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Sept semaines de confinement: Le mental des Algériens à rude épreuve

Sept semaines de confinement: Le mental des Algériens à rude épreuve

Les mesures préventives visant à contenir la propagation du Covid-19, telles que le confinement, la distanciation sociale, les restrictions des libertés de circulation ou encore l’interdiction des rassemblements, ont bouleversé le quotidien des Algériens, qui se retrouvent entre le marteau de la contamination et l’enclume de ces mesures drastiques avec en toile de fond une crise économique aigue.

Bien que les citoyens comprennent la nécessité du confinement et le besoin de le prolonger, celui-ci commence à avoir des effets sur leur santé mentale, selon les spécialistes.

Des problèmes de sommeil sont apparus chez une bonne partie de la population avec le confinement. Selon les experts, beaucoup de personnes présentent également des signes de détresse psychologique.

Dans une déclaration au Jeune Indépendant, Dr Otmane Telba Cherif, médecin psychiatre au sein du service de psychiatrie légale à l’hôpital Frantz Fanon de Blida, a expliqué que le confinement n’est pas une simple expérience sans conséquences. Insomnie, dépression et colère ont suivi l’évolution de la pandémie en Algérie, d’où la nécessité d’une assistance psychologique pour les personnes à risques afin d’en atténuer les conséquences.

Pour le psychiatre, la mise en place de ces mesures drastiques a suscité chez les gens la crainte pour leurs proches, le sentiment de leur propre vulnérabilité et la crainte d’une catastrophe sanitaire généralisée. « C’est la sidération et la peur qui ont pris le dessus ».

« Le confinement n’a pas provoqué le même effet chez tout le monde. Si au début et pour certains, le confinement a pris des allures de vacances inattendues. Pour d’autres, ce fut un choc », a-t-il noté, ajoutant que la situation sanitaire et économique du pays a entraîné à la fois une dégradation du sommeil et une réaction anxieuse chez beaucoup de personnes.

Les personnes ayant de bas revenus ou qui sont au chômage sont les plus susceptibles de présenter des signes de détresse psychologique, a indiqué le spécialiste, affirmant que « l’inquiétude de perdre son emploi ou de ne pas pouvoir nourrir ses enfants sont des facteurs déclencheurs d’insomnie, de stresse et d’angoisse, dont les répercussions peuvent être fâcheuses pour le sujet et son entourage ».

Interrogés par le Jeune Indépendant, des citoyens ont déclaré avoir peur pour leur santé mais aussi pour leur avenir et celui de leurs enfants. Fatima, fonctionnaire dans une entreprise publique et âgée de 49 ans, explique qu’en plus du stresse quotidien provoqué par la crise sanitaire, elle angoisse pour son fils de 18 ans qui passe le bac. « On nage en pleine confusion, mon fils panique et véhicule son stresse à toute la famille ».

Pour sa part, Omar, un travailleur journalier de 32 ans, a déclaré qu’à cause du stress de son « chômage forcé », il tourne en rond à la maison où il est frappé de plein fouet par le manque de moyens tout en faisant face à son incapacité à faire vivre décemment sa famille.

-L’angoisse au quotidien Le spécialiste a également pointé du doigt la forte médiatisation qu’a connu la pandémie du Covid-19, devenant une autre source d’angoisse, indiquant que le fait de prendre connaissance chaque jour, voire heure par heure, du nombre de cas en réanimation, du nombre de décès et de savoir que les hôpitaux proches suscite de l’angoisse chez le citoyen.

« Les personnes âgées ou isolées, tout comme les personnes malades ou immunodéprimées, qui se sentent principalement visées par toutes les informations médicales anxiogènes, peuvent facilement développer une dépression », a-t-il souligné.

Cette situation anxiogène et pourvoyeuse de crainte a induit à une recrudescence des consultations pour le motif d’insomnie. L’anxiété avec l’enfermement prolongé et l’absence d’exposition régulière au soleil peuvent désynchroniser notre horloge biologique, et de ce fait notre sommeil avec des conséquences directes sur notre état de bien être physique et psychique. Les troubles de sommeil dans ces cas sont si sévères qu’ils ont un retentissement sur les activités menées durant la journée.

« Au niveau des urgences psychiatriques de Blida, beaucoup de personnes consultent pour des attaques de panique, qui se traduisent par des crises d’angoisses avec l’impression de manquer d’air et des palpitations cardiaques associer à une sensation de mort imminente et qui dure plusieurs minutes, plusieurs fois par jour », a révélé Dr Telba Cherif.

Ce dernier a affirmé que le risque dépressif est le plus évident dans la situation de confinement, estimant qu’un prolongement indéfini pourrait causer des pathologies psychiatriques sévères.

Cette situation inédite est génératrice de colère et d’angoisse, dont les répercussions peuvent être fâcheuses pour le sujet et son entourage, d’où l’inquiétude particulière d’une hausse de la violence conjugale, engendrant des conséquences psycho-traumatiques par la suite, a-t-il averti.

Le psychiatre a aussi cité les personnes en vulnérabilité psychique, qu’elles traitent ou non et qui courent un grand risque de décompensation psychique et parfois à un abus de médicaments ou de drogues.

Les études menées en Chine depuis le début du confinement, publiées par la revue « The Lancet », ont démontré que lorsque le confinement dépasse les dix jours, les symptômes de stress post-traumatique sont significativement plus élevés. Une durée qui sera de toute évidence largement dépassée partout dans le monde, y compris en Algérie.

« Les personnes souffrant d’une détresse psychologique ont un risque accru de

troubles psychiatriques, en particulier anxieux, dépressifs et liés au stress post-traumatique », a-t-il souligné.

Dans le même contexte, Dr Telba Cherif a fait savoir que « les soignants, en première ligne dans ce combat, sont non seulement très exposés à la maladie mais aussi au burn out. « Disposant de très peu de temps pour refaire surface et penser à eux, cette situation les expose à davantage de risque de développer une dépression ».

Afin de prévenir d’éventuelles complications psychiatriques et pour une prise en charge précoce, de nombreux thérapeutes proposent actuellement des consultations à distance par téléphone ou via Skype.

Assurant de son entière disponibilité ainsi que celle de ses confrères psychiatres, mobilisés dans les services de consultation et les urgences de psychiatries qui fonctionnent en H24 7j/7, le spécialiste a encouragé les personnes à consulter en cas de problème pour une prise en charge précoce, indispensable pour prévenir d’éventuelles complications.

Il conseille ainsi à toute personne souffrant de trouble du sommeil, de l’alimentation (anorexie, boulimie…), des idées noires, des crises d’angoisses ou ayant des réactions agressives envers elle-même ou envers les autres, à prendre au sérieux ces comportements.

Une aide extérieure et professionnelle est d’ailleurs facile à obtenir, puisque de nombreux thérapeutes proposent actuellement des consultations à distance par téléphone ou via Skype.

« Moi-même, j’ai mis récemment sur ma page Facebook « Mon Psychiatre Algérie » un numéro de téléphone à la disposition de tous ceux qui veulent avoir des conseilles ou une orientation », a fait savoir Dr Telba Cherif, expliquant que cela permet de faire un premier point et de se déplacer pour consulter en cas de réel besoin.

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