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Nationale

Retour au bercail !

Retour au bercail !

De plus en plus d’Algériens installés à l’étranger ont décidé de rentrer au pays. Phénomène paradoxal par rapport à la harga, le retour des émigrés marque un tournant dans l’histoire de l’émigration depuis l’indépendance.

Sur fond de crise économique compliquée par des tensions identitaires qui traversent les pays d’accueil. Retour au bled chéri. Il suffit de prendre l’avion pour le constater. Sur les destinations concernant les mégapoles européennes où réside une communauté algérienne importante, le voyageur parti d’Algérie sera étonné par le nombre d’émigrés à bord en toutes périodes de l’année.

Entre deux rives

Pas seulement les retraités, qui se signalent une fois tous les six mois à l’administration pour éviter de perdre leurs droits. Désormais, flexibilité du temps de travail ou chômage chronique permettent aux plus jeunes de revenir ici en Algérie plus souvent. Razika nous l’explique, le panier plein de légumes frais qu’elle tient à ses pieds en salle d’embarquement.

« J’ai eu peur qu’ils me confisquent ces beaux poivrons et tous ces légumes que j’ai ramenés avec moi d’un marché de la banlieue d’Alger.
Mes enfants se sont habitués en France à se régaler de temps en temps d’un ragoût made in Algeria. Mon mari et moi venons pratiquement tous les deux mois au bled. On termine petit à petit notre maison. Une carcasse que l’on a acquise près de Baraki.

En attendant de rentrer définitivement » Razika n’a plus d’emploi depuis plusieurs années ; elle bénéficie du RSA, le revenu minimum pour survivre tandis que son mari, coffreur intérimaire, travaille en véritable intermittent du bâtiment.

« Nos mains et nos pieds en France, nos têtes sont en Algérie. On économise en profitant un peu du rapport favorable au change pour l’euro dans le but de finir notre maison. » Ils seraient des milliers à vivre entre les deux rives. La plupart n’est retenue que par la scolarité des enfants. 

Des gamins que l’on a pu rencontrer aussi à l’occasion de ces vacances d’hiver et qui affirment adorer rentrer au patelin des parents. Rayan, à peine âgé d’une douzaine d’années, se débrouille en algérien. Malgré l’accent du francophone, il nous déclare qu’il vivrait volontiers pour de bon à Alger, en racontant les sorties folles qu’il ne rate jamais avec ses cousins qui habitent la capitale.

« Je ne vois pas la différence entre Alger et le quartier de Toulouse où je vis. On s’amuse autant en Algérie et en plus, il n’y a pas de problème de racisme ni de violence. Dommage, les études sont en langue arabe, sinon je me serais inscrit au collège de mes cousins… » 

Et sa maman d’ajouter que son fils a remarqué « que les Algériens du bled sont plus cool (…) moins délinquants peut-être »… Elle dit souhaiter vivement pouvoir s’installer en Algérie.

« J’aurais aimé bénéficier de l’AADL ou d’un dispositif du genre. Pour l’instant on profite de l’appartement de mes parents disparus. On va finir par acheter un pied-à-terre ; on n’en peut plus de l’ghorba, ce n’est plus comme avant…

Pour un retour définitif

Fragilisés par la crise économique qui touche les pays d’immigration, les couches les plus modestes sont aussi les plus décidées à retourner au bercail.

« Il y a maintenant tout en Algérie, l’eau courante, l’internet, les vêtements et de la bonne bouffe… Pour le boulot, on a un savoir-faire et des idées qu’on peut partager avec les patrons d’ici ; il n’y a plus aucune raison pour nous de perdre notre vie dans l’exil. Surtout que beaucoup d’entre nous détiennent la carte de résidence de longue durée ou la double nationalité…

Tenter le retour définitif vaut la peine ! » L’Algérie a connu pareil exode inversé dans le milieu des années 1980, contrarié par le décalage de développement plus creusé qu’aujourd’hui avec les terres d’immigration. Espérons que la chute de la rente pétrolière et la crise annoncée en conséquence ne dissuaderont pas les nationaux de retrouver l’Algérie.

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