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Nationale

Robert Ford un faucon qui analyse l’Algérie

Robert Ford un faucon qui analyse l’Algérie

Les cinq années passées en Algérie n’ont, à l’évidence, pas servi à l’ancien ambassadeur américain Robert Stephen Ford, à percevoir avec acuité les réalités politiques algériennes. C’est ce qui ressort d’une tribune qu’il a signée sur les colonnes du confrère saoudien Alsharq Al awsat édité à Londres. La tribune est truffée de mises en garde s’agissant des voies que comptent emprunter les Algériens dans ce qu’il a qualifié de bras de fer entre l’armée et le hirak. Il estime d’abord qu’il serait hasardeux d’envisager des élections dans les plus brefs délais aux dépens d’une négociation sérieuse et profonde entre l’armée et le panel, qui aboutirait à une solution politique répondant aux revendications de la rue.

« L’Algérie est à la croisée des chemins mais on ne sait pas exactement quel chemin elle empruntera entre évolution et révolution violente », écrit le diplomate américain qui souligne que « le panel de dialogue, qui tente d’élaborer un plan d’élections acceptable pour le peuple algérien…se situe entre le marteau de l’armée et l’enclume du mouvement de protestation de rue (les Algériens l’appellent le hirak) ». Véritable faucon de l’establishment américain, Ford déconseille d’imposer une élection présidentielle sans satisfaire au préalable des conditions politiques qui vont garantir un dialogue « serein et inclusif ». Le recours à une élection qui balayerait les revendications de la rue équivaut à « un suicide politique » qui rappellerait l’échec de cette option en Irak occupé, imposée en 2004 alors par l’administrateur américain Paul Bremmer et l’ONU. C’est pourquoi il convoque un proverbe arabe qu’il décline sous forme d’un conseil à ceux qui plaident en Algérie pour l’organisation d’un scrutin présidentiel avant la fin de l’année : « La précipitation mène au regret, et la patience conduit à la paix », assène-t-il. Toutefois, l’ancien ambassadeur américain en Irak et en Syrie s’abstient de faire la moindre projection sur l’issue de la crise algérienne compte tenu du fait, selon lui, que le chef d’état-major de l’armée « Gaïd Salah rejette toute idée de faire des concessions » au profit du panel, à savoir les mesures d’apaisement qui sont la libération des détenus politiques, la levée des restrictions sur les marches à Alger et la libération du champ médiatique. Il souligne aussi que les deux partis, FLN et RND, qui soutiennent la démarche de Gaïd Salah « appartiennent à l’ancien régime, n’ont aucune crédibilité et ne disposent pas de bases populaires ». Il relève, dans la même veine, une discordance dans le discours entre Gaïd Salah et le chef de l’Etat Abdelkader Bensalah, arguant que ce dernier aurait accepté les préalables du panel tandis que le chef d’état-major de l’ANP les a rejetés fermement. Ford n’hésite pas à s’interroger si « Gaïd Salah va accepter de céder aux revendications du Hirak de sorte à donner plus de crédibilité à la commission du dialogue, qui pourrait jouer un rôle crucial ».

Poursuivant son analyse, Robert Ford a estimé qu’il « est important de noter que l’armée et le hirak ont des faiblesses ». Selon lui, « le hirak n’a pas de leader clair » et « le nombre de manifestants dans les rues tous les vendredis et mardis a diminué », ce qui accentuerait, dit-il, la frustration au sein du mouvement de protestation, qui n’a pas réussi à faire chuter le régime.

Réagissant à l’appel des manifestants pour une désobéissance civile, Ford a estimé que « l’adoption de cette stratégie intensifierait la confrontation entre l’armée et le hirak ». C’est une option qui ne peut trouver une large adhésion car « beaucoup d’Algériens se souviennent encore de la décennie noire des années 90 et n’ont donc pas encore trouvé d’accord au sein du hirak sur la désobéissance civile », a-t-il fait observer. Ford note que tous les « amis » de l’Algérie apprécient que les deux parties aient su jusque-là éviter

l’affrontement. Robert Ford est monté au créneau en arborant sa carte de « connaisseur » de l’Algérie. Or, il n’est pas exclu que sa tribune suscite l’effet contraire tant elle serait assimilée à une ingérence dans les affaires internes algériennes. Son rôle actif au côté de la rébellion syrienne a fait de lui un diplomate peu recommandable et agissant pour le compte d’une tendance belliqueuse au sein de l’administration américaine. En mettant l’armée et le panel au même niveau, Ford affiche sa méconnaissance du rôle du panel, qui est celui de facilitateur et non pas de négociateur. Quant à l’existence d’un désaccord entre Gaïd Salah et Bensalah, le diplomate américain tire des plans sur la comète. Bensalah n’a pas fait état d’un tel désaccord, encore moins la rue, qui considère le dernier n’est pas le véritable détenteur du pouvoir actuellement.

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