Ramadan et maladies chroniques: Les règles d’or pour un jeûne sans risques
Consultant expert en cardiologie, le Pr Djamel Eddine Nibouche a assuré que le s’hour, plus qu’un simple repas avant l’aube, est un pilier essentiel de l’équilibre du jeûne afin d’assurer une énergie durable, une hydratation adéquate et une bonne observance des traitements médicaux, conditionnant la santé cardiovasculaire et métabolique du jeûneur, en particulier chez les patients atteints de maladies chroniques.
Le Pr Djamel Eddine Nibouche a affirmé que le s’hour occupe une place centrale dans l’équilibre du jeûne. « Le s’hour est fondamental. Il permet aux patients de prendre leurs médicaments correctement, selon la prescription médicale », a-t-il expliqué.
Il a soutenu que ce repas devait reposer sur des aliments capables d’assurer un apport énergétique durable tout au long de la journée. « Il faut privilégier les sucres lents, comme le couscous ou les pâtes, afin d’assurer une énergie progressive », a-t-il recommandé lors de son intervention sur les ondes de la Radio nationale. Il a, en revanche, mis en garde contre la consommation excessive de sucres rapides. « Les sucres rapides sont très mauvais, surtout chez les personnes diabétiques ou à risque », a-t-il averti.
Abordant la question de l’hydratation, il a souligné son caractère vital. Assurant qu’« il est indispensable de boire une quantité suffisante d’eau afin de compenser l’absence d’apports hydriques durant la journée », il a souligné que « l’eau est fondamentale pour le fonctionnement des reins ». Il a précisé qu’une déshydratation prolongée pouvait entraîner « une insuffisance rénale aiguë » et provoquer « des désordres cardiovasculaires graves ».
Le Pr Nibouche a estimé que les maladies cardiovasculaires demeurent préoccupantes en raison de leur gravité et des exigences de leur prise en charge. Il a rappelé que seul le médecin était habilité à décider si un patient pouvait jeûner, expliquant que « seul le médecin peut établir ce que nous appelons l’ordonnance du mois de ramadan ».
Cette ordonnance adapte les horaires de prise des médicaments au rythme du jeûne. « Certains traitements peuvent être administrés au moment du s’hour, d’autres après la rupture du jeûne ou en soirée », a-t-il détaillé. Il a toutefois précisé que « si un médicament doit impérativement être pris en journée, le jeûne devient médicalement incompatible ».
Le professeur a également affirmé que cette ordonnance devait s’accompagner de recommandations strictes relatives à l’hygiène de vie. « Le médecin ne se contente pas d’adapter les médicaments. Il doit aussi prescrire une hygiène de vie appropriée », a-t-il soutenu. Il a particulièrement tenu à faire valoir l’importance du sommeil, déclarant que « pendant le mois de ramadan, le sommeil est fondamental. Il doit être suffisant en quantité et satisfaisant en qualité ».
Rompre le jeûne de façon progressive
S’agissant de la rupture du jeûne, le cardiologue a plaidé pour la modération. « La meilleure manière de rompre le jeûne consiste à commencer par une petite collation », a-t-il expliqué, recommandant « un verre de lait ou de petit lait accompagné de deux ou trois dattes ».
Il a ensuite conseillé d’observer un court moment de repos avant de consommer une soupe légère et peu épicée, à l’exemple d’une bonne chorba, puis une salade. « Il ne faut ni trop manger ni trop s’hydrater d’un seul coup, car cela fatigue l’organisme », a-t-il averti. Il a ajouté que l’hydratation devait se faire progressivement afin d’éviter toute surcharge brutale du système cardiovasculaire.
Evoquant les patients fragilisés, il a rappelé que « chez les insuffisants cardiaques autorisés à jeûner, une absorption massive et rapide de liquides peut entraîner des répercussions sur le fonctionnement du cœur ».
Concernant l’activité physique, le Pr Nibouche a estimé qu’elle demeurait bénéfique lorsqu’elle était adaptée aux capacités de chacun. Il a affirmé que « l’activité physique est conseillée pour les personnes en bonne santé », tout en déconseillant les efforts intenses durant le mois sacré.
Pour les malades, il a recommandé la prudence, expliquant qu’« il ne faut pas pratiquer d’activité physique avant la rupture du jeûne, car le corps se trouve alors en contrainte maximale, parfois en hypoglycémie ». Il a également suggéré de privilégier une activité légère en soirée, quelques heures après l’iftar, indiquant que « la marche rapide, un footing léger ou des exercices de gymnastique douce conviennent particulièrement aux sujets âgés ».
Il a enfin mis en garde contre les excès alimentaires, notamment la consommation excessive de sucre. « Le sucre est le nid de l’obésité et du diabète », a-t-il conclu, rappelant que la dimension spirituelle du mois sacré ne devrait jamais se faire au détriment de la santé.