Scandale Pegasus : L’ombre du chantage marocain plane sur l’Élysée
Alors que le Premier ministre français Sébastien Lecornu et une importante délégation gouvernementale effectuent une visite officielle à Rabat, de nouvelles révélations accablantes viennent raviver le scandale du logiciel espion Pegasus. Une enquête minutieuse, s’appuyant sur des témoignages inédits issus des services secrets marocains, démontre l’implication directe du royaume dans la surveillance de masse de dirigeants politiques, de journalistes et de militants. Face à des preuves matérielles indiscutables, cette affaire relance les soupçons de chantage géopolitique, au moment même où Paris et Madrid multiplient les concessions diplomatiques majeures envers le souverain alaouite.
Le timing de cette visite officielle ne pouvait pas être plus inconfortable pour le Premier ministre français et sa délégation gouvernementale actuellement en déplacement au Maroc. Les investigations récentes menées par les journalistes de Radio France viennent d’apporter une série de preuves accablantes confirmant l’implication directe et systématique de Rabat dans l’espionnage de hauts dirigeants français, à commencer par Lecornu lorsqu’il était ministre des Armées de 2022 à 2025 ainsi que de nombreuses figures du paysage médiatique de l’Hexagone. Face à l’accumulation de ces nouveaux éléments matériels qui acculent littéralement le pouvoir marocain, il sera désormais extrêmement difficile pour Rabat de persister dans le déni et de fuir ses responsabilités dans ce vaste scandale d’espionnage de masse, opéré aussi bien sur son propre territoire qu’à l’échelle internationale.
Cette enquête d’envergure, coordonnée par le consortium Forbidden Stories, jette une lumière crue sur la surveillance industrielle mise en place par le makhzen grâce à Pegasus, le redoutable logiciel espion conçu par la firme israélienne NSO. L’objectif prioritaire des services secrets marocains consistait à neutraliser et compromettre des journalistes indépendants, des intellectuels, des opposants politiques ainsi que des défenseurs des droits de l’homme ou de la cause sahraouie par le biais de montages de dossiers de toutes pièces. Toutefois, la dérive technologique est allée bien plus loin, s’étendant jusqu’à cibler des personnalités politiques de premier plan en France, en Espagne et en Algérie.
Les révélations de cette nouvelle enquête collective s’avèrent explosives, s’appuyant sur des documents confidentiels et des témoignages inédits recueillis au cœur même de l’appareil sécuritaire marocain. Parmi ces sources figure un ancien agent de la Direction générale de la surveillance du territoire, le principal organe de renseignement du Makhzen. Ce dernier a formellement attesté avoir assisté, dès l’année 2017, au déploiement technique et opérationnel de ce puissant outil d’intrusion. Ces déclarations de l’intérieur ne laissent désormais plus de place au doute raisonnable.
La main émiratie
Sur le plan logistique et financier, l’enquête démontre que Rabat a fait l’acquisition de cette arme cybernétique auprès de la société NSO par l’intermédiaire d’une structure écran intégralement financée par les Émirats arabes unis. Ces preuves documentées balayent définitivement la ligne de défense officielle du Maroc, qui s’est toujours évertué à nier l’achat de ce programme malveillant ainsi que toute campagne d’interception visant des milliers de cibles civiles et politiques.
Pourtant, la réponse institutionnelle française est restée singulièrement timorée. Lors de l’éclatement du scandale en 2021, la justice française avait certes ouvert une information judiciaire, mais celle-ci s’est rapidement enlisée et n’a jamais pu aboutir, se heurtant au refus systématique de Rabat et de Tel-Aviv de coopérer ou de donner suite aux commissions rogatoires internationales.
Les investigations techniques ont pourtant formellement validé la présence de traces d’infection dans les téléphones de sept ministres ou anciens ministres français, à savoir Sébastien Lecornu, Florence Parly, Jean-Michel Blanquer, Jacqueline Gourault, François de Rugy, Julien Denormandie et Emmanuelle Wargon.
En analysant les smartphones de ces personnalités, les experts techniques ont identifié des marqueurs d’intrusion et des adresses réseau strictement identiques à ceux qui avaient été découverts par le Security Lab d’Amnesty International sur les appareils du journaliste marocain emprisonné Omar Radi ou du représentant du Front Polisario en Europe, Oubi Bachir Bouchraya.
Cette ingérence d’une gravité exceptionnelle avait initialement provoqué un incident diplomatique majeur et une brouille mémorable entre le président Emmanuel Macron et le roi Mohammed VI, après que le chef de l’État français eut appris que son propre téléphone figurait sur la liste des cibles potentielles.
Pourtant, trois ans après cette crise majeure, l’Élysée semble avoir totalement capitulé devant le Makhzen. Par un revirement politique inexplicable, Emmanuel Macron a offert un cadeau diplomatique historique et inespéré au monarque marocain en reconnaissant officiellement la souveraineté du royaume sur le territoire disputé du Sahara occidental.
Cette réconciliation soudaine et spectaculaire ne cesse d’interroger les observateurs de la scène internationale, beaucoup y décelant l’ombre d’un chantage d’État. Ce scénario rappelle d’ailleurs en tous points la trajectoire politique du Premier ministre espagnol Pedro Sánchez, lui-même directement ciblé et espionné par le Maroc via Pegasus. Après l’infection de son téléphone, Madrid avait opéré un virage à 180 degrés similaire à celui de Paris en s’alignant sur les thèses marocaines concernant le Sahara occidental.
Cette troublante capitulation a fait réagir vivement l’avocat français Joseph Breham, défenseur historique des militants sahraouis et lui-même victime de ce logiciel espion. Ce dernier s’exprime sans concession en constatant que la France s’agenouille devant le Maroc, ce qui le laisse pantois. Il souligne l’incohérence absolue de la position française, s’étonnant qu’un État qui espionne la France obtienne en retour des concessions diplomatiques de cette envergure.
L’avocat s’interroge ouvertement sur la nature des informations sensibles que les services marocains auraient pu intercepter, concluant avec gravité que le Maroc dispose aujourd’hui d’un levier d’influence et d’un pouvoir d’intimidation extrêmement forts sur la République française.