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Op-Ed

Retailleau, le pyromane en faillite 

Retailleau, le pyromane en faillite 
Bruno Retailleau.

Il est des acteurs politiques dont l’existence même sur l’échiquier ne se nourrit que du conflit, de la discorde et du ressentiment. Bruno Retailleau est de cette race de pyromanes. À chaque fois que l’axe Alger-Paris tente, tant bien que mal, de tracer les contours d’une relation apaisée, constructive et pragmatique, l’ancien ministre français de l’Intérieur surgit de sa réserve idéologique pour jeter des braises sur les braises, tout en remuant le tisonnier. Sa dernière sortie sur les réseaux sociaux, à la veille de la visite officielle du ministre de l’Intérieur Saïd Sayoud à Paris, n’est pas une simple réaction politique. C’est un acte de sabotage diplomatique prémédité.

En agitant de manière compulsive les chiffres des obligations de quitter le territoire français (OQTF) et en réclamant, pour la énième fois, l’abrogation de l’accord migratoire de 1968, Retailleau ne cherche pas à régler un problème. Il cherche à créer un incident pour se donner de la visibilité vu qu’il est d’une insignifiance dans les sondages. Sa focalisation obsessionnelle sur l’Algérie — tout en feignant d’ignorer que d’autres pays voisins affichent les mêmes indicateurs mais refusent, eux, toute coopération — trahit une névrose politique bien connue ; celle d’une frange de la droite française incurable de son passé colonial, incapable de concevoir l’Algérie autrement que comme un éternel exutoire à ses frustrations électorales.

Cette posture de matamore de la fermeté se heurte pourtant systématiquement au mur du droit et de la réalité du terrain, se traduisant souvent par de cuisants camouflets pour l’ancien ministre. Tout le monde a en mémoire l’humiliation mémorable subie par Retailleau dans l’affaire de l’influenceur algérien Mohamed Doualem. Alors que l’ex-locataire de Place Beauvau avait claironné sa volonté d’expulsion à grand renfort de communication politique, l’édifice s’est effondré comme un château de cartes. L’Algérie a opposé une fin de non-recevoir catégorique en refusant de délivrer le laissez-passer consulaire, tandis que la justice française elle-même désavouait le ministre en annulant purement et simplement l’ordre d’expulsion. Une double défaite, politique et juridique, qui démontre le vide abyssal d’une diplomatie du coup d’éclat endossée par Retailleau face à la rigueur des procédures et à la souveraineté des États.

Toutefois, ce comportement de récidiviste n’a qu’un but : parasiter l’agenda de Laurent Nuñez et dicter, par la pression médiatique, la marche à suivre à l’actuel exécutif français. Retailleau est pris de panique. Il redoute par-dessus tout le dialogue. Le récent déplacement à Alger de Gérald Darmanin, ainsi que la reprise des canaux officiels sur des dossiers vitaux comme la lutte antiterroriste, le narcotrafic ou la criminalité transfrontalière, agissent sur lui comme un puissant révélateur de sa propre impuissance. Alors, il s’agite, manipule les statistiques et tente de réduire une relation bilatérale complexe à une simple affaire de « petite cuillère », selon ses propres termes méprisants.

Ce que ce courant dogmatique, incarné par lui, refuse d’admettre, c’est que l’époque des injonctions unilatérales et de la condescendance d’état-major est définitivement révolue. Comme l’a fort justement rappelé Ségolène Royal, présidente de l’Association France-Algérie, on dialogue avec Alger comme on dialogue avec un État souverain, sans conditions préalables, sans diktats et avec le respect dû à un partenaire stratégique incontournable en Méditerranée et en Afrique.

En choisissant la posture du saboteur, Retailleau ne dessert pas seulement l’intérêt de la France, qui a cruellement besoin de partenaires stables pour sa propre sécurité ; il s’enferme dans une posture d’arrière-garde. La diplomatie sérieuse se construit dans le secret des cabinets, sur la base d’intérêts mutuels et d’un respect réciproque. Elle ne se décrète pas à coups de tweets incendiaires destinés à flatter les bas instincts d’un électorat en dérive. Il est grand temps que Paris tourne la page de ces pyromanes de salon et traite l’Algérie pour ce qu’elle est : un partenaire égal, souverain et incontournable. 



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