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Culture

Réhabiliter la Casbah à travers les espaces de vie

Réhabiliter la Casbah à travers les espaces de vie

Pour montrer l’importance que les autorités et les citoyens accordent à la préservation et à la sauvegarde de ce patrimoine ancestral qu’est la Casbah, une journée nationale lui a été dédiée, le 23 février de chaque année.

Cette mesure salutaire a été instituée afin de bien mettre en lumière la détermination et la ferme volonté de concrétiser jusqu’à son terme le gigantesque projet de la réhabilitation entière de cette cité millénaire. Ce projet, pour diverses raisons, traîne malheureusement en longueur mais l’espoir reste permis de le voir un jour complètement réalisé.

C’est que la Casbah d’Alger est chère dans le cœur des Algériens et cela en tous points de vue : historique, culturel, social, civilisationnel, identitaire, sentimental…
Sur le plan justement de l’histoire récente de l’Algérie, la Casbah d’Alger n’a-t-elle pas été le centre névralgique du combat de la guerre de libération nationale ? Sa position de première importance a été telle que dans la division territoriale tracée par les stratèges de la Révolution, la Casbah a été déclarée Zone autonome. Dans ses lieux, les moudjahidine trouvaient un refuge sûr pour les caches d’armes et avec de grandes possibilités de repli dans les ratissages de l’ennemi. Ses maisons collées l’une à l’autre permettaient de se rendre invisible. Malheureusement, les forces coloniales, ayant jugé son implication totale dans la lutte de libération nationale, lui ont déclaré une guerre sans merci. Cela a commencé en janvier 1956 avec l’éventration de tous les commerces ayant respecté la grève de huit jours, une page de résistance lancée par le FLN. 

Le berceau du “petit Omar”
Le coup le plus dur a été donné à la Casbah durant la bataille d’Alger où moururent en héros le petit Omar, précieux éclaireur chargé d’innocence guidant les moudjahidine dans les dédales de la Casbah, Ali la Pointe, patriote inconditionnel pour la cause nationale, et Hassiba Ben Bouali, une beauté aux yeux verts, aux cheveux d’or, au sourire angélique, âgée à peine de 18 ans.
Avec Hadj M’hamed El Anka, la Casbah berceau du chaâbi 
L’histoire plus ancienne de la Casbah remonte, à sa prise au début de juillet 1830 par l’invasion française. Ce fut une des périodes les plus sombres de la vie de la Casbah et du destin de l’Algérie entière. Si cette armée ennemie avait attaqué par la mer, ses troupes auraient été décimées totalement avec la puissante artillerie où la Casbah possédait un des plus redoutables canons au monde.

Les envahisseurs étaient exécrables. Ils ont pillé les habitants. De Bourmant, leur commandant, a fait main basse sur le Trésor et en gardant une grande part pour lui, il a distribué à ses soldats les tonnes de pièces et d’argent qui étaient dans les coffres. C’était le deuxième mal que la France a fait à cette époque à la Casbah, le premier étant le non-remboursement de la dette du blé acheté par le gouvernement français, qui a coûté tant de sueur et d’épuisement aux fellahs algériens.

En battant cette cité millénaire aussi lâchement, le Saint patron de la Casbah, Sidi Abderahmane, a jeté la malédiction sur ce pays en lui prédisant la défaite dans toutes les batailles qu’il aura à mener dans le futur. Ce sort a été exaucé puisque la France, jusqu’à aujourd’hui en 2020, n’a remporté aucune victoire militaire dans le monde. Battue puis occupée par l’Allemagne durant la Seconde Guerre mondiale, elle perdu le Vietnam dans les années cinquante puis l’Algérie en 1962.
La Casbah a eu ainsi sur le plan historique des hauts et des bas, mais au niveau du patrimoine civilisationnel et culturel, son héritage est vivant plus que jamais et c’est cette âme que les Algériens voudraient conserver pour toujours. Ce patrimoine culturel est immense. On en parlait même à travers le monde.

Le Chaâbi la tonalité de la Casbah
Ainsi en 1823, l’épouse du consul américain installée dans la Casbah racontait avec admiration ce qu’elle a vu et vécu au cours d’une fête organisée par les femmes d’Alger et où elle a été amicalement invitée.
Elle décrit « les femmes très élégantes avec des tenues au tissu fin et magnifiquement brodées dansaient sur un rythme lent agitant avec grâce des m’harems, sorte de foulards blancs.
Sur des tables basses se trouvaient dans des plateaux d’argent et spécialités maison, des gâteaux au miel et aux amandes d’une grande variété ». N’est ce pas là une description juste des traditions ancestrales de nos fêtes familiales sur une musique andalouse ?
Ce sont ces traditions que l’on veut préserver, en particulier dans le domaine musical. Le chaabi en tête.

La Casbah a été et restera le royaume de ce genre musical typiquement algérien. Sa musique et ses rythmes sont uniques au monde. Les noms illustres de Hadj M’rizek et de Hadj M’hamed El Anka, ses créateurs sont à jamais les fils adorés de la Casbah pour avoir si majestueusement embelli artistiquement cette cité millénaire.

L’architecture de la Casbah, un modèle d’urbanisme intégré
D’autre part, l’architecture de la Casbah constitue un modèle d’urbanisme extraordinaire témoignant du génie de ses habitants. Avec des moyens uniquement locaux, des habitations ont été édifiées dans le respect des règles de construction, de l’environnement et des traditions.

Dans la Casbah, on n’a pas besoin de chauffer en hiver ou de climatisation l’été. Un système ingénieux naturel permet la régulation de la température. De plus, avec des passages et des rues uniquement pour les piétons, la pollution de l’air est inconnue. Les maisons collées étroitement les unes aux autres deviennent un solide rempart contre les tremblements de terre. Ainsi, les maisons de la Casbah ont duré des siècles. Voilà le modèle de construction qui doit inspirer nos architectes dans l’édification des milliers de logements en cours. 
C’est pourquoi il est impératif de réhabiliter ce site hautement historique et mémoire éternelle de notre peuple.
Voilà des décennies que les travaux ont commencé.
Ce projet tenait à cœur à l’ancienne ministre de la Culture, Khalida Toumi, qui s’était impliquée personnellement et avait installé une commission spéciale de suivi. Grâce aux efforts de la commission, un vaste quartier de la Citadelle, autrefois haut lieu du pouvoir et site névralgique, a été bien restauré et cela avec des matériaux locaux et des compétences nationales.
C’est le cas dans la Basse Casbah du palais Hassen-Pacha. Il est devenu le Musée national de la miniature, de l’enluminure et de la calligraphie. C’est un lieu qui abrite de régulières manifestations culturelles.

On voudrait voir ainsi toute la Casbah vivante et animée. Il ne sufit pas seulement de restaurer mais de recréer surtout des espaces de vie. La Casbah doit être le miroir de notre tourisme culturel. Nos artisans ne demandent qu’à investir les lieux. Nombreux parmi eux n’ont pas de locaux. Pour commercer leurs produits ils sont à la merci des APC qui leur installent des tentes à titre provisoire sur les places publiques.

De plus l’animation de la Casbah doit être permanente et régulière avec des expositions d’œuvres d’art, des concerts, des rencontres culturelles, des journées d’étude, des conférences, des veillées religieuses et artistiques durant le mois de Ramadhan, et cela au même titre que le Bastion 23, Palais des Raïs, ce morceau de la Casbah admirablement restauré et qui, tout le long de l’année, dispense un très riche programme culturel 
 

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