Sécurité nationale : L’ANP en « bataille décisive » contre l’instabilité régionale
Face à un environnement régional et international marqué par le terrorisme et les guerres hybrides, mêlant cyberattaques, désinformation et pressions économiques, le chef d’état-major de l’ANP appelle l’École supérieure de guerre à devenir une force de proposition stratégique pour préserver l’intégrité du territoire.
Aux frontières de l’Algérie, la persistance du terrorisme, du grand banditisme et du narcotrafic continue de menacer directement les fondements mêmes des États voisins, affaiblissant leurs institutions et leurs économies.
C’est dans ce contexte critique que le Général d’Armée Saïd Chanegriha, ministre délégué auprès du ministre de la Défense nationale et chef d’état-major de l’Armée nationale populaire (ANP), a qualifié la modernisation des forces de l’ANP « bataille décisive ».
Présidant ce samedi, au nom du Président de la République, Abdelmadjid Tebboune, la cérémonie officielle d’installation du Général-Major Mohamed Ahmed Sayeh en tant que nouveau directeur de l’École supérieure de guerre (en remplacement du Général-Major Hamid Fekane), Saïd Chanegriha a fixé le cap. Devant les cadres et les officiers, il a rappelé que cet établissement ne devait pas seulement enseigner, mais s’imposer comme un pôle d’excellence et une véritable force de proposition stratégique.
« L’ANP mène une bataille décisive pour adapter ses forces et ses unités aux défis de la conjoncture actuelle », a souligné le Général d’Armée Saïd Chanegriha
Pour le Chef d’État-major, l’urgence est à l’intégration des enseignements tirés des conflits contemporains. Les programmes pédagogiques doivent s’adapter en permanence pour anticiper la rapidité des mutations militaires et technologiques, garantissant ainsi l’aptitude opérationnelle des unités sur le terrain.

Au-delà de la formation des élites militaires, le Général d’Armée a insisté sur la responsabilité collective de l’ensemble des personnels de l’institution. Face aux turbulences extérieures, l’ANP attend une contribution active de chacun à l’effort de modernisation.
La cérémonie s’est conclue par l’inspection des troupes, la remise de l’emblème national et la signature du procès-verbal de passation de consignes. En prenant congé de ses cadres, Saïd Chanegriha a réitéré le rôle historique de l’armée : demeurer le bouclier inébranlable de la souveraineté nationale face à toute tentative de déstabilisation de l’unité du pays.
Pour l’ANP, la sanctuarisation du territoire national est devenue un défi de chaque instant, l’Algérie étant désormais entourée d’une véritable « ceinture de feu » sur ses 6 500 kilomètres de frontières terrestres. À l’Est, le chaudron libyen, caractérisé par une fragmentation politique persistante et la prolifération de milices armées, maintient un risque permanent de circulation d’armes lourdes.
Plus au sud, la situation dans la bande sahélo-saharienne a atteint un seuil critique. Au Mali, l’effondrement des mécanismes de paix et les affrontements directs entre l’armée régulière, les mouvements rebelles et les factions djihadistes menacent à tout moment de déborder sur le sol algérien, tandis qu’au Niger, le vide sécuritaire dans certaines régions oblige les forces armées à une vigilance maximale pour verrouiller les points de passage stratégiques. À l’Ouest, la rupture diplomatique totale avec le Maroc et les tensions géopolitiques exacerbées par le conflit du Sahara occidental imposent un dispositif de surveillance ultra-rigide pour contrer l’infiltration de réseaux criminels notamment les trafiquants de drogue.
La parade face aux menaces hybrides
Face à cet environnement hostile, les menaces ont profondément muté pour revêtir une forme hybride qui dépasse de loin le cadre militaire conventionnel. L’Algérie doit aujourd’hui faire face à un terrorisme sahélien résiduel mais opportuniste, porté par des groupes comme AQMI ou l’EIGS qui exploitent les zones grises transfrontalières. À cette menace s’ajoute une guerre asymétrique menée par les réseaux de narcotrafic de masse. L’introduction de dizaines de tonnes de cannabis et l’explosion des saisies de psychotropes sont désormais analysées à Alger et par les organisations internationales comme une entreprise délibérée du Maroc de déstabilisation sociale de l’Algérie.
En parallèle, les unités de l’ANP déployées dans le grand Sud mènent une lutte usante contre l’orpaillage illicite et le pillage des ressources par des commandos criminels transfrontaliers, tout en gérant les implications humanitaires et sécuritaires de flux migratoires incontrôlés, souvent infiltrés par des réseaux de passeurs.
Cette réalité multisectorielle impose à l’État un effort financier et humain colossal pour maintenir son inviolabilité territoriale. Cette stratégie repose sur l’indispensable déploiement d’une surveillance technologique de pointe, combinant l’usage de drones de reconnaissance à longue autonomie, de systèmes de guerre électronique et d’une couverture radar hermétique des zones désertiques. C’est précisément ce saut technologique et doctrinal, adossé à un effort d’adaptation des cadres de l’École supérieure de guerre, qui doit permettre à l’ANP de remporter sa « bataille décisive », celle d’anticiper la menace plutôt que de simplement la subir.