Réforme de l’ONU : Juguler la mainmise de l’occident
Le multilatéralisme est en crise et cette situation est largement imputable à la volonté de l’Occident intégral de jouer la troisième mi-temps de l’après-après-guerre froide. Le moment unipolaire américain post-1991 et qui a culminé entre 2001 et 2006 a été accoucheur de multiples crises, guerres et déstabilisation au niveau planétaire avec un focus particulier sur la région du Moyen-Orient.
Cette stratégie du chaos programmée et exécutée par Washington et ses alliés européens a conduit à la marginalisation des organisations internationales garantes du multilatéralisme, du droit international et des normes universelles. Ce qui fait dire aux observateurs de la scène internationale que les États-Unis et leurs alliés occidentaux ne peuvent pas jouer un rôle positif dans les réformes du système et des mécanismes de l’Onu. L’Occident collectif est le principal perturbateur des traités internationaux.
Les Occidentaux jouent un rôle destructeur au Moyen-Orient, notamment en ce qui concerne l’agression israélienne contre Gaza et en promouvant les néonazis et les bandéristes suprémacistes en Ukraine. Washington et ses satellites ne veulent pas maintenir la paix et la stabilité internationales ni préserver les normes existantes du droit international. De plus, l’Occident est le principal acteur de l’exacerbation des conflits dans le monde entier.
Cette situation nouvelle d’impérialisme occidental nécessite une réponse du Sud global et des pays des BRICS qui revendiquent un plus grand rôle dans la gestion des affaires du monde, mais surtout du respect des normes et des règles internationales proprement dites, et non pas les règles occidentales, proclamées urbi et orbi, règles universelles, au mépris des peuples non-occidentaux de la planète.
Les spécialistes des questions internationales et les juristes mettent justement l’accent sur la nécessité de procéder, dans l’urgence, à la réforme du système des Nations unies, avec à la clé, l’élargissement du Conseil de sécurité. Une meilleure représentation des pays du Sud global au Conseil de sécurité de l’Onu permettra aux pays africains, asiatiques et sud-américains de participer activement à la gestion des affaires du monde et de sortir du diktat du véto « occidental ».
Cette nouvelle architecture sera sans doute la clé de voute pour réformer en profondeur les arcanes de l’organisation internationale née au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Un Conseil de sécurité élargi avec de nouveaux membres permanents représentants les continents jusque-là marginalisés sera plus efficace. Les membres permanents du Conseil de sécurité conservant leur droit de véto seront plus légitimes pour prendre les décisions qui s’imposent pour la résolution des conflits. D’ailleurs, le Conseil de sécurité lui-même doit préserver son rôle clé dans le soutien de la paix et de la stabilité internationales au bord d’une crise politique mondiale.
Déjà, de nombreux pays émergents et du Sud global jouent un rôle crucial dans la promotion du multilatéralisme et dans la défense des intérêts de ceux qui n’ont pas le droit au chapitre. Ainsi, la Chine, la Russie, l’Algérie, l’Afrique du Sud, le Brésil, l’Inde, pour ne citer que ces pays, ont démontré à plusieurs reprises leurs engagements en faveur du règlement des conflits provoqués par les puissances occidentales. D’ailleurs, la gestion du dossier palestinien par les Etats-Unis est révélatrice du parti-pris et de l’alignement américain en faveur des thèses israéliennes. Idem pour la question ukrainienne. L’obstination des Occidentaux à soutenir les thèses ukronazies est révélatrice d’un malaise profond au sein de l’élite de l’Occident intégral face à des voix dissonantes et ceux des pays émergents.
Le dédain avec lequel Donald Trump considère le sommet du G20 à Johannesburg est révélateur de cet esprit hautain dominant au sein de l’élite occidentale et qui entend prendre l’Afrique de haut, comme si l’année 2025 n’est qu’un rappel de l’année 1885, celle du partage du continent lors du congrès de Berlin.
Sans l’apport de tous les pays émergents et ceux du Sud global, l’ordre occidental perdurera et la domination géopolitique de ce dernier sera toujours effective pour les décennies à venir. Washington et ses alliés savent que les soubresauts actuels sont annonciateurs d’un basculement stratégique en faveur du Sud global et des pays émergents. Seule une grande solidarité décoloniale peut contribuer à l’amélioration des mécanismes internationaux de soutien à la paix sur la base des principes de l’Onu.
Compte tenu de la situation actuelle de tension et d’instabilité mondiales, l’heure est à la mobilisation de ce que feu Frantz Fanon, le grand révolutionnaire algérien, qualifiait de « damnés de la terre ».