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Report des élections en Libye: Echec des pressions occidentales

Report des élections en Libye: Echec des pressions occidentales

Les élections présidentielles en Libye sont compromises. L’espoir de voir ce pays meurtri par dix années de guerre civile alimentée par des parrains internationaux, suite à l’agression arabo-atlantiste de février 2011 contre la Jamahiriya, remonter la pente à la faveur du scrutin du 24 décembre s’est évaporé avec l’annonce  par le chef de la Haute Commission électorale de la dissolution des comités électoraux des bureaux de la Commission.

Ce mercredi , c’était au tour de la commission parlementaire de suivi des élections d’annoncer l’impossibilité de la tenue du scrutin. Est-ce l’échec du processus américano-onusien piloté par Stephany Williams, sujet à plusieurs questionnements sur la pertinence de la démarche? Le report de ces élections permettra-t-il de revenir à d’autres options, notamment russe et algérienne pour une sortie de crise inclusive et progressive ?

Après plusieurs jours de tergiversations, le couperet est tombé ce mercredi 22 décembre 2021. Le chef de la Haute Commission électorale, Imad al-Sayeh, a décidé de dissoudre les comités électoraux des bureaux de la commission, et a exigé un retour à la normale avant de mettre en œuvre les étapes du processus électoral, de dissoudre les comités électoraux dans les bureaux des administrations électorales, d’achever leurs travaux et de soumettre leurs rapports pour l’année 2021. Concrètement, cela veut dire que les conditions juridiques et politiques n’étaient pas réunies pour permettre aux Libyens d’élire leur président le 24 décembre.

La décision du chef de la Haute Commission électorale est venu mettre fin au suspense entre le Parlement, le Haut Comité présidentielle et la Commission électorale, qui se jetaient la balle pour annoncer l’impossibilité de la tenue du scrutin et donc de son report de quelques semaines ou de quelques mois.

Ce qui a accéléré la prise de cette décision c’est l’escalade de la violence à Tripoli, la capitale, et la démonstration de force de plusieurs milices qui ont menacé de faire échouer les présidentielles. Chaque milice obéissant à un parrain étranger ayant des intérêts en territoire libyen.

Seif El Islam Kadhafi, une candidature qui dérange

D’ailleurs, les résolutions maintes fois adoptées sur la nécessité du départ de Libye des milices et le contrôle des armes, n’ont jamais été respectés. Cette contrainte majeure faut le jeu des acteurs étrangers qui manipulent plus que jamais leurs marionnettes locales pour garantir leurs intérêts. Présents à toutes les rencontres sur la Libye, les Turcs sont toujours sur place. Idem pour les Egyptiens qui se repositionnent à chaque fois, au gré des rapports de force internes et régionaux.

Et pour confirmer cette interaction entre l’intérieur et l’extérieur, la réunion tenue mardi à Benghazi, dans l’Est du pays. En effet, sept candidats et pas des moindres, se sont réunis pour discuter le report de l’élection. Le maréchal autoproclamé, Khalifa Haftar, proche de l’Egypte et des Emirats arabes unis, l’ancien ministre de l’Intérieur Fethi Bachagha, proche de la Turquie, et l’ancien membre du Conseil présidentiel, Ahmed Mitigue, entre autres, ont convenu de faire prévaloir l’option de la réconciliation nationale inclusive sur toute autre considération. Au nom de «l’intérêt national», ces candidats ont convenu «de poursuivre la coordination et les contacts dans le cadre de cette initiative patriotique, en veillant à l’élargir afin qu’elle englobe tous (…)», a déclaré Fethi Bachagha lors d’une conférence de presse.

Un consensus international sur la nécessité du report de l’élection ? Le tête-à-tête Sissi-Al-Manfi au Caire entre dans ce cadre. L’Egypte semble vouloir se positionner dans le dossier libyen comme garant du bon déroulement du processus électoral. Mais lorsqu’on sait que Sissi soutient à bras le corps Khalifa Haftar, la question de l’impartialité du Caire se pose avec sérieux.

La visions biaisée de Washington
Le consensus sur le report de la présidentielle libyenne répondrait donc à des impératifs politico-juridiques mais surtout au climat d’insécurité notamment à Tripoli. Si les acteurs politiques se mettent d’accord, s’est surtout pour barrer la route à Seïf El-Islam Kadhafi. Le fils de l’ancien Guide de la Jamahiriya, disqualifié d’abord, repêché ensuite à l’instar de Haftar et du Premier ministre Abdelhamid Dbeïba, fédère les politiques et leurs parrains contre lui. Tout est fait pour l’empêcher de se présenter et de rafler la victoire, tant il draine le soutien des tribus et du peuple nostalgique de la paix et la stabilité, synonyme désormais de l’ère Kadhafi.

Reste que l’écueil principal se trouve être l’échec patent de l’approche onusienne arc-boutée sur la perception américaine, biaisée dès le départ.
Pour Washington, il fallait avec l’administration de Joe Biden, terminer ce qu’avait commencé l’administration Obama en 2011, soit la destruction et le pillage de la Libye. La dernière réunion de Paris qui a repris le postulat de Skhirat, tendancieux et non inclusif, a confirmé le détournement de la question libyenne et la distance prise avec le processus de Berlin I et II et surtout la réunion d’Alger, l’Eté dernier.

Stephany Williams tente désormais de sauver ce qui l’être en scindant le processus de transition en trois volets : le sécuritaire, le politique et l’économique. Si le premier volet échappe complétement à ses initiateurs car dépendant de la volonté de puissances tiers, les deuxième et troisième restent discutables mais risquent de se compliquer au vu de l’évolution des rapports de forces sur le terrain.
Il n’en demeure pas moins que l’échec du processus politique est consommé.

Les Libyens se résigneront à continuer à vivre dans l’insécurité et sans institutions élues pendant de longs mois. Aguila Saleh est revenu à la tête du Parlement de Tobrouk, de même que Abdelhamid Dbeïba à la tête de l’exécutif à Tripoli. L’Algérie aura certainement à jouer un rôle important à l’avenir pour remettre le processus politique sur rail. En attentant, la Libye et seule la Libye et les Libyens continueront à payer le prix d’un Grand Jeu qui les dépasse.

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