Aminatou Haïdara un sort suspendu en Espagne
L a présidente de l’Instance sahraouie contre l’occupation marocaine (ISACOM), Aminatou Haïdar, serait-elle victime d’un complot hispano-marocain ? Tout porte à le croire selon des milieux politiques. Le refus par Madrid de l’autoriser à rejoindre le territoire espagnol pour des soins médicaux a suscité de vives polémiques au sein des partis politiques.
La militante sahraouie a dénoncé le fait qu’on lui a refusé, depuis décembre dernier, le renouvellement de son permis de séjour après 16 ans de vie entre les territoires occupés du Sahara occidental et l’Espagne. Selon la nominée pour le prix Nobel de la paix 2021, il s’agit d’une « décision politique préméditée » des autorités espagnoles.
Selon elle, « le refus de résidence est un acte très grave. La résolution est pleine d’erreurs, y compris la date de la demande. Mais il ne s’agit pas d’une décision administrative, c’est plutôt une mesure politique ». Haidar a dénoncé ce refus en rejetant le prétexte fallacieux donné par Madrid relatif au non-respect du délai de dépôt de la demande, citant un précédent qui a eu lieu en février 2022, lors d’un déplacement des territoires occupés vers les îles Canaries.
Dans un entretien avec le média espagnol El Independiente, la militante sahraouie se dit « à nouveau victime de la complicité hispano-marocaine, la même que j’ai subie en 2009, lorsque le gouvernement de l’époque m’a laissée entrer en Espagne contre ma volonté et sans passeport, en violant toutes les règles de la Loi, même espagnole ».
Même son de cloche chez l’avocat de Mme Haïdar, qui a dénoncé la décision de Madrid: « Nous avons fait appel et, à notre grande surprise, ils nous ont dit « Non » », raconte l’avocat cité par le journal espagnol El Pais. « Nous avons toutes les justifications, mais il est clair que c’est une décision politique », dit-il.
Cette affaire a suscité de vives réactions de dénonciations de partis politiques et a atteint le Congrès ibérique.
Le Bloc nationaliste galicien (BNG) a présenté une batterie d’initiatives au Congrès et au Sénat dans lesquelles il demande au gouvernement de Madrid de rectifier sa décision et de réorienter sa politique au Sahara occidental, en référence au revirement unilatéral du chef du gouvernement Pedro Sanchez, concernant la question sahraouie.
Pour le BNG, « la décision du gouvernement a provoqué rejet, indignation et incompréhension dans l’ensemble de la société », puisque Haïdar est connue « pour sa longue carrière de défenseur de la cause d’un Sahara (occidental) indépendant, ayant personnellement subi la répression, la torture, l’arbitraire, les détentions, voire les disparitions forcées ».
De son côté, l’Union progressiste des procureurs (UPF) a écrit une lettre ouverte au ministre espagnol de l’Intérieur, Fernando Grande-Marlaska, dans laquelle elle qualifie de « scandaleuse et injuste » la décision de priver Aminatou Haïdar de son titre de séjour.