Sanchez veut céder le contrôle de l’espace aérien sahraoui au Maroc
Les concessions du chef du gouvernement espagnol au profit du Makhzen n’en finissent pas. Un an après le troublant revirement du chef de l’exécutif ibérique, Pedro Sanchez, sur le dossier sahraoui, effaçant la neutralité traditionnelle de l’ancien colonisateur et en soutenant le plan d’annexion marocain, voilà que Madrid envisage maintenant de sauter le pas définitif. Sanchez veut cette fois ci franchir un autre palier dans ses concessions en cédant la gestion de l’espace aérien sahraoui au Maroc.
L’information a fait beaucoup de bruit et les médias espagnols ont fait écho de cette nouvelle décision qui enrage notamment les milieux politiques de l’opposition, dénonçant des négociations secrètes et surtout l’opacité qui entoure les relations entre Sanchez et Rabat.
Pendant des décennies, l’espace aérien du Sahara occidental a été géré depuis les îles Canaries, territoire espagnol, comme l’a établi l’Organisation de l’aviation civile internationale des Nations Unies (IATA), en vertu d’une résolution onusienne. Le Maroc n’a jamais fait mention de cette situation, alors que ses troupes militaires avaient envahies le territoire sahraoui depuis novembre 1975.
C’est grâce à une réponse parlementaire que l’affaire a été ébruitée. Le gouvernement de Madrid a reconnu qu’il négocie avec le Maroc le transfert de la gestion de l’espace aérien du Sahara occidental. « Les discussions avec le Maroc dans ce domaine ont commencé », a assuré par écrit La Moncloa, siège de l’exécutif espagnol, en réponse aux questions du sénateur canarien Fernando Clavijo.
Les pourparlers avec le Maroc à cet égard « se limitent à la gestion de l’espace aérien et à la coordination entre les deux parties afin de parvenir à une plus grande sécurité dans les connexions et à la coopération technique », précise le gouvernement madrilène. Ce dernier estime que la négociation est « conforme au point 7 de la déclaration commune du 7 avril », dite « feuille de route » de la nouvelle relation entre l’Espagne et le Maroc convenue en 2022, date de la normalisation entre les deux pays. Le point 7 stipule textuellement que « des discussions vont s’engager sur la gestion de l’espace aérien » du Sahara Occidental.
Dans son interpellation du gouvernement, le sénateur Clavijo s’est également intéressé à savoir si cette question avait été abordée lors de la réunion de haut niveau (RAN) qui s’est tenue entre les gouvernements espagnol et marocain début février à Rabat.
Le gouvernement madrilène n’a pas répondu à cette question. Selon des médias ibériques, notamment l’influente radio Cadena Ser, ce sénateur du mouvement nationaliste, ainsi que d’autres parlementaires des îles Canaries voulait savoir, à travers sa question, quel serait l’impact de la cession de la gestion de l’espace aérien sahraoui. Ils ont exprimé leurs fortes inquiétudes suite à ces concessions de Sanchez.
Car au-delà de l’impact financier de cette cession, il y a également le côté politique de la question. Etant encore tenu par les résolutions des Nations Unies et engagé dans le respect des lois internationales, Madrid a toujours cette responsabilité historique et éthique sur le territoire du Sahara occidental, en étant non seulement l’ancien colonisateur, mais surtout le garant dans l’organisation d’un référendum d’autodétermination du peuple sahraoui.
Comment dans ces conditions, l’Espagne peut céder encore cette gestion de l’espace aérien d’un territoire soumis à un statut onusien à un nouvel occupant par la force et de surcroit dénoncé par la communauté internationale ?
En décidant d’élaguer l’ultime symbole de son ancienne souveraineté de colonisateur sur ce territoire à un agresseur expansionniste et belliqueux, Pedro Sanchez a commis un nouvel impair juridique et politique qui ne peut laisser l’ONU les bras croisés.
L’institution onusienne est déjà impliquée sur le terrain avec la présence d’une force multinationale, la Minurso (Mission des Nations Unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental, qui a été créée par la résolution 690 (1991) du Conseil de Sécurité. Cette cession enfin va encore renforcer le fait accompli du Makhzen sur ce territoire et son peuple qui lutte pour son indépendance depuis 1973 et dont son mouvement le Polisario est reconnu dans le monde entier.
Sur l’impact économique de la cession de l’espace aérien sahraoui, les médias espagnols sont choqués et ont exprimé une forte réprobation à la politique de concession faite par Sanchez au Makhzen. La cession du contrôle signifierait pour l’Espagne la perte d’importants postes d’emploi ainsi que la baisse des recettes provenant des redevances de route ou « taxes de couloirs » perçues par le nombre de passagers et de marchandises transportées. Rabat va ainsi devenir le seul gagnant dans cette affaire.
Pour rappel, l’espace aérien du Sahara occidental est contrôlé par l’Espagne depuis les centres de contrôle des Îles Canaries avec une coordination avec les tours de Laâyoune et de Dakhla, les villes occupées par le Maroc, ainsi que la tour de Casablanca.