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Op-Ed

Salut Mokhtar, saha kho !

Salut Mokhtar, saha kho !

Neuf ans déjà et un souvenir prégnant. Modestie, générosité et disponibilité le résumaient. Placidité, équanimité, savoir-faire et savoir-vivre le caractérisaient. Lui, c’est le grand frère et confrère distingué, Mokhtar Haider, parti un jour d’hiver pour le royaume du perpétuel printemps des journalistes-gentlemen.

Les mots, même quand ils sonnent juste, deviennent impuissants quand il s’agit de résumer la vie d’un chevalier de la plume qui a guidé d’une main fraternelle nos premiers pas de bizuth. Mais ils vous posent quand même le bonhomme comme ils dessinent sa philosophie de vie. Ils esquissent aussi sa conception d’un métier pour lequel il s’est consumé dans le silence des sages et l’effacement des humbles. L’homme et le journaliste formaient deux entités accordées dans une silhouette de haute taille, flexible et délicate.

Mokhtar était aussi une voix. Douce et grave, elle ne s’élevait que lorsqu’il entonnait, avec le bonheur du mélomane, les ritournelles de Mohamed Abdelwahab, le pharaon de la chanson égyptienne. Dans les couloirs de l’étatique agence de presse APS du temps du parti unique, cette voix forte disait que l’homme, dans son infini raffinement, avait un certain goût de vivre et une volonté tranquille de vivre un jour son métier comme une passion pour la vie. Oui, Mokhtar était un journaliste classieux et un gentilhomme digne de ce nom. Avec lui, on partageait aussi l’amour de Soustara, notre «houma» commune. Quartier de nos enfances pauvres mais heureuses, à la lisière de la Casbah d’Alger.

On avait aussi en bien commun, et en souvenirs décalés, le lycée Emir-Abdelkader, ce haut lieu de communion pédagogique, baptisé Bugeaud lorsque l’aîné le fréquentait. De 1959 à 1961, Mokhtar y fit ses humanités littéraires et y forgea son amour de la poésie. L’un comme l’autre avions aussi une grande appétence pour la musique arabe, avec un goût immodéré pour la chanson orientale. Mokhtar, encore plus et toujours plus fort, connaissait les vedettes et leur art sur les modes majeur et mineur. Avec une oreille musicale incomparable qui savait apprécier les moindres quarts de ton. Sayyid Darwich, Mohamed Abdelwahab, Oum Kalsoum, Farid El Atrache, Ismahane, Abdelhalim Hafed, Abdelaziz Mahmoud, Mohamed Qandil, Fayda Kamel, Leïla Mourad, Wadi Essafi et Fayrouz, entre autres astres, n’avaient aucun secret pour lui. Erudit musical, il connaissait par cœur leurs riches répertoires et leurs trajectoires d’étoiles filantes.

Cette connaissance incomparable de la musique arabe, de la chanson maghrébine et de la discographie algérienne, il la mettra au service des auditeurs et des téléspectateurs de la radio et de la TV publiques. Avec le défunt Abdelkader Talbi et Abderrezak Djebali, musicologues encyclopédiques, il avait animé des émissions artistiques de belle facture. De sa voix posée, et avec son verbe percutant, à travers son et image, Mokhtar propageait de la culture et distillait de la tendresse.
Diplômé de l’Ecole de journalisme d’Alger quand elle ne formait pas encore des pisse-copies numériques, Mokhtar, qui y enseignera plus tard, avait une certaine vision pédagogique de son métier qu’il percevait comme école de labeur et de générosité. Son idée de la clarté et de la simplicité l’incitait donc à vouer un culte rigoriste au sujet, au verbe et au complément, dont il disait que leur respect est à la base même du devoir d’informer et de l’exigence d’éclairer.

Mokhtar, frère affectionné et affectueux, aura appris à ceux qui l’ont côtoyé, apprécié et estimé que notre métier est une exigence. Exigence de rigueur et de modestie. Devoir de remise en cause permanente qui fait du journaliste un humble serviteur et un honnête intermédiaire. Un modeste éclaireur, éclairé lui-même par les servitudes de son métier, responsable de la moindre virgule. Pour lui, le journalisme, qu’il exercera un temps aux quotidiens La Tribune et Liberté dont il fut un collaborateur créatif dans les pages économiques, c’est aussi la responsabilité et le respect. Ceux d’écrire, de dire et de donner à voir.

Alors, grand frère, si proche des autres, paix éternelle à ton âme de bon pasteur. En musique, de préférence. Les yeux pleins de poésie, l’oreille emplie de sons mélodieux et de rythmes chaloupés. Là où tu es, auprès du Chef d’orchestre de l’Univers, salut l’artiste !

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