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Sahel: Le double jeu d’échec de la France

Sahel: Le double jeu d’échec de la France
Le Mali une chasse gardée de la France

Que fait encore la France au Sahel ? L’échec patent de l’opération Barkhane, la fragilité croissante des Etats de la région, censés être plus fort après l’intervention française, le caractère endémique de la crise sociopolitique et surtout sécuritaire qui frappe de plein fouet les populations de la région, sont autant d’arguments qui renforcent le sentiment anti-français au Mali d’abord, et dans les pays limitrophes ensuite. Aussi, l’argument principal de Paris dans le lancement de cette opération, à savoir la lutte antiterroriste, ne résiste pas aux faits sur le terrain : c’est la France qui est le plus gros payeur de rançons pour libérer ses ressortissants, et ce, au mépris des conventions internationales et les résolutions des Nations unies.

Face aux sévères coups essuyés par l’armée française dans le Sahel de la part des groupes terroristes, requinqués par les mannes encaissées au fil des kidnappings, et la contestation montant crescendo contre la présence étrangère dans la région sont autant d’éléments suscitant de vrais questionnements sur la viabilité d’une opération qui a favorisé plutôt le chaos permanent au lieu de la stabilité, vantée à coup de battage médiatique, par ses promoteurs depuis son lancement en 2012.

Acculé par une classe politique dénonçant le lourd bilan humain et financier d’une intervention dans le Sahel, le gouvernement français peine à convaincre encore avec l’opération Barkhane. Le sentiment anti-francais s’est accentué dans la région notamment au Mali et au Burkina Faso. L’opération a érodé les caisses de l’Etat et réduit l’influence de la France dans ses anciennes colonies réputées riches en matières premières.
L’Elysée se retrouve coincé dans un entonnoir et table désormais sur les appuis externes pour garder un semblant de mainmise sur le dossier de la lutte antiterroriste dans le Sahel. Frédéric Barbry, porte-parole de l’état-major de l’armée française a laissé entendre que la France compte sur une « meilleure imbrication des forces partenaires » ainsi que « l’européanisation de la force conjointe » qui est en voie d’être mise en place.

C’est ainsi que le sénat français est justement convié à trancher sur le devenir de l’opération Barkhane qui a succédé à la défunte Serval qui a couté la vie à 55 militaires tandis que le terrorisme n’a pas reculé d’un iota. Au contraire il s’est davantage ragaillardi et s’est propagé au Burkina Faso Preuve en est le samedi 2 janvier dans deux villages de l’Ouest du Niger : Tchombangou et Zaroumdareye, dans la région des Trois frontières où sévit l’Etat islamique dans le Grand Sahara 100 civils ont tués lors d’une attaque perpétrée par des dizaines d’assaillants. Le même jour, deux militaires français appartenant au deuxième régiment de Hussards de Haguenau sont morts dans l’explosion d’une bombe artisanale dans la localité de Ménaka au Mali. Cinq jours plus tôt, trois autres soldats de Barkhane avaient trouvé la mort de la même manière à Hombori dans le cercle de Douentza.

Et comme un malheur n’arrive pas seul, 19 citoyens maliens ont été tués dans une frappe de l’aviation française ayant ciblé un mariage le 3 janvier dans la commune de Bounti. La bavure a suscité l’indignation de la population et des médias locaux.

Saisie par cette affaire, la classe politique française s’interroge sur l’utilité du maintien de Barkhane devant les pertes financières (argent du contribuable), en hommes et en matériel. Jean-Luc Mélenchon, leader de la France Insoumise, brocarde la diplomatie tricolore en Afrique. Selon lui, Barkhane est une opération militaire sans objectif politique identifié, soulignant qu’il y a même une confusion en amont autour du mot « terroriste » lorsqu’il s’agit de mettre dans le même sac les trafiquants de cigarettes et les groupes terroristes. Ce sentiment est largement partagé par la population française. Un sondage de l’Ifop, effectué fin janvier dernier, révélait 51 % des français ne sont « pas favorables » à l’intervention militaire française au Sahel et 19 % ne sont « pas du tout favorables », ce qui exacerbe le marasme de la société française sur une implication extra-muros sans lendemain.

L’euphorie de Marcon brisée
Dans un élan euphorique, le président français Emmanuel Macron avait prévu, pour le premier anniversaire du sommet du G5 Sahel réuni le 13 janvier 2020 à Pau, la réduction du format de l’opération Barkhane. Cette réduction devait survenir à la lumière des quelques avancées tactiques sur le terrain. Ce qui s’est passé, c’est une autre paire de manches. Macron a ajournée son annonce pour le sommet de N’Djamena, la mi-février, et sa ministre des armées Florence Parly, a cependant annoncé dans les colonnes du quotidien Le Parisien du 4 janvier dernier, que la France allait « très probablement » réduire les effectifs de la force Barkhane.

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Combattre le terrorisme tout en payant des rançons

Entre les deux postures, c’est tout un monde. L’euphorie de Macron s’est brisée devant la dure réalité déclinée par sa ministre des armées. Déjà, annoncer dès aujourd’hui une réduction des effectifs c’est une nouvelle fois placer les chefs d’Etat africains devant le fait accompli. C’est surtout inciter l’«ennemi» à redoubler d’efforts avec des frappes spectaculaires à base d’IED, (celles que Florence Parly nomme dans son entretien au Parisien « l’arme des lâches »), contre Barkhane pour transformer ces revers en déroute.

Si Emmanuel Macron a hérité la guerre au Sahel de son prédécesseur François Hollande, il a dès son arrivée à l’Elysée revêtu les habits de chef de guerre. Alors même qu’en 2017, Barkhane était déjà enlisée, Il s’est mis en première ligne sans pour autant définir une stratégie qui a toujours manqué depuis le début de l’intervention. Paris a pris la tête du G5 Sahel qui était au départ une force africaine, ce qui a profondément agacé l’Algérie, acteur pourtant incontournable de la région, mais qui n’a pas été consulté, comme si cette force était dirigée contre elle.

Pis, quelques mois après son arrivée, en décembre 2017, le président français promettait des millions à cette force et déclarait vouloir des victoires en 2018. C’est resté au stade de promesses. Résultat, la force G5 est restée l’ombre d’elle-même au point que Paris ne la mentionne même plus, comme si son décès était déjà acté. Puis les technocrates de Paris ont inventé une nouvelle structure : Takuba, un rassemblement de forces spéciales européennes, tout au plus quelques Estoniens et Tchèques ont répondus présents. Et ce n’est pas une nouvelle grande idée qui sortira la France de ce bourbier sahélien, ni l’empilement des structures et des forces internationales.

Pour l’establishment français, il s’agit d’une déroute de l’armée française qui se comporte en Afrique comme une armée coloniale. Et les Africains, les Maliens notamment gardent toujours dans leur mémoire collective les massacres perpétrés par la soldatesque française du temps de l’Afrique Occidentale Française (AOF). Le Mali, un Etat quasiment en faillite, le Niger qui se maintient à grand renforts de soldats français et de drones américains, le Burkina Faso qui s’enlise de jour en jour, et la Mauritanie qui tente de tirer son épingle du jeu. C’est d’ailleurs le président mauritanien qui sous-traite actuellement pour la France en plaidant lors de sa récente visite au siège de l’Otan, pour le renforcement de Barkhane afin dit-il de «contrecarrer les groupes terroristes».

Barkhane

La France joue son va tout au Sahel

Si Paris tente de jouer son va-tout afin de maintenir sa présence au Sahel, qu’en est-il de ses vis-à-vis Africains ? Ces derniers qui s’accommodent de moins en moins de la politique de la Françafrique tentent de scruter l’horizon afin de diversifier les partenaires. Les Chinois arrivent en pole position avec leur stratégie de la Ceinture et la Route qu’ils doivent sécuriser, les Russes sont également de la partie, eux qui n’ont pas de reliquat colonial avec le continent noir. Les Américains, pragmatiques, ne s’encombrent pas de sentiments lorsque leurs intérêts sont en jeu. D’ailleurs, pour Washington, son premier concurrent en Afrique est Paris. Un nouveau partage de rôle entre puissances agissantes en Afrique se fait désormais entre Chinois, Russes et Américains. Les Français qui s’enferment toujours dans les chimères du passé colonial semblent sortir doucement mais surement du Grand Jeu du Sahel. N’en déplaise à Macron et/ou à ses successeurs.



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