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Nationale

Rétablir un climat de confiance

Rétablir un climat de confiance

Quand le désormais ex-Premier ministre Abdelmadjid Tebboune pénétra hier matin au palais du Gouvernement, personne parmi son entourage ne s’attendait à son éviction.

Rentré presque précipitamment de son congé, Tebboune savait qu’il était sur la corde raide. Il ne pouvait pas continuer dans une atmosphère aussi délétère, marquée par des critiques médiatiques acerbes et un malaise au sein de la sphère économique.

Au centre d’une violente polémique et d’un débat des plus glissants, Tebboune avait peu de chances de présider les travaux de la prochaine tripartite du 23 septembre prévue à Ghardaïa, ni d’assister aux cérémonies officielles de la rentrée sociale ou scolaire.

Malgré tout, hier en milieu de matinée, personne ne pouvait imaginer encore que le gouvernement Tebboune allait devenir le plus court exécutif dans l’histoire politique du pays depuis l’indépendance.

Et puis, le limogeage tombe juste en début d’après-midi via un communiqué de la Présidence diffusé par un canal officiel. C’était prévisible et dans l’air.

Non seulement le sévère cadrage du président Bouteflika, à travers la fameuse instruction, la semaine dernière, aura été un signe palpable de désaveu, mais aussi les dernières mesures de dégel prises par le ministère du Commerce et par les banques ont été qualifiées comme un camouflet direct envers Tebboune.

En l’espace de quelques jours, les décisions de Tebboune étaient gommées, notamment sur le régime des licences d’importation et les autorisations d’importation.

Mais, pour les observateurs, toute cette affaire a commencé dans la soirée du 21 juin. Nous sommes en plein Ramadhan, à quelques jours de l’Aïd. Dans l’hémicycle de l’APN, Tebboune présente son plan d’action aux députés.

Il promet, entre autres, de séparer les forces de l’argent de la politique. C’est là qu’il lança sa fameuse boutade « l’Etat c’est l’État, et l’argent c’est l’argent ».

Quelques semaines plus tard, le gouvernement déclenche les hostilités. Tour à tour, il gèle certaines décisions de concessions (agricole et foncier industriel) prises par son prédécesseur Sellal. Il engage une course contre la montre pour changer le cahier de charges dans l’industrie automobile et met à mal les investisseurs dans ce secteur.

De plus, il lance rapidement des mesures fermes en suspendant l’importation de plusieurs produits alimentaires et industriels, et instruit les banques et les Douanes de rester fermes dans l’application de ses directives. Or, c’est l’incident protocolaire et apparemment presque anodin qui a été le déclencheur du malaise.

Lors d’une visite de travail à l’Ecole supérieure de la sécurité sociale, Tebboune prie le président du Forum des chefs d’entreprises, Ali Haddad, de quitter les lieux. Trois jours plus tard, c’est la crise ouverte.

Le patronat et l’UGTA se réunissent à l’hôtel Aurassi, dénoncent le « traitement réservé » au président du FCE et demandent l’arbitrage de Bouteflika.
Même la rencontre « technique » préparatoire de la tripartite entre Tebboune et ses partenaires sociaux n’y fit rien. Les hostilités étaient engagées.

L’épisode de l’enterrement de Réda Malek est resté dans les mémoires. Pour le locataire du Palais d’El Mouradia, il aurait été impossible dans le contexte actuel, marqué par la crise et l’austérité, de maintenir un chef de gouvernement « déstabilisateur » et à la démarche « conflictuelle » ou « hostile ».

Bouteflika a besoin, avant la rentrée sociale et les élections communales, d’instaurer une ambiance de sérénité et surtout de créer un consensus sur les questions les plus cruciales de la société algérienne.

Le dialogue économique et social qu’il veut lancer, un vaste chantier sur les transferts sociaux, a besoin beaucoup plus de partenaires que d’adversaires.

Le patronat, aussi bien le FCE que les autres organisations patronales, et la Centrale syndicale sont incontournables dans la recherche de cette stabilité. Tebboune ne l’aura pas compris à temps, ni saisi les véritables enjeux politiques.

Il menaçait ainsi les équilibres du pouvoir et a rompu le climat de confiance entre les principales entités qui le composent. Cela l’a conduit directement vers la porte de sortie.

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