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Nationale

Qui sont les privilégiés dont parle Nouri ?

Qui sont les privilégiés dont parle Nouri ?

Il reste au ministre du Tourisme de publier la liste des 93 privilégiés du parc Dounia qui avaient pignon sur rue pour boucler la boucle.

La presse nationale s’est largement fait l’écho hier des déclarations du ministre du Tourismes Abdelouhab Nouri qui a débusqué plus d’une quarantaine de malversations dans l’octroi de lots de terrain d’une façon illégale à des privilégiés pour construire des fast-foods (restauration rapide) sur le futur projet étatique du Dounia parc d’Alger.

Le ministre a révélé une affaire de malversations dans l’octroi illégal de lots de terrain à des privilégiés pour construire des fast-foods : « Ces lots ont été attribués d’une façon illégale », a révélé le ministre qui a dénoncé « un crime au sens propre du terme ». Il s’agit en fait de la distribution de quelque 65 ha sur un total de 1 059 ha, ce qui est énorme. C’est une première dans l’histoire de la jeune république.

D’habitude, ces affaires sont soit étouffées soit renvoyées à la justice dans la plus grande discrétion. Ainsi, un ministre peut s’en laver les mains et dire qu’il a fait son travail.

Mais le ministre actuel a décidé d’aller plus loin en médiatisant à outrance et en donnant la primeur à la presse nationale pour dénoncer ce fléau qui a gagné tous les secteurs d’activité du pays. Est-ce un tournant dans la politique du gouvernement dans sa lutte contre les passe-droits et les privilèges ?

L’actuel ministre, qui fut un moment celui de l’Agriculture, connaît bien le dossier. Est-ce que cette maîtrise du dossier du projet de Dounia Parc qui le place en position de dénonciation au contraire de ses prédécesseurs, qui n’y ont vu que du feu ou parce que tout simplement l’Etat a décidé de frapper vite et fort.

Poussant plus loin sa détermination à se débarrasser de la maffia du foncier, le ministre a décidé d’envoyer une commission d’enquête dans les 14 wilayas côtières afin de d’ »élucider » les circonstances du détournement des zones d’expansion touristique (ZET) de leur vocation initiale, et d’en situer les responsabilités.

Selon lui, des actions seront engagées par son département pour récupérer les terres détournées de leur vocation au niveau des ZET de tout le littoral du pays. Et là, ce sera un autre combat qu’à lui seul il ne pourra gagner que s’il a les coudées franches.

La prochaine rencontre du Premier ministre avec les 48 walis du pays, prévue au début du mois de septembre, devra permettre une large revue des dispositions prises par le gouvernement pour lutter contre l’impunité et les passe-droits de certains privilégiés.

Dilapidation des terres agricoles : l’autre fléau qui menace la sécurité alimentaire du pays

En plus de ces détournements les exemples de dilapidation de lots de terrain à vocation agricole ne manquent pas. Depuis plus d’une décennie, des milliers d’hectares destinés à l’agriculture sont détournés de leur vocation et reversés au développement du bâti. Selon l’ancien ministre de l’Agriculture Rachid Benaïssa, quelque 150 000 ha de terres ont été détournés de leur fonction initiale.

Le détournement de ces terres de leur vocation s’est fait parfois avec facilité entre les mains de spéculateurs ou d’étrangers au domaine de l’agriculture. Rien que depuis 2014, 500 hectares de terres agricoles ont été détournés de leur vocation.

Des terres sur lesquelles sont érigées des villas, sans aucune étude technique, parfois avec la complicité de certains élus locaux. Trop de terres à bon potentiel sont encore abandonnées et l’étalement urbain se fait toujours aux dépens des bonnes terres agricoles.

Le SG de l’Union nationale des paysans algériens (UNPA), Mohamed Alioui a estimé que près de 30% des terres destinées à la production agricole sont laissées à l’abandon, alors que les nombreuses terres ont été vendues ou détournées de leur véritable vocation.

Jusqu’à présent, on fait état de 120 dossiers instruits, à partir desquels se révèle le phénomène d’accaparement du foncier relevant d’exploitations agricoles collectives et individuelles (EAC et EAI).

Ces exploitations se sont métamorphosées en coopératives immobilières, promotions immobilières, villas somptueuses, lotissements non encore bâtis, etc. Ces perditions font craindre le pire pour le futur de l’agriculture en Algérie et particulièrement les céréales.

Depuis plus d’une décennie, l’Etat n’arrive pas gagner la bataille de la sécurité alimentaire malgré les énormes sommes d’argent injectées à travers les plans quinquennaux.

La production algérienne de céréales de cette année est en forte baisse à cause d’une sécheresse inédite depuis 50 ans.La récolte des céréales (blé, maïs et orge) en Algérie devrait connaître une baisse de 40% en raison de la sécheresse qui touche actuellement le pays.

Selon M. Alioui, le SG de l’Union nationale des paysans algériens (UNPA) cette sécheresse est « la pire depuis environ 50 ans », notamment dans les régions du Sud où l’agriculture est fortement dépendante de la pluviométrie à cause de son infrastructure sous-développée. La production globale a diminué d’environ 40%.
Seules deux wilayas, Biskra et Ghardaïa, ont connu un rendement supérieur à la moyenne nationale.

Ces deux wilayas utilisent depuis quelques années le système d’irrigation dit goutte-à-goutte qui donne des résultats très appréciables. Ce système est malheureusement peu usitée dans le reste du pays et particulièrement le Nord, où la terre est fertile et reçoit quelque 400 mm de pluies annuellement. Pourtant rares sont les fois où la récolté a dépassé les 50 millions de quintaux annuels.

L’objectif d’atteindre les 80 millions de quintaux, qui placerait le pays en position de force, est devenu au fil des ans une chimère. La bataille de la sécurité alimentaire prend aujourd’hui tout son sens au vu des baisses drastiques des recettes pétrolières.

Tout comme le tourisme, un secteur en devenir en plus-value, l’agriculture est placée comme objectif prioritaire du gouvernement, mais les incohérences des politiques sectorielles mises en œuvre et les « dégâts » causés par le fléau des détournements et des dilapidations font de ces deux départements stratégiques les laissés-pour-compte. 

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