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Op-Ed

Quel avenir pour le Hirak ?

Le mouvement populaire du 22 février, qui a ébahi le monde par son caractère pacifique, son civisme et son organisation, ne semble plus être ce qu’il était. Nous sommes en effet loin des moments euphoriques et du romantisme révolutionnaire, quand le peuple exigeait des tenants du pouvoir de jeter l’éponge. Si en matière de nombre de manifestants, toujours fidèles au rendez-vous du vendredi, aucun essoufflement n’est digne d’être signalé, encore moins sur le plan de la détermination, la nature du hirak, en revanche, a pris quelques rides, une sorte de monotonie qui s’est installée au fil des semaines et qui n’est, forcément, pas en faveur du mouvement populaire.

Cela nécessite une halte de réflexion pour se poser quelques questions notamment et surtout sur l’impact de certains facteurs sur son avenir. Des facteurs comme l’absence injustifiée de représentants pour dialoguer avec le pouvoir, la baisse de la charge émotionnelle par l’effet du temps, et les mesures prises par la justice contre des symboles du système, l’orientation éditoriale de certains médias qui a ouvert la voie à une radicalisation des propos, signalés çà et là, contre l’institution militaire, l’attachement au principe du « dégagisme », né d’une phrase spontanée prononcée par un jeune manifestant, sans oublier les retombées négatives du hirak sur certaines activités économiques du fait des perturbations fortement ressenties dans les différentes transactions.

D’autres variables et des inconnues déterminent aussi la nature de l’équation, devenue très complexe. Et face à cela, le mouvement populaire qui confond toujours l’élite dite « démissionnaire » avec le citoyen lambda, continue à afficher son incapacité à cristalliser une démarche consensuelle suffisamment structurée pour s’imposer comme un acteur incontournable dans la prise de décision. Pis encore, certaines parties ont commis l’erreur de combler ce vide par la création d’un antagonisme imaginaire entre la société et l’armée, ce qui a engendré un élan de soutien populaire profondément ancré dans la mémoire collective des Algériens à l’égard de l’ANP considérée comme la colonne vertébrale de la nation. Cible ratée, l’antagonisme se retourne contre le Hirak, qui est désormais plus que jamais divisé sur certaines questions, en témoigne d’ailleurs la disparité entre les slogans brandis depuis quelques semaines.

Par ailleurs, l’absence d’un grand engouement pour les deux lettres adressées par l’ancien ministre des Affaires étrangères Ahmed Taleb EI Ibrahimi confirme le manque de convergence de vues sur une démarche efficace d’un mouvement de plus en plus exposé aux impératifs sécuritaires dictés notamment par des facteurs exogènes. Devant cette situation, des observateurs n’écartent pas, à terme, un essoufflement inévitable d’un mouvement qui avait pour première revendication uniquement le départ de Bouteflika. D’autres par contre, estiment important le risque de dérapage, d’autant plus que ceux qui soufflent sur la braise sont de plus en plus nombreux, et pas obligatoirement Algériens…

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