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Nationale

Serguei Lavrov à Alger : Contre les aventures militaires en Libye

Serguei Lavrov à Alger : Contre les aventures militaires en Libye

La visite en Algérie de Serguei Lavrov, le ministre des Affaires étrangères russe réputé pour ne pas mâcher ses mots, intervient dans un contexte international particulier.
Des mois se sont écoulés depuis que la politique extérieure russe, réanimée par le président Vladimir Poutine, a changé la donne en Syrie.
Les thèses occidentales s’acharnant à vouloir renverser Bachar El Assad ont laissé place à une démarche plus conciliante vis-à-vis du « régime de Damas ». Il faut dire qu’à force d’attiser le front de la guérilla syrienne, les capitales complices des Etats-Unis ont fini par créer un monstre venu frapper à leur porte. Daech ou l’Etat Islamique ayant eu d’autres ambitions que celle de ramener la démocratie en Syrie ou en Irak, les manipulateurs d’hier n’ont plus que se réjouir de l’entrée plutôt efficace de Moscou sur l’échiquier syrien.

Frappes clandestines

Or, la migration massive des desperados de l’EI du théâtre oriental vers la Libye, comparable à un véritable transfert de troupes, a suscité moult interrogations chez les services de renseignements russes. La transposition du schéma syrien dans un pays qui a perdu toute souveraineté faute de pouvoir restaurer un Etat en faillite, pourrait profiter à des pays qui y mènent des opérations militaires clandestines.
Moscou, qui entend désormais reprendre ses responsabilités de superpuissance, voit donc d’un mauvais œil les initiatives françaises ou américaines, hors cadre onusien et sans concertation préalable avec les premiers concernés, c’est-à-dire les Libyens. Une offense au droit international sur fond de prétendues exhortations à la formation d’un gouvernement d’union nationale légitime qui devrait appeler à l’intervention étrangère, selon le souhait clairement énoncé des parties déjà en action sur le sol de l’ex-Jamahiriya.

Evaluation russe

Il faut noter ici que le chef de la diplomatie russe a rencontré vendredi Mohamed Hadi al-Dairi, le ministre libyen des Affaires étrangères et de la Coopération internationale du gouvernement intérimaire, alors que ce dernier participait à la troisième session du forum de coopération russo-arabe à Moscou. Des sources bien informées soulignent que Lavrov a demandé des précisions sur le processus de dialogue soutenu par l’ONU tandis que le ministre algérien des Affaires maghrébines, de l’Union africaine et de la Ligue des Etats arabes, Abdelkader Messahel, se serait lui aussi entretenu avec le MAE libyen sur les derniers développements politiques et sécuritaires. Anticipant sans aucun doute sur la visite de Serguei Lavrov en Algérie, pivot incontestable de la stabilité dans la région, ces discussions moscovites auraient permis de préparer le rendez-vous de Tunis prévu dans un mois.

New deal

Les pays voisins de la Libye auront un ordre du jour enrichi probablement cette fois par l’entrée de la Russie dans le processus de paix laborieux, pour peu que la situation sur le terrain ne se dégrade pas davantage et que la problématique du terrorisme, qui hypothèque la souveraineté des Libyens, soit appréhendée sans velléités d’ingérence. D’aucuns susurrent que la Russie s’apprête à saisir le Conseil de sécurité de l’Onu pour qu’il soit mis fin à l’escalade des initiatives guerrières unilatérales quand c’est l’Etat libyen qui aurait besoin d’un soutien urgent dans sa refondation.

Pour rappel, la reconstruction d’une armée régulière peine à trouver des soutiens logistiques et financiers. Seules les troupes de l’ex-général Haftar, peu intéressées visiblement par un retour à l’Etat de droit, bénéficieraient d’une aide extérieure au détriment du gouvernement d’union nationale. Les bons offices de la Russie pourraient changer les rapports de force entre les promoteurs de la solution politique contre le chaos des armes, qui ne promettent que l’éclatement de la Libye.

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