Sahara occidental : Le Conseil de sécurité face à ses responsabilités
Quinze pays membres du Conseil de sécurité de l’ONU sont devant leurs responsabilités historiques et morales. A la veille du vote du controversé projet de résolution sur le Sahara occidental, piloté par les Etats-Unis et la France, un débat houleux est attendu par les observateurs.
Alors que les Américains, les Français et les Britanniques tentent de faire passer un texte injuste, partial et condamnable, justifiant l’annexion pure et simple d’un territoire et l’asservissement d’un peuple en lutte pour son indépendance, les autres membres du Conseil de sécurité subissent de grandes pressions et un lobbying infernal pour suivre le premier camp.
Derrière le prétexte de renouvellement du mandat de la Mission onusienne chargée d’organiser un référendum d’autodétermination, ce texte introduit sournoisement des paragraphes inacceptables par le droit international. Il érige carrément le « plan dit d’autonomie », comme seule base de négociation, voire comme la solution « la plus adéquate », faisant fi de toutes les résolutions onusiennes votées et adoptées depuis plus de cinq décennies. De plus, ce texte ignore l’avis consultatif de la Cour internationale de justice, paraphé en 1975, ainsi que tous les autres arrêts consécutifs de la Cour de justice de l’Union européenne.
Selon des sources diplomatiques, le texte doit recueillir 9 voix sur 15. Washington, Paris et Londres ont réussi sans difficulté à obtenir le soutien du Panama, du Sierra Léone. Il leur faudra encore quatre voix à arracher auprès des autres pays membres : la Grèce, la Corée du Sud, le Pakistan, la Somalie et la Guyana, la Slovénie et le Danemark. Les mêmes sources pensent que la Chine et la Russie devraient s’abstenir lors du vote.
Moscou a déjà exprimé sa position en soutenant deux principes, d’abord le respect du droit du peuple sahraoui à choisir librement son avenir et ensuite la reconnaissance du statut colonial du Sahara occidental, comme stipulée dans les nombreuses résolutions onusiennes et dont la création de la Minurso n’est qu’une preuve de plus.
Ce texte occidental est déjà dénoncé par plusieurs capitales, qui estiment que l’ONU risque, à travers cela, de légitimer les colonisations anciennes et futures, de décrédibiliser davantage les institutions internationales, déjà fragilisées, et surtout de piétiner le droit des peuples face au fait accompli militaire.
Le silence incompréhensible de l’UA
Dans ce contexte, des observateurs s’interrogent sur le silence complice et incompréhensible d’une autre organisation, non moins importante, celle de l’Union africaine. Cette dernière est restée curieusement aphone, paralysée, alors qu’elle devrait accompagner et soutenir un Etat membre fondateur de l’UA, dont la souveraineté et le droit à la liberté sont menacés. L’UA va-t-elle se confiner dans la neutralité, en s’interdisant toute parole face à ces manœuvres occidentales dans son propre continent ? Acceptera-t-elle un déni pareil de la part de quelques membres du Conseil de sécurité, alors que le droit d’existence d’un Etat membre de l’UA (la RASD) est bafoué et méprisé.
Face à ces dérives aux graves conséquences pour les équilibres géopolitiques régionaux et internationaux, le Front Polisario, représentant légitime du peuple sahraoui, a annoncé qu’il boycotterait tout processus politique si le texte américain venait à être adopté.
Il a affirmé son rejet de « toute solution imposée ou contre la volonté du peuple sahraoui », dont le droit à l’autodétermination lui est reconnu par la communauté internationale et toutes les résolutions du Conseil de sécurité et de l’Assemblée générale des Nations unies.
A ce propos, le représentant sahraoui auprès des Nations unies et coordonnateur auprès de la Minurso, Dr Sidi Mohamed Omar, a souligné récemment que le projet de résolution constitue un écart « très dangereux et sans précédent », non seulement par rapport aux principes du droit international reconnaissant le Sahara occidental en tant que question de décolonisation, mais aussi par rapport à la base sur laquelle le Conseil de sécurité s’est adressé au Sahara occidental.
Pour le Front Polisario, « toute approche qui établit un cadre préfixé pour les négociations ou prédétermine leur résultat, limite le libre exercice par le peuple sahraoui de son droit à l’autodétermination ou impose une solution contre sa volonté est tout à fait inacceptable ».
Enfin, le Polisario a lancé un appel urgent à toutes les parties prenantes à user de leurs efforts de manière constructive en vue de créer les conditions nécessaires aux deux parties, le Front Polisario et le Maroc, pour s’engager dans des négociations sérieuses et crédibles, sans conditions préalables et de bonne foi, sous les auspices de l’ONU, en vue de parvenir à une solution politique juste, durable et mutuellement acceptable, devant garantir l’autodétermination du peuple du Sahara occidental et la paix dans toute la région.
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