Selon New Lines Institute: L’Algérie, un modèle émergent de l’IA
Selon un rapport du New Lines Institute for Strategy and Policy, l’Algérie s’impose en 2026 comme un acteur incontournable de l’intelligence artificielle dans la région MENA. Porté par une forte diversification de ses partenariats et un capital humain d’envergure, le pays trace sa voie vers l’autonomie technologique, malgré des défis persistants en matière de gouvernance et d’infrastructures.
Le document souligne que , « dans le Moyen-Orient et en Afrique du Nord, les gouvernements poursuivent souvent des stratégies d’intelligence artificielle concurrentes, avec un succès limité dans leur mise en œuvre ». À l’inverse, l’Algérie se distingue par une approche plus unifiée : « Le plan global pluriannuel de l’Algérie en matière d’IA montre comment un engagement étatique soutenu peut répondre à des défis essentiels dans l’éducation et le développement des entreprises ».
Pour l’institut, qui est un think tank américain indépendant spécialisé dans la géopolitique et la politique étrangère, la stratégie algérienne repose sur six axes principaux : la recherche et l’innovation, la formation du capital humain, les applications sectorielles (santé, agriculture, énergie), l’investissement, la gouvernance des données et le développement d’un écosystème IA. Le rapport met en valeur cette vision à long terme, qui tend à réduire la dépendance technologique et à optimiser l’autonomie stratégique du pays. L’Algérie « adopte une stratégie globale de l’IA pour réduire la dépendance technologique envers les anciennes puissances coloniales tout en construisant une autonomie stratégique », précise l’étude de l’institut basé à Washington.
En comparant les modèles internationaux (États-Unis, Chine, Union européenne), l’analyse fait ressortir la position intermédiaire de l’Algérie. Le pays adopte une stratégie de diversification diplomatique et technologique — qualifiée de « hedging » (couverture) — en s’appuyant sur de multiples partenaires comme la Chine, les États-Unis, la France et l’Italie. Cette posture permet à Alger d’éviter l’alignement exclusif et de renforcer son rôle régional.
Sur le plan économique, les projections de l’institut, fondé en 2019, indiquent que le marché algérien de l’IA pourrait passer de 498,9 millions de dollars en 2025 à 1,69 milliard de dollars en 2030, soit une croissance annuelle estimée à 27,67 %. Le rapport braque les projecteurs sur l’impact sectoriel attendu, en particulier dans l’agriculture et l’énergie. L’agriculture intelligente pourrait générer à elle seule entre 800 millions et 1,2 milliard de dollars de valeur d’ici 2030, tandis que le secteur des hydrocarbures bénéficierait de gains d’efficacité majeurs.
L’Algérie dispose d’un avantage comparatif de taille : son capital humain. Le rapport recense « 57 702 étudiants inscrits dans 74 masters en IA répartis dans 52 universités », adossés à une forte production scientifique. Le pays figure ainsi parmi les cinq premiers en Afrique pour les publications de recherche et compte des scientifiques classés parmi les 2 % les plus influents au niveau mondial.
En dépit de ces atouts, le document pointe du doigt plusieurs contraintes structurelles, notamment des infrastructures numériques encore insuffisantes, des inégalités d’accès à Internet et des lourdeurs administratives. « Un déficit de compétences persiste, bien que le pays ait une base éducative solide. L’Algérie est classée 120e sur 193 en matière de préparation à l’IA selon Oxford Insights. Des problèmes de gouvernance et de lenteur administrative freinent également l’efficacité des politiques publiques », détaille l’institut.
Malgré ces défis, l’Algérie s’impose, à l’aune de ce rapport, comme un acteur déterminé à « consolider sa position de futur hub régional de l’intelligence artificielle en Afrique du Nord et au Sahel ».