hadi en sont une triple et brillante illustration. Le défunt Mustapha, issu d’un premier mariage, fut un acteur de théâtre et de cinéma, et, sur le mode chaabi, un chanteur en arabe et en Kabyle. Le tout aussi regretté Sid-Ali, directeur photo au cinéma et à la télé de son état, fut aussi un merveilleux percussionniste, un joueur émérite de derbouka, qui battait harmonieusement la mesure aux côtés du génie musical que fut son géniteur biologique et artistique.
El Hadi, enfant du second lit, tout comme son aîné Sid-Ali, est pour sa part un virtuose du piano qui tutoie le sublime, à l’image du maitre des maîtres de cet instrument polyphonique, Mustapha Skandrani.

Cinéma, théâtre, photo, chanson et musique, facette artistique multiple d’une fratrie exceptionnelle. Le halo de lumières artistiques, c’est cela, comme le nom de famille le suggère.

Sid-Ali a découvert un jour, ébaubi et émerveillé, à l’âge précoce de 8 ans, qu’il pouvait battre la mesure et tenir le rythme dans n’importe quel orchestre de chaabi. A fortiori dans celui du monstre d’exigence esthétique et de rigueur artistique que fut son père. Et c’est Sid-Ali lui-même qui avait raconté ça à des amis, et notamment à Boudjemaa Kareche, son pote de toujours, cet autre artiste singulier qui a brillamment lié son nom à celui de la Cinémathèque en particulier et du cinéma algérien en général.

Sid-Ali racontait alors qu’il avait à peine huit ans, et cela devait être probablement en 1953. Nous étions en plein été, disait-il. Un matin, au réveil, son paternel lui demanda de prendre un pyjama et une brosse à dents, car il devait l’accompagner à Bejaïa où il était attendu pour animer une fête. Sid-Ali avait beau lui demander de lui expliquer la nécessité de sa propre présence dans cette perle de la côte de saphir kabyle, son patriarche resta de marbre. En guise d’unique réponse, il lui demanda de se dépêcher pour ne pas rater le train en partance d’Alger vers Béjaia.

A leur arrivée au Square Bresson (Port Said), son père s’arrêta un moment devant un kiosque et acheta deux grandes boîtes d’allumettes. Aux yeux de Sid-Ali, un comportement intrigant. Pourquoi le père avait-il acheté deux boîtes au lieu d’une comme tout le monde, se demandait-il, sans trouver la moindre réponse à sa question lancinante ? L’adulte et le minot dévalèrent les escaliers qui mènent à la gare. L’orchestre du pape du chaabi était déjà là, au complet, sur le quai de départ, avait-il semblé au moufflet. Une fois dans le train, Sid-Ali et Hadj Mhamed empruntèrent le couloir longeant les compartiments et le binôme avança jusqu’à une cabine inoccupée.

Une fois installés, le futur auteur de « Sobhan Allah Ya Ltif » expliqua enfin à son fiston le sens de sa présence à ses côtés. Alilou, son légendaire drabki étant indisponible, Sid-Ali devait donc le remplacer à la derbouka, au pied levé ! Ebloui, impressionné au plus haut point et surtout inquiet de la perspective, il lui rétorqua qu’il ne pouvait pas faire ce qui était attendu de lui, étant donné son absolue ignorance de la chose musicale, à plus forte raison de la rigueur rythmique. Il ajouta, avec ses mots de marmot, que son éventuelle présence dans un orchestre professionnel serait une catastrophe en termes de dissonance et de dysharmonie !

Le Sphinx du chaabi, placide et imperturbable, lui rétorqua que c’était clair comme de l’eau de roche et qu’il allait lui en apprendre les bases essentielles en un coup de baguette magique ! Et joignant le geste à la parole, il sortit les deux boîtes d’allumettes de sa poche et en tendit une à son fils interloqué et fébrile. Commença alors une séance d’initiation de deux heures. De sa main droite, El Hadj donnait des petits coups secs sur la boîte d’allumettes qu’il tenait de sa main gauche et demandait à Sid-Ali de répéter après lui. Puis, il changea de tempo plusieurs fois et, miracle, l’apprenti-percussionniste parvenait à suivre le maître, à son immense joie cathartique ! Les exercices se succédèrent et le père et le fils passèrent en revue différents rythmes de la musique chaâbi.

Parfois, El Anka chantonnait à voix basse et son élève du moment devait l’accompagner instinctivement. Il devait tout simplement assurer le « mizane », c’est-à-dire l’équilibre de la balance.

Lorsque son seigneur de père, divin enseigneur occasionnel, estima que son disciple circonstanciel était suffisamment dans le bain, il sortit son mandole magique et lui tendit une derbouka. Le duo alchimique improvisa ensuite un istikhbar, ce fameux prélude que connaissent tous les amateurs de chaâbi. Le gourou paternel encouragea affectueusement son novice de fils du regard et de la tête, et lorsqu’ils s’arrêtèrent de jouer, il le félicita chaleureusement pour son sens inné et insoupçonné du juste rythme. Et affirma, avec un petit sourire amusé : «Tu verras, tout ira bien ce soir. La seule chose que je crains, c’est que tu ne tiennes pas le coup physiquement après minuit.» Il étala après son large foulard sur la banquette et lui demanda de se reposer.

Et Voilà comment Sid Ali Halo a joué pour la première fois avec son père. Pour mieux devenir un merveilleux clone artistique de l’immense Alilou. Et pour mieux être l’ombre projetée sur la terre algérienne du dieu du chaabi.



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