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Op-Ed

Risque de pourrissement

C’est une atmosphère des plus délétères à laquelle sont conviés les Algériens depuis les dernières 48 heures. La situation dans le pays prête à toutes les inquiétudes. Le dernier communiqué du ministère de la Défense sanctionnant une réunion inédite à laquelle a assisté le secrétaire général du ministère constitue un indicateur d’importance dans la perception sur ce qui se déroule au sommet des appareils de l’Etat.
C’est aussi un éclairage quant à la démarche envisagée par l’état-major de l’armée pour dépasser, selon sa vision, une des plus graves crises qui secoue le pays, consécutive à la décision du président Abdelaziz Bouteflika de briguer un cinquième mandat à la tête de la magistrature suprême. 

La mobilisation populaire depuis le 22 février a fait avorter l’ambition présidentielle, comme elle a balayé ensuite sa feuille de route, axée sur une transition ponctuée par une réforme et une présidentielle. Cette mobilisation a conduit à l’effritement des clans du pouvoir ou, du moins, donné lieu à une scission avérée entre la présidence et l’état-major de l’armée. La lutte à couteaux tirés au sommet de l’Etat est désormais perceptible. Le pouvoir, dans sa forme homogène, semble voler en éclats depuis la proposition du vice-ministre de la Défense et chef d’état-major de l’armée, Ahmed Gaïd Salah, de faire valoir l’article 102 de la Constitution pour contenter un desiderata populaire à l’évidence non négociable, celui du départ de ce qui est baptisé « le régime » incarné par le chef de l’Etat et toutes les personnalités ayant gravité autour de lui durant 20 ans.
Au-delà du rejet du 5e mandat et des propositions étatiques qui ont suivi, s’il y a bien une chose à inscrire au palmarès bien étoffé de la revendication populaire, c’est celle d’avoir réussi à briser la cohésion des clans au sommet. Les événements successifs qui se déroulent sous les yeux ahuris des Algériens depuis l’acte 6 de la protestation corroborent cet inquiétant constat.
La surprenante réunion du haut commandement de l’armée en présence du secrétaire général du MDN qui, dans les formes et au vu de sa fonction éminemment politique, a remplacé le ministre de la Défense, à savoir le chef de l’Etat.
Si les autres hauts galonnés se sont réunis en tant qu’opérationnels, la présence du secrétaire général confère à cette réunion un cachet politique. Ce qui donne à penser que le ministère de la Défense, qui est sous le commandement de Bouteflika, a endossé toutes les décisions prises ainsi que le communiqué rendu public. La couverture politique à cet acte est désormais assurée aux yeux de l’opinion publique et des partenaires internationaux, qui observent avec inquiétude la situation algérienne.
Mais la crainte de lendemains incertains ronge aussi bien la classe politique que l’opinion publique algérienne, qui demeure partagée sur l’appréciation de la démarche de l’ANP.
Beaucoup ne contestent pas le recours à l’article 102 pour peu que cette option ne soit pas conduite par le même personnel honni par la rue, tandis que d’autres y voient un raccourci pour assurer une longévité à ce même pouvoir.
Cependant, le silence dans lequel se sont murés la Présidence, le Conseil constitutionnel ainsi que les personnes agissant au nom du chef de l’Etat d’un côté, et la mobilisation populaire qui lessive totalement les détenteurs du pouvoir, met quelque peu l’ANP dans une position inconfortable.
La posture négatrice du clan présidentiel à l’endroit de la proposition de Gaïd Salah, qui a pris les formes d’une sévère mise en garde, pourrait ouvrir la voie à un pourrissement qui se déroulerait aux dépens des Algériens. Le clan présidentiel semble ne pas avoir de solution de rechange après l’échec de la feuille de route du 11 mars dernier, et l’armée ne semble pas non plus vouloir faire machine arrière.
Dans ce dangereux bras de fer, le peuple devient le seul arbitre.

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