-- -- -- / -- -- --
Sports

Rachid Mekhloufi, le gentleman révolutionnaire

Rachid Mekhloufi,  le gentleman révolutionnaire

Evoquer Rachid Mekhloufi, c’est parler d’un homme qui, en choisissant d’aller porter le message de l’indépendance au lieu de disputer le mondial suédois sous les couleurs de la France, a marqué l’histoire de son empreinte pour une Algérie triomphante. Il avait toutes les chances de devenir un footballeur mondialement connu en 1958 alors qu’il s’apprêtait à disputer la Coupe du Monde de football en Suède. Soudain, c’est l’inattendu qui se produit : sur ordre des autorités du GPRA basé à Tunis, il quitte la France pour répondre à l’appel de la nation

« L’équipe nationale française n’était la mienne qu’à cause des circonstances », avait expliqué le gentleman du football algérien à un journaliste français qui l’interrogeait sur un éventuel regret (d’alors) de ne pas avoir pris part à la Coupe du Monde de Suède en 1958. Rachid Mekhloufi n’est pas allé avec le dos de la cuillère pour rétorquer : « Comment voulez-vous que je regrette quelque chose qui ne m’appartient pas ». A vrai dire, les massacres de Sétif qui avaient eu lieu treize années auparavant, avaient marqué l’esprit du buteur de l’AS Saint-Etienne, lui qui est né un 2 août 1936 dans cette même ville. Un génocide qui ne dit pas son nom et perpétré par l’armée coloniale.

Au même journaliste, il explique : « J’avais environ 9 ans, et j’ai vu des choses. Il m’était donc pratiquement impossible que je me sente Français. En plus, j’ai le type arabe, algérien, je ne suis pas blond aux yeux bleus. » Des termes qui démontrent avec beaucoup d’éloquence l’originalité de ce joueur hors pair qui tient trop à sa patrie et qui n’est parti en France que pour tenter l’aventure professionnelle et montrer ses qualités techniques dans un club qui marquera l’histoire du football français dans les années 1970.

1954 : Destination la France

Dès son très jeune âge, Rachid Mekhloufi avait un don. Il était né pour être footballeur. Il fait ses débuts chez les Genat de Sétif, à savoir l’USMS connu à l’époque sous la dénomination de l’« Union Sportive Franco-Musulmane de Sétif ».

A 18 ans, Rachid qui brillait de mille feux, veut tenter l’aventure professionnelle. Nous sommes en 1954 et Jean Snella (qui entraînera le NAHD après l’indépendance) recommande ce brillant joueur aux recruteurs de Saint-Etienne.

Ces derniers viennent le chercher pour lui faire signer son tout premier contrat professionnel. Il ne tardera pas à être sélectionné en équipe de France puisqu’en 1956 et plus exactement le 21 octobre, il joue pour la première fois sous le maillot tricolore au stade de Colombes face à la redoutable équipe de la Russie (victoire de la France 2 à 1). En tout, Mekhloufi a disputé quatre matches avec la France et il les remporta tous notamment celui face à la Belgique (6 à 3) où il fit voir de toutes les couleurs aux défenseurs belges.

Les deux autres victoires de Mekhloufi avec la France ont été obtenues face au Portugal par 1 à 0 et un cinglant 8-0 devant les Irlandais.S’il était parvenu à devenir titulaire indiscutable chez les Tricolores, c’est qu’il avait fait les beaux jours de Saint-Etienne. Avec les Verts, il a remporté pas moins de quatre fois le Championnat de France et en 1957, il est également sacré Champion du monde avec l’équipe de France militaire en Argentine.

Printemps 1958, l’appel de la patrie

A un moment de son exceptionnelle carrière, Rachid Mekhloufi se retrouve devant un choix délicat. Aller disputer la Coupe du Monde de football 1958 en Suède avec la France aux côtés de Piantoni et Kopa pour ne citer que ceux-là, ou rejoindre la glorieuse équipe du FLN à Tunis.Pour Rachid, pas la peine de piocher dans ses méninges pour réfléchir à deux fois afin d’opter pour le bon choix.

Au cours du printemps 1958 et plus exactement le 14 avril, sa carrière prend une tournure totalement inattendue. Rachid Mekhloufi ne peut pas tourner le dos à sa partie qui le « demande », au même titre que tous les autres compagnons qui faisaient les beaux jours des clubs professionnels français. Direction : Tunis, objectif :former une équipe du Front de Libération Nationale qui sera le porte-voix du GPRA (Gouvernement Provisoire de la République Algérienne) et qui jouera pour la première fois de son histoire pour le drapeau algérien sous la colonisation.Ainsi, Mekhloufi décide d’abandonner son statut de professionnel et de charmeur de Geoffroy-Guichard pour répondre à l’appel de la nation.

En compagnie des regrettés Mokhtar Arribi, qui jouait à Lens, et Abdelhamid Kermali (Olympique lyonnais) qui sont venus le soir lui dire qu’ils partent pour Tunis, les trois Sétifiens décident de quitter la France vers la Suisse d’abord. Autre souci pour Mekhloufi au moment de quitter la France : il souffrait d’un traumatisme crânien contracté lors du match contre Béziers et nonobstant une nuit passée à l’hôpital, il décide de franchir la frontière suisse avec ses deux compagnons.

L’ordre de rentrer était venu de Tunis. Au journal Le Monde, il dira : « Quand Mokhtar Arribi et Abdelhamid Kermali sont venus me voir, ils m’ont juste dit que nous partions pour jouer au football. A partir du moment où deux Sétifiens me rendaient visite, cela signifiait que l’affaire était importante. Je leur faisais d’autant plus confiance que ces footballeurs comptaient parmi mes idoles. »
Tout a été sciemment calculé

A vrai dire, ce n’est pas par hasard que la date du 14 avril a été choisie pour permettre aux dix professionnels algériens de quitter la France pour la Suisse avant de rallier la Tunisie. Tout a été bien ficelé car, ce jour-là, il y avait une journée de championnat. La rencontre entre l’AS Monaco- SCO Angers regroupait cinq Algériens qui devaient passer la frontière suisse :Mustapha Zitouni, Abdelaziz Bentifour, Abderrahmane Boubekeur et Kadour Bekhloufi (Monaco) et Amar Rouaï, côté angevin.

La veille, face à Béziers, Mekhloufi se blesse à la tête et, comme nous l’avons signalé un peu plus haut, il quitte l’hôpital à l’aube, en pyjama, en compagnie de Kermali et Aribi en direction de Lyon où devait les attendre en voiture Abdelhamid Bouchouk.

L’absence des dix Algériens a fait le tour de l’Hexagone en une fraction de seconde. La radio parisienne annonce leur disparition. Mekhloufi, Aribi et Kermali arrivent à la frontière suisse et au poste de contrôle, tout se passe à merveille même si l’infirmation a déjà circulé un peu partout.

Les policiers de la frontière reconnaissent le buteur de charme des Stéphanois et l’interrogent plutôt sur son parcours en équipe de France avant de le laisser passer la frontière et rejoindre Lausanne , comme lieu de rendez-vous des joueurs du FLN.

Les ambassadeurs à vie de l’ASSE 

En 2013, pour le 80e anniversaire de l’ASSE, 13 anciens joueurs ou entraîneurs ont été nommés ambassadeurs à vie. Il s’agit de Robert Herbin, le gardien Ivan Curkovic. Le Malien Salif Keita, l’Espagnol René Domingo, Hervé Revelli qui a entraîné le MC Alger, George Bereta, l’Algérien Rachid Mekhloufi, Aimé Jacquet champion du monde avec la France en 1998, Jen Michel Larqué,le Tchèque Lubomir Moravcik, Michel Platini, Dominique Rocheteau et Loic Perrin.

Commentaires
Email
Mot de passe
Prénom
Nom
Email
Mot de passe
Réinitialisez
Email