Santé : Le front syndical réclame des actes
À Alger, cinq syndicats du secteur de la santé sonnent l’alarme face à un dialogue social devenu inopérant. Entre retards persistants sur la révision des statuts, stagnation des régimes indemnitaires et dégradation continue des conditions d’exercice, les professionnels exigent une rupture avec l’inaction administrative. Pour imposer leurs revendications, ces organisations annoncent la création d’une fédération unifiée, marquant une nouvelle étape dans leur bras de fer avec la tutelle.
Le malaise profond qui s’est emparé des rangs des professionnels de la santé a conduit cinq syndicats à se réunir à Alger pour dénoncer une situation devenue intenable. Les organisations signataires fustigent l’enlisement du dialogue social, les retards cumulés dans la révision des statuts et des régimes indemnitaires, ainsi que la dégradation constante des conditions de travail. Face à une administration qu’ils jugent inactive, ces syndicats pressent le ministère de passer des promesses aux actes et officialisent la création prochaine d’une fédération, une structure destinée à porter une parole unique et plus percutante.
Dans un communiqué conjoint, rendu public, dimanche, les cinq organisations ont tenu, en préambule, à exprimer leur vive émotion suite au tragique incendie survenu à l’établissement de l’enfance assistée de Mohammadia, à Alger. Tout en adressant leurs sincères condoléances aux familles endeuillées ainsi qu’au personnel de la structure, ils ont tenu à rappeler que la protection de la vie des citoyens, le respect de leur dignité et la consolidation du service public constituent une responsabilité collective qui ne saurait être ignorée.
Au-delà de ce contexte dramatique, les partenaires sociaux ont consacré leur réunion à une évaluation rigoureuse de la situation socioprofessionnelle du secteur et au suivi des engagements ministériels. Le constat dressé se révèle sans appel : le dialogue social a perdu toute substance et ne remplit plus son office de cadre de concertation efficace. Les signataires dénoncent une commission centrale du dialogue social dont la périodicité est trop erratique pour permettre un traitement régulier des préoccupations des professionnels, déplorant par ailleurs l’impossibilité d’accéder directement aux directions centrales du ministère de la Santé.
Les représentants syndicaux soulignent que les dossiers transmis à la commission restent lettre morte, y compris ceux relevant des prérogatives directes du ministère. À leurs yeux, cette instance s’est transformée en une simple chambre d’enregistrement dénuée de mécanismes de suivi et de mise en œuvre, ce qui ne fait qu’éroder davantage la confiance entre l’administration et ses partenaires. Le dossier des nouveaux statuts particuliers cristallise particulièrement ces tensions.
Alors que le ministère de la Santé avait lui-même reconnu, dès la publication des textes en décembre 2024, la nécessité de corriger de nombreuses insuffisances, le processus piétine. Bien qu’une commission ait été installée et que les organisations syndicales aient soumis leurs propositions, plus de dix-huit mois se sont écoulés sans qu’aucun résultat ne soit communiqué, le dossier semblant s’enliser entre la Direction générale de la fonction publique, le ministère des Finances et le ministère de la Santé. Ce silence prolongé alimente l’incompréhension et attise la frustration des personnels.
Le mécontentement s’étend également à la question des régimes indemnitaires, un dossier que les syndicats regrettent de voir relégué au second plan par la commission mixte. Ils pointent, en outre, les retards récurrents dans le versement des rappels liés à la prime Covid et s’interrogent ouvertement sur l’avenir des propositions concernant les indemnités spécifiques aux services d’urgence, à la vigilance, aux risques sanitaires et aux autres primes sectorielles. Pour les professionnels, ces indemnités ne sont pas accessoires : elles constituent un levier indispensable pour préserver le pouvoir d’achat et reconnaître la dureté ainsi que la dangerosité des risques quotidiens encourus.
Le blocage s’observe aussi sur le plan administratif : les syndicats dénoncent l’absence de publication des arrêtés ministériels encadrant les concours de recrutement, les examens professionnels et la définition des postes supérieurs. Cette léthargie freine les recrutements, gèle les nominations et prive indûment de nombreux fonctionnaires de leur droit légitime à la promotion. Face à cet état de fait, les syndicats exigent des mesures exceptionnelles pour résorber ces retards accumulés.
Concernant les conditions de travail, les signataires déplorent une dégradation continue dans les établissements de santé et reprochent au ministère de communiquer sur certains incidents en omettant d’associer les partenaires sociaux. Une amélioration durable, selon eux, ne pourra s’opérer que par le déploiement d’une stratégie globale articulée autour de la prévention des risques, de la protection de la santé physique et psychologique du personnel, du renforcement des effectifs et d’une meilleure organisation du travail. Dans cette perspective, les syndicats plaident pour la relance du chantier de la fonction publique hospitalière, avec une réforme en profondeur incluant les problématiques de la retraite, de la pénibilité, du volume horaire et de la couverture contre les risques professionnels.
Forts de ces constats, les cinq organisations ont acté la création d’une Fédération des syndicats de la santé, en conformité avec les dispositions de la loi 23-02 relative à l’exercice du droit syndical. Cette future structure a pour mission de fédérer les énergies, d’harmoniser les positions et de muscler la capacité de négociation commune. Un appel est lancé à l’ensemble des syndicats du secteur pour rejoindre cette dynamique et bâtir un front uni, indispensable à la défense des intérêts des professionnels.
Pour les signataires, le secteur de la santé traverse une phase charnière qui impose des décisions courageuses : la réforme ne peut se contenter de nouveaux textes ou de simples investissements infrastructurels, elle doit nécessairement se traduire par une transformation tangible et positive des conditions de travail des blouses blanches.