-- -- -- / -- -- --


Nationale Algérie-France

Relations Algérie – France en 2025 : Une rupture de confiance difficile à colmater  

Relations Algérie – France en 2025  :  Une rupture de confiance difficile à colmater   

L’année 2025 s’impose comme l’une des complexes dans les relations entre l’Algérie et la France depuis l’Independence. La rupture de confiance entre les deux pays semble difficile à colmater tant à Paris la question de l’immigration est à la tête des priorités alors qu’Alger revendique en un partenariat qui met sur la table une panoplie de dossiers dont celui de la mémoire et les accords bilatéraux. 

Dès les premières semaines de l’année 2025, le climat se dégrade nettement. En France, la montée en puissance de discours de droite radicale et d’extrême droite fait de l’Algérie une cible privilégiée dans le débat public. Dans un contexte de précampagne présidentielle, l’Algérie est présentée comme responsable de dysfonctionnements internes français, qu’il s’agisse de l’immigration, de l’insécurité ou des finances publiques. 

C’est dans ce cadre que surgit la polémique des prétendues « factures impayées » pour les soins hospitaliers de ressortissants algériens en France. Les chiffres avancés sont pourtant rapidement démentis par les autorités françaises elles-mêmes, qui reconnaissent que l’essentiel des montants a été réglé et que les sommes restantes sont marginales. L’Algérie rappelle, documents à l’appui, avoir transféré plus de cent millions d’euros aux hôpitaux français sur la période récente, tout en soulignant que des patients non algériens ont parfois été inclus à tort dans les créances réclamées. Malgré ces faits établis, la polémique persiste, révélant une volonté politique de nourrir un climat de suspicion et de stigmatisation.

 Face à cette dérive, le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, prend la parole au début du mois de février. Il dresse un constat sans concession d’« un climat délétère » et alerte sur le risque d’une rupture durable si la France persiste dans cette trajectoire. Il souligne que si les échanges économiques se poursuivent, le dialogue politique, lui, est quasiment interrompu. Surtout, il renvoie explicitement la responsabilité à l’Exécutif français, rappelant que la France est une République présidentielle et que seule une volonté claire d’Emmanuel Macron peut permettre une reprise sincère des relations. Ce message, ferme mais mesuré, révèle que l’Algérie ne se contentera plus de gérer les crises à la marge.

 La situation s’aggrave à la fin du mois de février lorsque la France impose unilatéralement des restrictions de visas aux détenteurs de passeports diplomatiques algériens, en violation directe de l’accord bilatéral de 2013. Cette décision, prise sans notification officielle, est vécue à Alger comme une rupture des usages diplomatiques et un acte de défiance assumé. L’Algérie exprime sa surprise, puis sa colère, et avertit que toute atteinte à ses intérêts entraînera des mesures de réciprocité strictes et immédiates. Cette séquence marque la fin d’une longue période de tolérance algérienne face aux décisions unilatérales françaises.

 Dérive judiciaire de Paris

 Au mois de mars, les tensions se déplacent vers le dossier migratoire. La France multiplie les pressions pour obtenir l’expulsion accélérée de ressortissants algériens, allant jusqu’à brandir des menaces et des ultimatums. L’Algérie oppose un refus catégorique à cette logique provocatrice, rappelant que toute procédure doit respecter les accords bilatéraux existants, notamment la convention consulaire de 1974 et le protocole de 1994.

Alger affirme sa souveraineté juridique et rejette toute tentative de passage en force. Dans le même temps, la justice française rejette une nouvelle fois la demande d’extradition de Abdeslam Bouchouareb, ancien ministre condamné pour corruption. Cette décision alimente un profond ressentiment à Alger, qui y voit un manque de coopération judiciaire flagrant, contrastant avec l’attitude plus constructive d’autres partenaires internationaux.

 Le mois d’avril débute sous le signe d’un fragile espoir de désescalade. Un échange téléphonique entre les présidents Tebboune et Macron ouvre la voie à une visite du ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, à Alger. Mais cet embryon de dialogue est brutalement interrompu le 12 avril par l’arrestation, en pleine rue à Paris, d’un agent consulaire algérien. Les autorités algériennes dénoncent immédiatement une violation grave des immunités diplomatiques garanties par la Convention de Vienne, ainsi que des motifs judiciaires jugés fragiles et inconsistants. L’affaire provoque une onde de choc diplomatique, d’autant plus qu’elle survient dans un contexte de tentative de réchauffement.

 La réponse algérienne ne se fait pas attendre. En mai, Alger expulse plusieurs agents consulaires français et rappelle son ambassadeur. Elle attribue cette crise à une instrumentalisation politique orchestrée par le ministère français de l’Intérieur, accusé de vouloir saboter toute relance du dialogue bilatéral. La France annonce des mesures de rétorsion, convoque le chargé d’affaires algérien et parle de réponse ferme. Dans le même temps, l’Algérie dénonce l’affectation irrégulière de diplomates français sur son territoire, certains disposant de passeports diplomatiques obtenus dans des conditions contestables. La crise atteint alors un niveau inédit depuis des décennies.

 L’été de tous les blocages

 A partir de juin et juillet, l’escalade s’installe. L’Algérie annule officiellement l’accord de 2013 sur l’exemption de visas diplomatiques, confirmant que les ressortissants français concernés devront désormais obtenir des visas. La tension monte encore lorsqu’il est révélé que les agents algériens en France se voient entraver l’accès aux zones réservées des aéroports pour la prise en charge des valises diplomatiques, en violation manifeste de la Convention de Vienne. Alger applique immédiatement la réciprocité et annonce qu’elle se réserve le droit de saisir les instances internationales, y compris les Nations unies.

 Par ailleurs, l’été 2025 est marqué par des conséquences concrètes pour les populations. En août, l’ambassade de France en Algérie réduit drastiquement ses effectifs consulaires, provoquant des retards massifs dans le traitement des visas. Etudiants, familles, chercheurs et entrepreneurs des deux pays se retrouvent pris en otage d’une crise politique qu’ils ne contrôlent pas. Alger dénonce une politique discriminatoire et rappelle que les mesures françaises violent l’esprit et la lettre des accords bilatéraux, notamment celui de 1968.

 Un tournant s’amorce à l’automne avec le départ de Bruno Retailleau du ministère français de l’Intérieur. Son successeur, Laurent Nuñez, adopte un ton plus apaisé et envoie plusieurs signaux positifs, notamment sur les dossiers consulaires et étudiants. En octobre, Emmanuel Macron reconnaît publiquement la nécessité de corriger la relation et dénonce l’instrumentalisation de la question algérienne à des fins de politique intérieure.

 En novembre, la visite à Alger de la secrétaire générale du Quai d’Orsay, Anne-Marie Descôtes, marque une reprise progressive du dialogue. L’Algérie insiste pour que cette relance soit globale, équilibrée et respectueuse, et non réduite aux seules questions migratoires ou sécuritaires.

 Mais c’est en décembre que survient l’acte politique le plus marquant de l’année. Le 24 décembre 2025, l’Assemblée populaire nationale algérienne adopte une loi criminalisant la colonisation française, la qualifiant de crime d’Etat imprescriptible. Le texte réclame excuses officielles, réparations, restitution des archives, des biens culturels et des restes de résistants, ainsi que la reconnaissance des dommages causés par les essais nucléaires. Paris réagit négativement, estimant que cette démarche compromet le dialogue, tandis qu’Alger assume un acte de justice mémorielle attendu depuis des décennies.

 Ainsi s’achève l’année 2025, non par une réconciliation, mais par une clarification. L’Algérie n’a pas cherché la rupture, mais elle a refusé la soumission. Elle n’a pas fermé le dialogue, mais elle a exigé le respect. Cette année restera comme celle où l’Algérie a définitivement mis fin aux ambiguïtés postcoloniales et affirmé, sans détour, que la relation avec la France ne peut désormais se construire que sur l’égalité souveraine, la vérité historique et la réciprocité.



Veuillez activer JavaScript dans votre navigateur pour remplir ce formulaire.

Cet article vous-a-t-il été utile?

Cet article vous-a-t-il été utile?
Nous sommes désolés. Qu’est-ce qui vous a déplu dans cet article ?
Indiquez ici ce qui pourrait nous aider a à améliorer cet article.
Email
Mot de passe
Prénom
Nom
Email
Mot de passe
Réinitialisez
Email