Sahara occidental : Fractures au sein du Conseil de sécurité
C’est l’effervescence dans les couloirs du Conseil de sécurité. La question sahraouie domine les débats et suscite de grandes tensions au sein des membres de ce Conseil. La crise qui couve depuis quelques semaines a été enclenchée par le lobbying forcené des Etats-Unis et de la France, qui ont voulu faire passer une résolution légitimant l’occupation militaire et l’annexion pure et simple du territoire sahraoui par le Maroc.
Ce projet de texte est au cœur d’intenses consultations au sein des Nations unies. Certains observateurs évoquent même les signes d’un âpre affrontement diplomatique. Alors que Washington veut imposer le fait accompli colonial, des pays refusent ce diktat et dénoncent une tentative d’instrumentaliser un organe de l’ONU pour avaliser une colonisation et une expropriation flagrante.
Dans ce projet de résolution, il est clairement dit que le mandat de la Mission onusienne chargée d’organiser un référendum au Sahara occidental sera réduit de trois quarts, soit seulement trois mois. Ainsi, en janvier prochain, cette mission sera dissoute si le document est adopté. Autrement dit, la Minurso n’est plus mandatée pour organiser ce référendum à l’avenir, évacuant le droit au peuple sahraoui à l’autodétermination.
Pour les diplomates, c’est un véritable torpillage du droit international et un recul manifeste de tout le processus engagé par la communauté internationale. Le texte américain excelle dans la déformation de la réalité juridique et historique du conflit, fondée depuis les années soixante du siècle dernier sur le principe de la décolonisation d’un territoire non autonome.
Selon certaines sources diplomatiques, Moscou ne semble pas prête à endosser ce projet de résolution, le rejetant dans le fond et la forme. Le représentant russe à l’ONU aurait exigé la révision immédiate du paragraphe 4 de ce texte brouillon, rappelant que le Sahara occidental reste inscrit sur la liste des territoires coloniaux à décoloniser, et réaffirmant son attachement au référendum d’autodétermination sous supervision de l’ONU.
Ainsi, il est clair que les divisions sont palpables au sein de cette instance onusienne, à trois jours du vote de ce projet de résolution : d’un côté, trois membres permanents du Conseil, alors que de l’autre côté, il y a la Russie, mais aussi des pays africains, asiatiques ou latino-américains, membres non permanents.
Face à ces dérives aux graves conséquences, le Front Polisario, représentant légitime du peuple sahraoui, a annoncé qu’il boycotterait tout processus politique si le texte américain venait à être adopté.
Il a affirmé son rejet de « toute solution imposée ou contre la volonté du peuple sahraoui », dont le droit à l’autodétermination lui est reconnu par la communauté internationale et toutes les résolutions du Conseil de sécurité et de l’Assemblée générale des Nations unies.
Dans une lettre adressée au président du Conseil de sécurité des Nations unies, l’ambassadeur Vassily Nebenzia, représentant permanent de la Fédération de Russie auprès des Nations unies, le représentant sahraoui auprès des Nations unies et coordonnateur auprès de la Minurso, Dr Sidi Mohamed Omar, a souligné que le projet de résolution constitue un écart « très dangereux et sans précédent », non seulement par rapport aux principes du droit international reconnaissant le Sahara occidental en tant que question de décolonisation, mais aussi par rapport à la base sur laquelle le Conseil de sécurité s’est adressé au Sahara occidental.
Pour le Front Polisario, « toute approche qui établit un cadre préfixé pour les négociations ou prédétermine leur résultat, limite le libre exercice par le peuple sahraoui de son droit à l’autodétermination ou impose une solution contre sa volonté est tout à fait inacceptable ».
Enfin, le Polisario a lancé un appel urgent à toutes les parties prenantes à user de leurs efforts de manière constructive pour créer les conditions nécessaires aux deux parties, le Front Polisario et le Maroc, pour s’engager dans des négociations sérieuses et crédibles, sans conditions préalables et de bonne foi, sous les auspices de l’ONU, en vue de parvenir à une solution politique juste, durable et mutuellement acceptable, devant garantir l’autodétermination du peuple du Sahara occidental et la paix dans toute la région.