Régularisation des sans-papiers en Espagne: Une « bouée de sauvetage » pour de nombreux algériens
Le gouvernement espagnol a annoncé la régularisation de plus de 500 000 migrants en situation irrégulière dont des algériens une mesure d’une ampleur exceptionnelle destinée à transformer en profondeur le paysage migratoire du pays.
Bien qu’ils ne sont pas aussi nombreux que les marocains ou les pakistanais, les ressortissants algériens en situation irrégulière ou en attente de régularisation vont eux aussi bénéficier de cette mesure salutaire.
Nombre d’entre eux ont déjà pris attache avec l’ambassade et les consulats afin de retirer le casier judiciaire, une pièce capitale pour l’obtention de la carte de séjour, le sésame vers la régularisation définitive. D’autres s’attèlent d’abord à renouveler leurs passeports pour obtenir leurs casiers judiciaires d’Algérie ensuite le traduire vers l’espagnol, nécessaire pour enclencher le processus de régularisation.
« Il est plus rapide d’obtenir un casier judiciaire d’Algérie que d’Espagne », a affirmé Rachid, 34 ans résidant à Toledo qui dépend de la province de Madrid, soulignant que les représentations diplomatiques algériennes font preuve d’assistance et d’orientation pour les algériens concernés.
« J’ai contacté notre consulat à Madrid qui m’a fixé un rendez-vous pour mars pour me délivrer une procuration qui me permettra de lancer la procédure d’obtention des pièces administratives algériennes ensuite enclenché la procédure de régularisation avec les services espagnols », a-t-il précisé.
Rencontré à Alicante, Hossam, 29 ans, originaire de Mohammedia dans l’ouest algérien, a affirmé au Jeune Indépendant qu’il est installé en Espagne depuis deux ans et qu’il s’adonne à des petits emplois éphémères car il n’a pas le permis de travail. « Hamdoullah (dieu merci) cette mesure est une bouée de sauvetage qui va m’extraire de ma précarité », a-t-il dit assurant, qu’il n’a jamais eu d’ennuis avec la justice.
« Ce qui est important est que pour notre Algérie on donne l’image de citoyen sans histoire et ayant l’envie de rentrer au pays ou ayant le droit de participer aux élections pour aider notre pays », a-t-il poursuivi.
Nassima, étudiante en marketing qui est arrivée à Barcelone, en provenance de Batna, il y a neuf mois se dit chanceuse que cette mesure a été promulguée afin de faciliter l’insertion en toute légalité des étudiants qui veulent s’assurer de leur avenir.
« Les étudiants algériens sont certainement orientés par des avocats pour l’obtention des cartes de séjour mais très souvent les procédures sont lentes, couteuses voire incertaines », a-t-elle fait remarquer.
« Le plus important n’est pas d’obtenir la carte de séjour ou le permis de travail mais de trouver un emploi décent », a affirmé Rahim, directeur d’un bureau de conseils à Valence qui assure le suivi des demandes de régularisation des ressortissants algériens.
Or, ce ne sont pas tous les ressortissants algériens en quête de régularisation qui peuvent se permettre de recourir à des bureaux d’avocats ou de conseils. «Ceux qui sont en situation irrégulière et ne sont pas diplômés ou n’ont pas des métiers recherchés en Espagne auront du mal à s’en sortir sinon opter souvent pour des métiers précaires dans l’agriculture », a-t-il souligné, ajoutant que certains, désespérés, n’hésitent pas à faire chemin du retour en Algérie.
Selon lui, cette mesure néanmoins sera bénéfique non seulement pour les migrants dont les algériens mais pour toute la société espagnole, car elle permettra à des milliers de personnes de travailler légalement, de payer des impôts afin de renflouer le système de retraites dans un pays où le taux de natalité demeure faible.
Si le nombre ressortissants algériens établis de manière légale en Espagne a atteint quelque 75000, on ignore le nombre total d’algériens en situation irrégulière en Espagne mais de nombreux immigrants algériens ont rejoint de manière clandestine les côtes espagnoles et sont retenus dans les centres de rétention. Les arrivées des algériens sur les côtes espagnols de juin à décembre 2025 sont estimées à 4094 dont de nombreux femmes, mineurs et enfants, a fait savoir le ministère espagnol de l’intérieur fin décembre.
Le décret royal, dont l’approbation est attendue par le Conseil des ministres, prévoit l’octroi d’un permis de résidence provisoire d’un an, renouvelable selon les conditions habituelles. Les bénéficiaires obtiendront immédiatement une autorisation de travail, l’accès au système de santé public ainsi que l’inscription à la sécurité sociale. Les procédures d’expulsion administrative en cours seront suspendues pour les personnes éligibles.
Pour pouvoir prétendre à cette régularisation, les ressortissants étrangers devront démontrer qu’ils résident de façon ininterrompue depuis au moins le cinq derniers mois en Espagne soit avant le 31 décembre 2025 et ne pas avoir commis une infraction judiciaire.
Les demandes de régularisation débuteront en avril prochain et la période de dépôt des dossiers s’étendra jusqu’à la fin du mois de juin.
La condition de résidence dans le pays peut être prouvée à l’aide de documents tels que le registre électoral, les rapports de rendez-vous médicaux, les certificats d’aide sociale ou des documents tels qu’un contrat de location, des justificatifs d’envoi d’argent ou des titres de transport, a appris le Jeune Indépendant auprès des sources au sein du parti Podemos.
Au moment du dépôt de la demande, les procédures de retour ou les ordonnances d’expulsion pour des raisons administratives ou pour travail sans permis qui pèsent sur le demandeur seront suspendues, et lorsque la demande sera acceptée, une autorisation de séjour provisoire sera accordée, permettant de travailler légalement et d’accéder à d’autres droits fondamentaux, tels que les soins de santé.
Si la décision est favorable, une autorisation de séjour d’un an sera accordée, à l’issue de laquelle une autorisation ordinaire pourra être demandée conformément à la réglementation sur les étrangers, selon les mêmes sources.
La décision de régularisation prise par le gouvernement soutenue par les partis Podemos et Sumar ainsi que les groupes de gauche, st motivée par la nécessité de résorber une population clandestine estimée à près de 840 000 personnes, de lutter contre l’exploitation du travail informel et d’élargir l’assiette fiscale. Les autorités rappellent également le précédent de 2005, lorsque près de 580 000 permis de séjour avaient été délivrés, entraînant une hausse de l’emploi formel et une contribution notable au produit intérieur brut.
Pedro Sánchez a maintes fois insisté sur le rôle crucial de l’immigration pour combler les pénuries de main-d’œuvre notamment dans le nord du pays et atténuer les effets du vieillissement démographique, lequel exerce une pression croissante sur le système des retraites et l’Etat providence. Dans un contexte européen marqué par une montée des discours hostiles aux migrants, cette orientation espagnole apparaît comme une exception notable parmi les grandes économies de l’Union européenne.
Sur le plan économique, cette régularisation est perçue comme un levier stratégique. L’Espagne enregistre une croissance proche de 3 % et son taux de chômage est passé sous la barre des 10 % pour la première fois depuis 2008. Les secteurs de l’hôtellerie, de la logistique et des soins aux personnes âgées demeurent en quête de main-d’œuvre, et cette nouvelle main-d’œuvre légalement employable pourrait contribuer à consolider la dynamique économique nationale.