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Nationale

Royal trace la feuille de route: Les clés du dégel entre Alger et Paris

Royal trace la feuille de route: Les clés du dégel entre Alger et Paris

Il est sans doute trop tôt pour parler d’un vrai dégel dans les relations entre l’Algérie et la France. En dépit des déclarations et des intentions, la crise demeure perceptible bien que la tension ne soit plus aussi vive qu’il y a quelques mois.

Paris avance toujours l’argument de ses propres priorités françaises, alors que les points de discorde et des dossiers délicats demeurent toujours en suspens. Dernièrement, l’ambassadeur de France en Algérie, Stéphane Romatet, rappelé en avril 2025, a brisé le silence dans un entretien avec la radio publique française RFI. Il a notamment confirmé que « des canaux de communication ont été rétablis entre Paris et Alger » ces dernières semaines».

Il a toutefois mis en garde contre la stigmatisation de la population algérienne par la classe politique française de droite, estimant que les propos de certains dirigeants français sont de nature à jeter de l’huile sur le feu dans les relations déjà tendues entre Alger et Paris.

«Je crois qu’il faut être très attentif aux propos qui sont prononcés sur l’Algérie En faisant attention à ne pas stigmatiser une population», en réponse à la question de l’animateur sur le discours prôné par les dirigeant français de droite de Bruno Retailleau à Jean Bardella à l’endroit de l’Algérie.

«N’oublions pas que nous avons en France des millions de Français qui ont cette ascendance algérienne qui ont ce lien d’histoire de sang et de sol avec l’Algérie et qui ressentent dans leur chair cette mise en cause de leur pays », a-t-il affirmé, soutenant que «l’essentiel est d’avancer avec l’Algérie un pays avec lequel nous avons des intérêts fondamentaux », faisant état du souhait des dirigeants français, du président de la république et des ministre d’engager un réengagement avec l’Algérie pour dépasser la relation quasi rupture qui dure depuis 18 mois.

Néanmoins, M. Romatet estime que son pays a deux priorités, d’une « nécessité absolue et impérative » : la reprise de la coopération sécuritaire et antiterroriste et la coopération migratoire avec la réadmission des personnes sous OQTF (obligation de quitter le territoire français). D’ailleurs, ces exigences françaises sont ouvertement posées, notamment dans la perspective d’une visite attendue du ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, en Algérie.

Sur un autre plan, il pense qu’un éventuel apaisement dans les relations bilatérales est également suspendu par la détention du journaliste Christophe Gleizes, jugé et condamné par la justice algérienne dans une affaire liée au terrorisme.

Plus loin, il accuse Alger d’avoir utilisé dans cette crise avec la France « l’arme économique », en prenant des mesures de quasi-boycott économique à l’égard des entreprises françaises, conditionnant cela avec la prochaine renégociation de l’Accord d’association avec l’Union européenne.

Or, le diplomate français ne dit pas tout sur les autres points de discorde, et ne répond pas sur les priorités algériennes ou les exigences de l’Etat algérien, notamment sur l’épineux dossier de la mémoire, les crimes coloniaux, la restitution des biens culturels, mais surtout sur les archives concernant les essais nucléaires français.

C’est encore une voix française qui le lui rappelle. Une voix courageuse et résolument digne sur le plan politique et historique. Avant-hier, Ségolène Royal s’est exprimée, en tant que présidente de l’association France – Algérie (AFA), sur ces questions. Tranchante, elle a indiqué qu’elle « n’accepte pas le concept de rente mémorielle », concept utilisé par les courants de l’extrême droite et même par l’entourage du président Emmanuel Macron dans leurs critiques sur l’Etat algérien depuis le début de la crise. Ce concept « est une manière commode de délégitimer la parole des blessés de l’histoire », a-t-elle souligné dans son intervention à l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS) à Paris, qui a accueilli l’événement de l’Association France – Algérie (AFA) : « Demain, la France et l’Algérie ».

Pour l’ancienne candidate socialiste à l’Elysée, la clé de l’apaisement et du retour à la normale entre l’Algérie et la France, c’est la résolution du litige mémoriel. « La mémoire des violences coloniales, c’est un droit de reconnaissance de faits établis et documentés », a-t-elle dit, ajoutant que « certaines blessures » ainsi que les « crimes de la colonisation » française en Algérie « n’ont pas été nommés totalement, ni réparés, ni excusés. Eh bien, ils doivent l’être par la France, comme l’ont fait d’autres pays ».

C’est ainsi que Ségolène Royal a dévoilé publiquement son plan pour clore la crise entre les deux pays. Il ne se base ni sur des impératifs sécuritaires ni sur les alibis migratoires. C’est avant tout un gage de bonne volonté de la part de la France, un signe d’honnêteté politique, diplomatique et culturelle, et le début d’un processus vers l’apaisement et la reconstruction d’une relation féconde, engagée et respectueuse.

Ce plan repose sur trois points essentiels : le problème de mémoire, la restitution des objets appartenant à l’Algérie ainsi que les dépouilles des résistants algériens, et enfin la transmission des archives sur les essais nucléaires.

D’abord, la reconnaissance des crimes coloniaux par la France est un impératif. Pour elle, il faut reconnaître, réparer et s’excuser. Il faudrait d’abord « abattre les murs pour construire des passerelles de savoir et de respect par le dialogue, entre étudiants, entrepreneurs, chercheurs, artistes, créateurs et bien d’autres », a-t-elle indiqué, estimant que « c’est cette reconnaissance qui permettra la résilience complète et la libération vers la création, la projection vers des projets communs joyeux et enthousiasmants. La mémoire est un socle commun sur lequel on peut construire le « plus jamais ça ».

Ségolène Royal propose à Paris de restituer tous les biens culturels et toutes les archives, dérobés durant la colonisation, comme première réparation et première excuse. Elle a même évoqué l’exemple des objets, que l’Algérie réclame depuis longtemps, appartenant à un chef de la première résistance algérienne, l’Emir Abdelkader, notamment son sabre, son fusil, ses manuscrits et sa tente, aujourd’hui exposés dans un musée à Chantilly.

Le cas du canon Baba Merzoug, actuellement à Brest, est édifiant. Pourtant réclamé par les autorités algériennes depuis de longues années, la demande est restée sans suite. C’est le cas également du dossier des crânes et des dépouilles de résistants algériens que la France ne veut pas restituer.

Sur le dossier des essais nucléaires effectués dans le Sud algérien durant les années 1960, Ségolène Royal s’est dit favorable à la restitution des archives, ajoutant qu’il est nécessaire que « soient mises à jour toutes les conséquences, notamment les contaminations et les conditions de la dépollution de ce territoire ».



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